Arrêt n°1572 du 8 juillet 2020 (20-81.915) - Cour de cassation - Chambre criminelle
-ECLI:FR:CCAS:2020:CR01572

Détention provisoire

Cassation

Demandeur(s) : M. A... X...


Faits et procédure

1. Il résulte de l’arrêt attaqué et des pièces de la procédure ce qui suit.

2. M. A... X..., mis en examen des chefs susvisés et placé en détention provisoire, a fait l’objet, le 21 janvier 2020, d’une ordonnance du juge des libertés et de la détention rejetant sa demande de mise en liberté, dont il a interjeté appel ; devant la chambre de l’instruction, M. X... a invoqué la nullité de cette ordonnance, demandé sa libération d’office et, subsidiairement, a contesté la nécessité et le bien fondé de la mesure de détention provisoire.

Examen du moyen

Sur le moyen pris en sa première branche

3. Il n’est pas de nature à permettre l’admission du pourvoi au sens de l’article 567-1-1 du code de procédure pénale.

Mais sur le moyen pris en sa seconde branche

Enoncé du moyen

4. Le moyen critique l’arrêt attaqué en ce qu’il s’est limité à annuler l’ordonnance de rejet de demande de mise en liberté du 21 janvier 2020, sans faire droit à la demande de mise en liberté de M. X..., alors :

« 2°/ que, subsidiairement, en raison de l’effet dévolutif de l’appel, il appartient à la chambre de l’instruction, saisie de l’appel d’une ordonnance ayant rejeté une demande de mise en liberté, d’examiner le bien-fondé de la détention provisoire et de statuer sur la nécessité de cette mesure ; que dès lors, en se bornant en l’espèce à annuler l’ordonnance entreprise en raison de son absence de signature, sans examiner le bien-fondé et la nécessité de la détention provisoire, contestés par M. X..., ni statuer sur sa demande de mise en liberté, la chambre de l’instruction a violé l’article 5 de la Convention européenne des droits de l’homme et les articles 144, 148, 186, 207, 591 et 593 du code de procédure pénale.  »

Réponse de la Cour

Vu les articles 148 alinéa 5 et 593 du code de procédure pénale :

5. Selon le premier de ces textes, faute par le juge des libertés et de la détention d’avoir statué dans le délai fixé au troisième alinéa du même article, la personne peut saisir directement de sa demande la chambre de l’instruction qui, sur les réquisitions écrites et motivées du procureur général, se prononce dans les vingt jours de sa saisine faute de quoi la personne est mise d’office en liberté sauf si des vérifications concernant sa demande ont été ordonnées.

6. Selon le second, tout arrêt de la chambre de l’instruction doit comporter les motifs propres à justifier la décision et répondre aux articulations essentielles des mémoires des parties. L’insuffisance ou la contradiction des motifs équivaut à leur absence.

7. Pour écarter l’argumentation de l’intéressé, la chambre de l’instruction énonce qu’il convient d’annuler, faute de signature du juge, l’ordonnance entreprise et ajoute que cette annulation concernant une ordonnance de rejet de demande de mise en liberté, n’entraîne pas en elle-même la nullité du titre de détention.

8. En s’abstenant de prononcer, comme il le lui était demandé, sur la nécessité du maintien en détention, la chambre de l’instruction a méconnu les textes et les principes susvisés.

9. En effet, en premier lieu, c’est à tort que la chambre de l’instruction a annulé ladite ordonnance, au lieu de constater son inexistence à défaut de signature du juge.

10. En second lieu, faute par le juge d’avoir statué dans le délai légal de trois jours, le recours de l’intéressé devant la chambre de l’instruction devait nécessairement s’analyser en une saisine directe de cette juridiction, au sens de l’article 148 alinéa 5 du code de procédure pénale.

11. D’où il suit que la cassation est encourue.

PAR CES MOTIFS, la Cour :

CASSE et ANNULE, en toutes ses dispositions, l’arrêt susvisé de la chambre de l’instruction de la cour d’appel de Cayenne, en date du 6 février 2020, et pour qu’il soit à nouveau jugé, conformément à la loi ;

RENVOIE la cause et les parties devant la chambre de l’instruction de la cour d’appel de Cayenne, autrement composée, à ce désignée par délibération spéciale prise en chambre du conseil ;

ORDONNE l’impression du présent arrêt, sa transcription sur les registres de la chambre de l’instruction de la cour d’appel de la cour d’appel de Cayenne et sa mention en marge ou à la suite de l’arrêt annulé ;


Président : Mme Durin-Karsenty, conseiller le plus ancien faisant fonction de président en remplacement du président empêché
Rapporteur : Mme Méano
, conseiller référendaire
Avocat général : M. Valat
Avocat(s) : Me Ridoux