03-20.817
Arrêt n° 410 du 21 mars 2006
Cour de cassation - Chambre commerciale

Droit maritime

Rejet


Demandeur(s) à la cassation : société nationale de sauvetage en mer SNSM
Défendeur(s) à la cassation : M. Philippe X... et autres


Statuant tant sur le pourvoi principal formé par la Société nationale de sauvetage en mer (SNSM), que sur le pourvoi incident relevé par la société Allianz marine et aviation et sur le pourvoi provoqué éventuel présenté par M. Y... et le GIE La Navimut :

Attendu, selon l’arrêt déféré (Aix-en-Provence, 16 septembre 2003), que le navire “Le Noroît”, appartenant à M. X..., assuré auprès de la société Les Mutuelles du Mans (société MMA) ayant échoué en mer, a été remorqué par l’embarcation de sauvetage “Bec de l’aigle II” de la Société nationale de sauvetage en mer (la SNSM) jusqu’au port de la Ciotat, à l’intérieur duquel il a été projeté sur le navire “Bobolo”, appartenant à M. Y..., assuré auprès du GIE La Navimut, lequel a lui-même percuté le navire “Shitane”, appartenant à M. Z..., assuré auprès de la société AGF ; qu’ultérieurement, M. Y... ainsi que le GIE La Navimut, d’un côté, et la société AGF, aux droits de laquelle se trouve la société Allianz marine et aviation (société Allianz), subrogée dans les droits de M. Z..., ont assigné M. X... ainsi que la société MMA en indemnisation de leur préjudice et que ces derniers ont appelé en garantie la SNSM ;

Sur les moyens uniques des pourvois principaux et incidents, réunis :

Attendu que la SNSM ainsi que la société Allianz reprochent à l’arrêt d’avoir mis hors de cause M. X... ainsi que la société MMA, et que la SNSM lui reproche d’avoir dit que la SNSM, propriétaire du navire Bec de l’aigle II, était seule tenue d’indemniser les propriétaires des navires abordés de leurs préjudices et de l’avoir en conséquence condamnée à payer les sommes suivantes avec intérêts au taux légal à compter de l’arrêt, à M. Y..., 1 096,87 euros et au GIE La Navimut, 7 698,68 euros, alors, selon le moyen :

1°/ qu’un navire est remorqué au sens de la loi du 3 janvier 1969 lorsqu’il n’y a aucun péril ni danger pour le navire ; qu’ainsi, il y a assistance et non remorquage lorsque le service est rendu à un navire en danger ; que la cour d’appel relevant que le canot de sauvetage de la SNSM était intervenu pour remorquer le navire Le Noroît au cours d’une opération d’assistance en mer, se portant ainsi à son secours en le dégageant des rochers, le navire étant alors totalement ingouvernable, n’a pas tiré les conséquences légales de ses propres constatations en jugeant néanmoins que la relation entre la SNSM et M. X... était constitutive d’un contrat de remorquage tel que réglementé par les articles 26 et suivants de la loi du 3 janvier 1969 relative à l’armement et aux ventes maritimes ; qu’elle a ce faisant violé ces dispositions pour fausse interprétation et celles de la loi du 7 juillet 1967 spécifiques à l’assistance en mer par refus d’application ;

2°/ qu’en se bornant à faire prévaloir la qualification de contrat de remorquage sur celle d’assistance maritime au motif que la SNSM était intervenue pour remorquer le navire Le Noroît qui disposait de ses moyens propres de propulsion et de direction, sans rechercher si ce navire n’était pas dans une situation de danger ou de péril imminent impliquant l’application exclusive des dispositions de la loi du 7 juillet 1967 sur celles du 3 janvier 1969, la cour d’appel a privé sa décision de base légale au regard des articles 9 et suivants de la loi de 1967 ;

3°/ qu’en application de l’article 3 de la loi du 7 juillet 1967 relative aux événements de mer, si l’abordage est causé par la faute de l’un des navires, la réparation des dommages incombe à celui qui l’a commise ; que la cour d’appel a jugé que l’abordage dont a été victime Le Shitane était la conséquence d’une série de fautes de navigation de la part du couple remorqueur-remorqué, à savoir le canot de la SNSM et le navire de M. X..., et que la responsabilité du convoi abordeur était établie ; que la cour d’appel ne pouvait dès lors rejeter l’action en responsabilité exercée par la société Allianz venant aux droits des propriétaires du Shitane, navire abordé, contre M. X..., propriétaire du Noroît, navire abordeur et ses assureurs en se fondant sur les dispositions des articles 26 et suivants de la loi du 3 janvier 1969 qui n’avaient vocation qu’à régir les relations entre le navire remorqueur et le navire remorqué ; qu’elle a violé les dispositions de l’article 3 de la loi du 7 juillet 1967 ;

Mais attendu que les responsabilités encourues à la suite de l’abordage d’un navire tiers par un navire remorqué doivent être recherchées en faisant application, quel qu’ait pu être l’événement ayant entraîné l’opération de remorquage ou encore la convention passée entre le navire remorqueur et le navire remorqué, des présomptions de fautes édictées aux articles 26 et suivants de la loi du 3 janvier 1969 concernant les opérations de remorquage ;

Attendu qu’ayant relevé que les navires "Bobolo" et "Shitane" avaient été victimes d’abordages tandis que le navire "Le Noroît" était remorqué par le navire "Bec de l’aigle II", l’arrêt en déduit, à bon droit, que la SNSM, propriétaire du navire remorqueur, est seule tenue d’indemniser les propriétaires des navires abordés de leur préjudice, peu important que le remorquage du navire abordeur ait eu pour origine une opération d’assistance maritime ;

Qu’il s’ensuit que le moyen n’est fondé en aucune de ses branches ;

Et attendu que, par suite du rejet des pourvois principal et incident, le pourvoi provoqué éventuel est devenu sans objet ;

PAR CES MOTIFS :

REJETTE les pourvois ;


Président : M. Tricot
Rapporteur : M. de Monteynard, conseiller référendaire
Avocat général : M. Jobard
Avocat(s) : Me Spinosi, la SCP Boré et Salve de Bruneton, Me Le Prado, la SCP Waquet, Farge et Hazan, la SCP Gatineau