Arrêt n° 209 du 18 février 2015 (14-14.416) - Cour de cassation - Troisième chambre civile - ECLI:FR:CCASS:2015:C300209

Vente

Rejet


Demandeur(s) : la société HPBC, société anonyme

Défendeur(s) : M. Charles X...


Sur le moyen unique :

 

 Attendu, selon l’arrêt attaqué (Bordeaux, 16 janvier 2014), que par acte sous seing privé des 9 et 16 mai 2011, M. X… a vendu à la société HPBC des parcelles de terrain, sous diverses conditions suspensives, l’acte authentique devant être signé au plus tard le 31 décembre 2012 ; que la société HPBC ayant informé M. X… le 3 janvier 2012 qu’elle renonçait au bénéfice des conditions suspensives stipulées à son profit, celui-ci lui a répondu que cette renonciation était tardive et qu’il y avait lieu de constater la nullité de l’acte sous seing privé, sur le fondement des articles L. 290-1 et L. 290-2 du code de la construction et de l’habitation ; que la société HPBC a assigné M. X… afin de voir juger la vente parfaite ;

 

 Attendu que la société HPBC fait grief à l’arrêt de prononcer la nullité de la promesse de vente et d’ordonner la restitution du dépôt de garantie consigné entre les mains du notaire, alors, selon le moyen :

 

 1°/ qu’une loi peut être considérée comme interprétative lorsqu’elle se borne à reconnaître, sans rien innover, un droit préexistant qu’une définition imparfaite a rendu susceptible de controverses ; que tel est le cas de la loi n° 2012-387 du 22 mars 2012, laquelle, en son article 110, a modifié l’article L. 290-2 du code de la construction et de l’habitation ; qu’en effet cette loi, qui n’a pas modifié les termes des droits et obligations préexistants, établis par la loi antérieure n° 2009-323 du 25 mars 2009 dans les articles L. 290-1 et 290-2 de ce code, a en revanche ajouté dans ce second texte qu’il se rapportait seulement à la promesse « unilatérale » mentionnée au premier, en précisant ainsi le sens de l’un et de l’autre relativement à des dispositions jusque-là imparfaitement définies et pour autant susceptibles de controverses, l’article L. 290-1 ne comportant lui-même aucune mention de promesse « unilatérale » ; qu’en décidant dès lors que la loi de 2012 n’était pas interprétative, au motif erroné qu’elle aurait « innové » en limitant l’obligation de prévoir une indemnité d’immobilisation aux seules promesses unilatérales, de sorte que seules étaient applicables au litige les dispositions issues de la loi n° 2009-323 du 25 mars 2009, la cour d’appel a violé les articles 110 de la loi du 22 mars 2012, ensemble les articles L. 290-1 et L. 290-2 du code de la construction et de l’habitation ;

 

 2°/ que l’incise apportée par l’article 110 de la loi n° 2012-387 du 22 mars 2012 n’a pas eu seulement pour effet de modifier les dispositions de l’article 290-2 du code de la construction et de l’habitation ; qu’en renvoyant à « la promesse unilatérale de vente mentionnée à l’article L. 290-1 », quand ce texte ne porte aucune mention d’une promesse unilatérale, cette incise en a modifié le sens afin qu’il soit désormais entendu qu’il vise la promesse unilatérale ; que cette modification de sens, qui ne procède d’aucune modification matérielle, puisque l’article L. 290-1 conserve toujours sa rédaction issue de la loi n° 2009-323 du 25 mars 2009, ne peut procéder que d’une modification interprétative ; qu’en décidant dès lors que la loi de 2012 n’avait pas de caractère interprétatif, au motif inopérant qu’elle ne s’était pas elle-même déclarée interprétative, sans rechercher, comme elle y était invitée, si l’effet produit par la modification de l’article L. 290-2 sur l’article L. 290-1, pourtant demeuré matériellement inchangé mais dont la signification était modifiée, ne révélait pas ce caractère interprétatif, la cour d’appel a privé sa décision de base légale au regard des articles 110 de la loi du 22 mars 2012, ensemble des articles L. 290-1 et L. 290-2 du code de la construction et de l’habitation ;

 

 Mais attendu qu’ayant relevé que la promesse synallagmatique de vente avait été conclue par M. X… pour une durée supérieure à dix-huit mois et exactement retenu qu’elle était soumise de plein droit à l’article L. 290-1 du code de la construction et de l’habitation, lequel est applicable à toute promesse de vente ayant pour objet la cession d’un immeuble ou d’un droit réel immobilier par un particulier, et devait être constatée par acte authentique, la cour d’appel a déduit à bon droit de ce seul motif que la demande de nullité de l’acte sous seing privé devait être accueillie ; 

 

 D’où il suit que le moyen n’est pas fondé ;

 

 PAR CES MOTIFS :

 

 REJETTE le pourvoi ;

 


Président : M. Terrier

Rapporteur : Mme Le Boursicot, conseiller

Avocat général : Mme Guilguet-Pauthe

Avocat(s) : SCP Odent et Poulet ; SCP Lyon-Caen et Thiriez