03-14.809 
Arrêt n° 1237 du 12 juillet 2005
Cour de cassation - Chambre commerciale

Entreprise en difficulté

Cassation partielle


Demandeur(s) à la cassation : Crédit foncier de France SA
Défendeur(s) à la cassation : M. Alain X..., pris en qualité d’administrateur judiciaire au redressement judiciaire de la SCI Franklin, de la société MJM et en tant que ce besoin de toutes les SCI en dépendant, ainsi qu’en qualité de commissaire à l’exécution du plan de cession de la société anonyme MJM et autres


Sur le moyen unique, pris en sa deuxième branche :

Vu l’article 1844-5, alinéa 3, du Code civil, et les principes gouvernant le redressement et la liquidation judiciaires des entreprises en difficultés ;

Attendu qu’à compter du jugement d’ouverture de la procédure collective, le patrimoine du débiteur ne peut être cédé ou transmis que selon les règles d’ordre public applicables au redressement ou à la liquidation judiciaires des entreprises en difficultés ;

Attendu, selon l’arrêt déféré, que le tribunal de commerce a ouvert, le 4 janvier 1991, une procédure commune de redressement judiciaire à l’encontre de la société MJM et de onze sociétés civiles immobilières faisant partie du même groupe, à l’exception de la SCI Franklin (la SCI), M. X... étant désigné administrateur ; que le tribunal de grande instance a, le 27 septembre 1991, mis la SCI en redressement judiciaire ; que la cour d’appel a, le 8 janvier 1992, partiellement infirmé la décision du 4 janvier 1991 et étendu à la SCI la procédure ouverte par le tribunal de commerce ; que M. Y..., titulaire de 5 % du capital social de la SCI, ayant cédé ses parts le 15 janvier 1992 à la société MJM, détentrice des autres parts, M. X..., agissant en qualité de représentant de l’associée unique de la SCI a, le 20 janvier 1992, décidé sa dissolution ; que la Cour de cassation ayant rétracté l’arrêt du 8 janvier 1992, le Crédit foncier de France, créancier de la seule SCI, a, ultérieurement, sollicité du tribunal de grande instance la désignation d’un nouveau juge-commissaire, l’ancien n’étant plus en fonctions ; que la cour d’appel a constaté la dissolution de la SCI, déclaré sans objet la poursuite de la procédure collective ouverte à son égard et rejeté la demande du Crédit foncier de France ;

Attendu que pour statuer ainsi, l’arrêt retient que les mandataires du redressement judiciaire de la SCI opposent à juste titre à la demande qu’à défaut d’opposition par le Crédit foncier de France à la dissolution de la SCI qui a été publiée dans des conditions de totale efficacité, la transmission universelle du patrimoine de cette SCI à la société MJM s’est réalisée et ce, sans qu’il y ait lieu à liquidation, ce qui rend vaine la référence faite par le Crédit foncier de France aux dispositions de l’article 1844-8, alinéa 3, du Code civil, et la personne morale a disparu ;

Attendu qu’en statuant ainsi, alors que la dissolution de la société dont toutes les parts sociales sont réunies en une seule main, intervenue postérieurement au jugement d’ouverture, n’entraîne pas la transmission universelle de son patrimoine à l’associé unique, la cour d’appel a violé, par fausse application, le texte et, par refus d’application, les principes susvisés ;

PAR CES MOTIFS, et sans qu’il y ait lieu de statuer sur les autres griefs :

CASSE ET ANNULE, sauf en ce qu’il a constaté la dissolution de la société, l’arrêt rendu le 25 mars 2003, entre les parties, par la cour d’appel de Rennes ; remet, en conséquence, quant à ce, la cause et les parties dans l’état où elles se trouvaient avant ledit arrêt et, pour être fait droit, les renvoie devant la cour d’appel de Paris ;


Président : M. Tricot 
Rapporteur : Mme Lardennois, conseiller
Avocat général : M. Jobard
Avocat(s) : la SCP Célice, Blancpain et Soltner, la SCP Le Bret-Desaché, la SCP Gaschignard