Arrêt n° 431 du 3 mai 2018 (16-16.809) - Cour de cassation - Chambre commerciale, financière et économique - ECLI:FR:CCASS:2018:CO00431

Bourse

Demandeur : Mme Patricia X... épouse Y...
Défendeur : la société Crédit suisse, société anonyme


Sur le moyen unique :

Attendu, selon l’arrêt attaqué (Paris, 24 novembre 2015), que, par mandat daté du 4 septembre 1999, Mme Y... et sa mère, Isabelle X..., ont conclu avec la société Crédit suisse France (la société Crédit suisse) un contrat de gestion de profil “dynamique” du portefeuille des titres dont elles étaient respectivement nue-propriétaire et usufruitière ; qu’après le décès de sa mère, Mme Y..., reprochant à la société Crédit suisse des manquements à son devoir d’évaluation de la situation financière du client, de son expérience en matière d’investissement et de ses objectifs, ainsi qu’à ses devoirs d’information et de conseil, l’a assignée en responsabilité ; que cette société a opposé la prescription de cette action ;

 Attendu que Mme Y... fait grief à l’arrêt de déclarer irrecevable comme prescrite son action sur le fondement de l’obligation d’évaluation lors de la signature du mandat de gestion du 4 septembre 1999 alors, selon le moyen, que la prescription d’une action en responsabilité court à compter de la réalisation du dommage ou de la date de sa révélation à la victime si celle-ci n’en a pas eu connaissance ; que le délai de prescription de l’action en responsabilité exercée par le propriétaire d’un portefeuille de titres contre un prestataire de services d’investissements financiers pour manquement à son obligation d’évaluation commence à courir au jour où le demandeur a eu connaissance de ce qu’il aurait pu bénéficier de meilleurs investissements si sa situation avait été évaluée préalablement au choix du type de gestion auquel il a souscrit ; qu’en déclarant néanmoins irrecevable comme prescrite l’action en responsabilité introduite le 10 mars 2011 par Mme Y... à l’encontre de la société Crédit suisse, motif pris que le dommage allégué – s’analysant en « une perte de chance de contracter de façon différente de celle choisie » – s’était manifesté au jour de la conclusion du contrat, soit le 4 septembre 1999, la cour d’appel a violé l’article L. 110-4 du code de commerce dans sa rédaction antérieure à la loi n° 2008-561 du 17 juin 2008 ;

Mais attendu que le seul manquement à l’obligation d’évaluer la situation financière du client, son expérience en matière d’investissement et ses objectifs ne pouvant, en lui-même, causer un préjudice et donc engager la responsabilité civile du prestataire de services d’investissements, le moyen, qui suppose la réalisation d’un dommage résultant exclusivement de ce manquement, est inopérant ;

Par ces motifs :

REJETTE le pourvoi ;


Président : Mme Mouillard
Rapporteur : Mme de Cabarrus, conseiller référendaire
Avocat général : Mme Pénichon
Avocat(s) : SCP Bénabent - SCP Piwnica et Molinié