Arrêt n°15 du 06 janvier 2021 (19-11.262) - Cour de cassation - Première chambre civile - ECLI:FR:CCASS:2021:C100015

Rejet

Demandeur(s) : Mme N... J... , veuve I...

Défendeur(s) : société Banque CIC Nord Ouest, société anonyme


Faits et procédure

1. Selon l’arrêt attaqué (Amiens, 27 septembre 2018), suivant offres acceptées le 29 janvier 2008, la société [...] devenue la société CIC Nord Ouest (la banque) a consenti à Mme J... (l’emprunteur) deux prêts de 21 000 euros et 14 000 euros garantis par une assurance souscrite auprès de la société ACM (l’assureur).

2. Mme J... a fait l’objet d’une procédure de traitement de sa situation de surendettement. Par décision du 28 février 2013, la commission de surendettement a imposé des mesures de redressement à compter du 31 mars 2013. L’emprunteur n’a alors effectué aucun remboursement et l’assureur a, au titre de la garantie invalidité, réglé à la banque la somme totale de 2 529,75 euros.

3. Par acte du 3 août 2015, la banque a assigné l’emprunteur en remboursement du solde des prêts. Ce dernier a opposé la forclusion de l’action.

Examen des moyens

Sur le premier moyen, ci-après annexé

4. En application de l’article 1014, alinéa 2, du code de procédure civile, il n’y a pas lieu de statuer par une décision spécialement motivée sur ce moyen qui n’est manifestement pas de nature à entraîner la cassation.

Sur le second moyen

Enoncé du moyen

5. L’emprunteur fait grief à l’arrêt de déclarer recevable la demande en paiement de la banque et de le condamner au paiement d’une certaine somme, alors :

« 1°/ que la régularisation d’un incident de paiement ne peut résulter du paiement fait par l’assureur-emprunteur ; qu’en retenant, pour juger que la banque n’était pas forclose, que les sommes versées par l’assureur emprunteur de Mme J... avait permis « le paiement intégral des échéances des mois d’avril, mai, juin et juillet 2013 et le paiement partiel de l’échéance du mois d’août 2013 », quand de tels paiement, réalisés par un tiers, ne régularisaient pas les incidents de paiement et n’avaient donc pas pour effet de retarder le point de départ du délai de forclusion, la cour d’appel a violé l’article L. 311-37, devenu l’article L. 311-52 puis R. 312-35 du code de la consommation ;

2°/ qu’en toute hypothèse, les paiements partiels d’une dette unique s’imputent d’abord sur les intérêts ; qu’en retenant, pour juger que la banque n’était pas forclose, que la somme des paiements réalisés par l’assureur-emprunteur de Mme J... devait s’imputer sans distinction sur les premières échéances impayées après mise en oeuvre du plan de surendettement, tout en constatant que des échéances plus récentes demeuraient impayées, de sorte que les paiements partiels devaient être imputés en priorité sur l’intégralité des intérêts impayés avant de pouvoir être imputés sur le capital, la cour d’appel a violé l’article 1254 du code civil, dans sa rédaction applicable à l’espèce ;

3°/ qu’en toute hypothèse, lorsque l’assurance-emprunteur ne couvre qu’une fraction des échéances du prêt, les paiements successifs réalisés par l’assureur doivent s’imputer sur chacune des échéances dont il s’agit de garantir le paiement ; qu’en retenant, pour juger que la banque n’était pas forclose, que la somme des paiements réalisés par l’assureur-emprunteur de Mme J... devait s’imputer sur les premières échéances impayées après mise en oeuvre du plan de surendettement, quand ces paiements devaient s’imputer sur chacune des échéances dont le paiement était partiellement garanti, de sorte qu’aucune des échéances dues à partir d’avril 2013 ne pouvait être considérée comme régularisée, la cour d’appel a violé l’article 1254 du code civil, dans sa rédaction applicable à l’espèce, et l’article L. 311-37, devenu l’article L. 311-52 puis R. 312-35 du code de la consommation. »

Réponse de la Cour

6. En premier lieu, un paiement effectué par l’assureur, substitué à l’assuré, valant paiement de la dette de ce dernier, permet d’écarter l’existence d’un incident de paiement non régularisé, de sorte qu’après avoir relevé, par motifs adoptés, que la somme de 2 529,75 euros avait permis le paiement intégral des échéances des mois d’avril, mai, juin et juillet 2013 et le paiement partiel de l’échéance du mois d’août et que l’échéance du 30 août 2013 constituait le premier incident de paiement non régularisé, la cour d’appel en a déduit, à bon droit, que l’action de la banque était recevable.

7. En second lieu, l’emprunteur n’a pas soutenu, en cause d’appel, que les paiements partiels devaient être imputés en priorité sur l’intégralité des intérêts impayés avant de pouvoir être imputés sur le capital ni que, lorsque l’assurance emprunteur ne couvre qu’une fraction des échéances du prêt, les paiements successifs réalisés par l’assureur doivent s’imputer sur chacune des échéances dont le paiement était partiellement garanti.

8. Dès lors, le moyen, irrecevable en ses deuxième et troisième branches, nouvelles et mélangées de fait, n’est pas fondé pour le surplus.

PAR CES MOTIFS, la Cour :

REJETTE le pourvoi ;


Président : Mme Batut
Rapporteur : M. Serrier, conseiller référendaire

Avocat(s) : SCP Boré, Salve de Bruneton et Mégret - Me Le Prado