Arrêt n° 1500 du 18 décembre 2013 (12-18.436) - Cour de cassation - Troisième chambre civile - ECLI:FR:CCASS:2013:C301500

Architecte

Cassation partielle


Demandeur(s) : la société Casa Ambrosino, société par actions simplifiée

Défendeur(s) : la société Mutuelle des architectes français (MAF), et autres


Attendu, selon l’arrêt attaqué (Montpellier, 1er Mars 2012), que la société Casa Ambrosino a fait appel à la société d’architecture PGDA, inscrite au tableau de l’ordre des architectes d’lle-de-France et assurée auprès de la société Mutuelle des architectes français (la MAF), pour des travaux sur son immeuble de Sète ; qu’un différend est né entre les parties ; qu’après avoir saisi le conseil régional de l’ordre des architectes du Languedoc-Roussillon, le maître d’ouvrage a assigné en référé puis au fond la société PGDA et la MAF en indemnisation de ses préjudices ;

 

 Sur le premier moyen :

 

 Attendu que la société Casa Ambrosino fait grief à l’arrêt de dire qu’elle n’a pas saisi le conseil de l’ordre des architectes de l’Ile-de-France préalablement à la procédure judiciaire introduite par assignation du 17 juin 2010 et de déclarer irrecevables les demandes formées par elle à l’encontre de la société PGDA et de la MAF alors, selon le moyen :

 


 1°/ que l’article G 10 du cahier des clauses générales du contrat d’architecte stipulait qu’« en cas de litige portant sur le respect des clauses du présent contrat, les parties conviennent de saisir pour avis le conseil régional de l’ordre des architectes dont relève l’architecte, avant toute procédure judiciaire, sauf conservatoire » et que « cette saisine intervient sur l’initiative de la partie la plus diligente » ; qu’au cas d’espèce, ayant constaté que la société Casa Ambrosino avait saisi le conseil de l’ordre des architectes du Languedoc-Roussillon le 22 décembre 2008, les juges du second degré ne pouvaient, sans méconnaître la force obligatoire attachée à la clause, considérer que la saisine pour avis du conseil de l’ordre des architectes était inefficace pour ne pas avoir été renouvelée après la saisine du juge des référés et avant la saisine du juge du fond, quand il résultait par ailleurs de leurs propres constatations qu’elle avait bien eu lieu avant la saisine du juge du fond ; qu’en statuant de la sorte, la cour d’appel a violé l’article 1134 du code civil ;

 

 2°/ que l’article G 10 du cahier des clauses générales du contrat d’architecte, s’il prévoyait que la saisine préalable du conseil régional de l’ordre des architectes n’était pas nécessaire avant une procédure à caractère conservatoire, ne stipulait pas pour autant que dans le cas où une telle saisine serait effectuée avant une action en référé, elle-même suivie d’une action au fond concernant le même litige, elle devrait être renouvelée avant cette dernière ; qu’à supposer que la cour ait considéré le contraire pour statuer comme elle l’a fait, elle a dénaturé la stipulation précitée, et partant violé l’article 1134 du code civil ;

 

 3°/ qu’en considérant que la société Casa Ambrosino aurait dû renouveler sa saisine du conseil de l’ordre avant de saisir le juge du fond, sans à aucun moment expliquer, ni encore moins justifier, en quoi l’action introduite devant le juge du fond, après la saisine pour avis du conseil de l’ordre et l’instance de référé, aurait eu un objet différent de celui relatif à la saisine du conseil de l’ordre effectivement réalisée, la cour d’appel a privé sa décision de base légale au regard des articles 1134 du code civil et 122 du code de procédure civile ;

 

 4°/ que si le siège d’une personne morale telle qu’une société est réputé être celui prévu par ses statuts, il en va différemment lorsqu’il est démontré que ce siège est fictif et que le centre des intérêts de la personne se trouve en un autre lieu ; qu’au cas d’espèce, la société Casa Ambrosino faisait valoir que le prétendu siège social de la société PDGA à Boulogne-Billancourt était fictif dès lors qu’il résultait des constatations d’un huissier de justice que la société n’avait aucun local situé dans cette commune et qu’en revanche, elle exerçait de manière effective son activité dans la ville de Sète au sein de laquelle elle disposait d’ailleurs d’une adresse mentionnée sur les documents contractuels ; qu’en retenant pourtant, pour déclarer irrecevable l’ensemble des demandes de la société Casa Ambrosino, que c’est le conseil de l’ordre des architectes d’Ile-de-France, et non le conseil de l’ordre des architectes du Languedoc-Roussillon, qui aurait dû être saisi dès lors que la société PGDA avait son siège social à Boulogne-Billancourt, sans à aucun moment s’expliquer sur la question du lieu effectif d’activité de la société, comme elle y était invitée, la cour d’appel n’a pas donné de base légale à sa décision au regard des articles 1134 du code civil et 122 du code de procédure civile, ensemble les articles 102 du code civil et 43 du code de procédure civile ;

 

 5°/ que lorsqu’une personne morale dispose d’un établissement situé en un autre lieu que son siège social, par le truchement duquel elle exerce son activité et qui est apte à la représenter à l’égard des tiers, ces derniers sont fondés à tenir ce lieu pour convenable lorsqu’ils ont à accomplir des actes dans le cadre d’un contrat ou d’une procédure ; qu’au cas d’espèce, faute d’avoir recherché si, eu égard aux éléments mis en avant par la société Casa Ambrosino, et qui tendaient à démontrer que la société PGDA exerçait en toute hypothèse une activité à travers un établissement situé à Sète, cette dernière n’était pas fondée à saisir, dans le cadre de l’application du contrat d’architecte, le conseil de l’ordre des architectes du Languedoc-Roussillon, les juges du second degré n’ont à cet égard encore pas donné de base légale à leur décision au regard des articles 1134 du code civil et 122 du code de procédure civile, ensemble les articles 102 du code civil et 43 du code de procédure civile ;

 

 6°/ que nul ne peut se contredire au détriment d’autrui ; qu’en ne recherchant pas si, à partir du moment où la société PGDA exerçait une activité dans la région de Sète et avait indiqué une adresse située à Sète dans les documents contractuels, il n’était pas exclu qu’elle puisse ensuite se prévaloir d’un prétendu siège social situé à Boulogne-Billancourt pour faire échec aux effets attachés par le contrat à la saisine du conseil de l’ordre des architectes du Languedoc-Roussillon par la société Casa Ambrosino, les juges du second degré n’ont pas donné de base légale à leur décision au regard de l’article 122 du code de procédure civile, ensemble le principe selon lequel nul ne peut se contredire au détriment d’autrui ;

 

 Mais attendu qu’ayant constaté que le maître d’ouvrage avait saisi le conseil régional de l’ordre des architectes du Languedoc-Roussillon alors que le contrat lui faisait obligation, par une clause claire et précise, de saisir le conseil régional dont relevait la société PGDA, inscrite au tableau de l’ordre des architectes d’Ile-de-France, la cour d’appel a retenu, à bon droit, par ces seuls motifs, que l’action engagée contre la société PGDA était irrecevable ;

 

 D’où il suit que le moyen n’est pas fondé ;

 

 Mais sur le second moyen qui est recevable :

 

 VU l’article L. 124-3 du code des assurances ;

 

 Attendu que pour déclarer irrecevable l’action de la société Casa Ambrosino contre la MAF, l’arrêt retient que le maître d’ouvrage n’a pas procédé à la saisine préalable du conseil de l’ordre d’Ile-de-France prévue au contrat d’architecte ;

 

 Qu’en statuant ainsi alors que la saisine préalable, par le maître d’ouvrage, de l’ordre des architectes prévue au contrat le liant à l’architecte, n’est pas une condition de recevabilité de l’action directe engagée contre l’assureur de celui-ci, la cour d’appel a violé le texte susvisé ;

 

 PAR CES MOTIFS :

 

 CASSE ET ANNULE, mais seulement en ce qu’il a déclaré irrecevables les demandes de la société Casa Ambrosino à l’encontre de la MAF, l’arrêt rendu le 1er mars 2012, entre les parties, par la cour d’appel de Montpellier ; remet, en conséquence, sur ce point, la cause et les parties dans l’état où elles se trouvaient avant ledit arrêt et, pour être fait droit, les renvoie devant la cour d’appel de Nîmes ;

 


 Président : M. Terrier

Rapporteur : M. Bureau, conseiller

Avocat général : Mme Guilguet-Pauthe

Avocat(s) : SCP Rocheteau et Uzan-Sarano ; SCP Boulloche