Arrêt n° 632 du 19 mai 2017 (15-28.777) - Assemblée plénière - Cour de cassation - ECLI:FR:CCASS:2016:AP00632

Sécurité sociale

Cassation



Demandeur : l’union de recouvrement des cotisations de sécurité sociale et d’allocations familiales (URSSAF) Rhône-Alpes
Défendeur : société Casino de Montrond-les-Bains, société par actions simplifiée


Sur le moyen unique, pris en ses deux premières branches :

Vu les articles L. 242-1 du code de la sécurité sociale, 9 de l’arrêté du 20 décembre 2002 relatif aux frais professionnels déductibles pour le calcul des cotisations de sécurité sociale dans sa rédaction issue de l’arrêté du 25 juillet 2005, l’article 5 de l’annexe IV du code général des impôts dans sa rédaction en vigueur au 31 décembre 2000, ensemble les articles 14 du décret n° 59-1489 du 22 décembre 1959 portant réglementation des jeux dans les casinos des stations balnéaires, thermales et climatiques, et 1 et 21 de l’arrêté du 14 mai 2007 relatif à la réglementation des jeux dans les casinos ;

Attendu, d’abord, qu’en application de l’alinéa 3 de l’article L. 242-1 du code de la sécurité sociale, l’article 9 de l’arrêté du 20 décembre 2002 renvoie, pour la détermination des professions pouvant bénéficier, pour le calcul des cotisations de sécurité sociale, d’une déduction forfaitaire spécifique, à l’article 5 de l’annexe IV du code général des impôts, dans sa rédaction en vigueur au 31 décembre 2000, lequel fixe une liste de professions, dont les casinos et cercles, ayant droit à une déduction supplémentaire pour frais professionnels et le taux applicable ;

Attendu, ensuite, que l’article 1er de l’arrêté du 14 mai 2007 définit le casino comme un établissement comportant trois activités distinctes, l’animation, la restauration et le jeu, réunies sous une direction unique et que, selon les articles 14 du décret du 22 décembre 1959 et 21 de l’arrêté du 14 mai 2007, toute personne, pour accéder aux salles de jeux de hasard où tous les jeux autorisés peuvent être exploités, doit justifier de son identité à leur entrée, l’accès du public aux autres salles de l’établissement étant libre ;

Attendu qu’il se déduit de la combinaison de ces textes que les personnels de casinos pour lesquels est autorisée une déduction forfaitaire spécifique sont ceux supportant des frais de représentation et de veillée ou de double résidence, exerçant une activité professionnelle consacrée à l’activité de jeu et aux services annexes destinés aux joueurs, et affectés exclusivement dans les salles du casino dédiées aux jeux de hasard ;

Attendu, selon l’arrêt attaqué, rendu sur renvoi après cassation (2e Civ., 28 mai 2014, pourvoi n° 13-17.652), qu’à la suite d’un contrôle portant sur la période courant du 1er janvier 2005 au 31 décembre 2007, l’URSSAF de la Loire a notifié à la société Casino de Montrond-les-Bains (la société) un redressement résultant notamment de la remise en cause de l’application de la déduction forfaitaire spécifique pour frais professionnels propre à certains personnels des casinos et établissements de jeux ; que la société a saisi d’un recours une juridiction de sécurité sociale ;
 
Attendu que, pour annuler le redressement au titre des exercices 2006-2007, l’arrêt énonce que le renvoi fait par l’article 9 de l’arrêté du 20 décembre 2002 à l’article 5 de l’annexe IV du code général des impôts, dans sa rédaction en vigueur au 31 décembre 2000, était lié à l’origine de la déduction forfaitaire spécifique en matière sociale, qui a subsisté à la déduction supplémentaire fiscale, supprimée à compter du 1er janvier 2001, à laquelle elle était initialement couplée, et dont la doctrine fiscale, validée par un arrêt du Conseil d’Etat, limitait le bénéfice aux personnes exerçant effectivement leurs activités professionnelles dans les salles dont l’accès était exclusivement réservé aux joueurs, que leurs fonctions aient été liées directement aux jeux ou qu’elles aient été rattachées aux services annexes réservés aux joueurs ; qu’il ajoute que cette interprétation concernait cependant une époque où les jeux traditionnels se trouvaient dans des salles réservées, accessibles aux seules personnes munies d’une carte spéciale justifiant de l’acquittement d’un droit de timbre, alors que, depuis, le droit de timbre et les salles de jeux à accès réservé ont été supprimés par la loi du 30 décembre 2005 et le décret du 13 décembre 2006 et que désormais, selon l’article 21 de l’arrêté du 14 mai 2007, toute personne peut pénétrer dans les salles de jeux de hasard du casino où peuvent être exploités tous les jeux autorisés dans les casinos, machines à sous et jeux traditionnels, sur seule vérification préalable d’identité, l’accès du public aux autres salles de l’établissement, où aucun jeu d’argent ne peut être exploité, étant libre ; qu’il retient que cette nouvelle réglementation des casinos a rendu obsolète l’interprétation antérieure, qui n’a pu évoluer, d’un avantage fiscal supprimé et que l’article 9 de l’arrêté du 20 décembre 2002 se borne à faire référence aux professions et aux taux prévus à l’article 5 de l’annexe IV du code général des impôts, ce qui n’implique pas qu’il soit fait application d’une doctrine fiscale, qui en a par le passé limité le champ d’application et qui ne saurait ajouter des conditions à l’octroi d’avantages résultant de normes supérieures ; qu’il en déduit que peuvent bénéficier de la déduction forfaitaire spécifique tous les employés du casino qui justifient supporter des frais de représentation, de veillée ou de double résidence ;

Qu’en statuant ainsi, la cour d’appel a violé les textes susvisés ;

Par ces motifs, et sans qu’il y ait lieu de statuer sur les autres griefs :

CASSE ET ANNULE, en toutes ses dispositions, l’arrêt rendu le 7 octobre 2015, entre les parties, par la cour d’appel de Lyon ;


Président : M. Louvel, premier président
Rapporteur : Mme Ingall-Montagnier
Avocat général : M. Feltz, premier avocat général
Avocat(s) : SCP Bouzidi et Bouhanna