Arrêt n°301 du 08 avril 2021 (19-20.890) - Cour de cassation - Première chambre civile - ECLI:FR:CCASS:2021:C100301

Cassation partielle

Demandeur(s) : Mme L...  J... et autres ;

Défendeur(s) : société BNP Paribas Personal Finance, société anonyme


Faits et procédure


1. Selon l’arrêt attaqué (Versailles, 12 juin 2018), suivant offre acceptée le
15 mai 2013, la société BNP Paribas Personal Finance (la banque) a consenti à Mme C...  un prêt dit de « regroupement de crédits » d’un montant de 33 000 euros, mentionnant son époux, M. C... , en qualité de coemprunteur. Le 29 octobre 2014, Mme C...  a été placée sous le régime de curatelle et son époux désigné comme curateur.

2. Après avoir prononcé la déchéance du terme en raison d’échéances demeurées impayées, la banque a assigné en paiement du solde du prêt M.  et Mme C... , qui ont notamment sollicité la déchéance du droit aux intérêts de la banque. Les demandes formées contre M. C...  en qualité de coemprunteur ont été rejetées.


Examen des moyens


Sur le premier moyen, ci-après annexé


3. En application de l’article 1014, alinéa 2, du code de procédure civile, il n’y a pas lieu de statuer par une décision spécialement motivée sur ce moyen qui n’est manifestement pas de nature à entraîner la cassation.

Mais sur le second moyen, pris en ses première et troisième branches

Enoncé du moyen

4. Mme C...  et M. C... , en qualité de curateur de son épouse, font grief à l’arrêt de rejeter leurs demandes de déchéance du droit de la banque aux intérêts et de condamner Mme C...  à lui payer la somme de 35 376,68 euros avec intérêts à compter du 27 décembre 2014, alors :


«  1°/ qu’il incombe au prêteur, tenu d’une obligation particulière d’information, d’établir qu’il a remis à l’emprunteur la fiche d’information précontractuelle prévue à l’article L. 311-6 ancien du code de la consommation, cette preuve ne pouvant résulter de la seule signature d’une clause par laquelle l’emprunteur reconnaît avoir reçu ladite fiche ; qu’en retenant, pour rejeter la demande de déchéance du droit aux intérêts de la banque formée par Mme C...  que celle-ci avait reconnu avoir reçu la fiche par sa signature au bas d’une note relative au regroupement de crédit et que cette mention faisait présumer la remise de cette fiche en l’absence de tout autre élément produit par le débiteur, quand il appartenait au contraire à la banque de prouver qu’elle avait bien remis à l’emprunteur la fiche d’information précontractuelle litigieuse, la cour d’appel a inversé la charge de la preuve et violé l’article 1353 du code civil, ensemble l’article L. 311-6 du code de la consommation alors applicable, tel qu’interprété à la lumière de la directive 2008/48/CE du 23 avril 2008 ;

3°/ qu’il incombe au prêteur, tenu d’une obligation particulière d’information, d’établir qu’il a remis à l’emprunteur une notice d’assurance conforme à l’article L. 311-19 ancien du code de la consommation, cette preuve ne pouvant résulter de la seule signature d’une clause par laquelle l’emprunteur reconnaît avoir reçu ladite notice ; qu’en retenant, pour rejeter la demande de déchéance du droit aux intérêts de la banque formée par Mme C...  que celle-ci avait reconnu avoir reçu la notice par sa signature en-dessous d’une mention pré-imprimée figurant sur l’offre de crédit et que cette mention faisait présumer la remise de cette notice en l’absence de tout autre élément produit par le débiteur, quand il appartenait au contraire à la banque de prouver qu’elle avait bien remis à l’emprunteur la notice d’assurance, la cour d’appel a inversé la charge de la preuve et violé l’article 1353 du code civil, ensemble l’article L. 311-19 du code de la consommation alors applicable, tel qu’interprété à la lumière de la directive 2008/48/CE du 23 avril 2008. »


Réponse de la Cour

Vu les articles L. 311-6 et L. 311-19 du code de la consommation, alors en vigueur :

5. Il résulte du premier de ces textes que, préalablement à la conclusion du contrat de crédit, le prêteur donne à l’emprunteur, par écrit ou sur un autre support durable, les informations nécessaires à la comparaison de différentes offres lui permettant d’appréhender clairement l’étendue de son engagement et du second que lorsque l’offre de contrat de crédit est assortie d’une proposition d’assurance, une notice doit être remise à l’emprunteur.

6. Ces dispositions sont issues de la transposition par la France de la directive 2008/48/CE du Parlement européen et du Conseil du 28 avril 2008 concernant les contrats de crédit aux consommateurs et abrogeant la directive 87/102/CEE.

7. Par arrêt du 18 décembre 2014 (CA Consumer Finance, C-449/13), la Cour de justice de l’Union européenne a dit pour droit que les dispositions de la directive précitée doivent être interprétées en ce sens qu’elles s’opposent à ce qu’en raison d’une clause type, le juge doive considérer que le consommateur a reconnu la pleine et correcte exécution des obligations précontractuelles incombant au prêteur, cette clause entraînant ainsi un renversement de la charge de la preuve de l’exécution desdites obligations de nature à compromettre l’effectivité des droits reconnus par la directive 2008/48 (point 32).

8. L’arrêt de la Cour précise qu’une clause type figurant dans un contrat de crédit ne compromet pas l’effectivité des droits reconnus par la directive 2008/48 si, en vertu du droit national, elle implique seulement que le consommateur atteste de la remise qui lui a été faite de la fiche d’information européenne normalisée (point 29). Il ajoute qu’une telle clause constitue un indice qu’il incombe au prêteur de corroborer par un ou plusieurs éléments de preuve pertinents et que le consommateur doit toujours être en mesure de faire valoir qu’il n’a pas été destinataire de cette fiche ou que celle-ci ne permettait pas au prêteur de satisfaire aux obligations d’informations précontractuelles lui incombant (point 30). Selon le même arrêt, si une telle clause type emportait, en vertu du droit national, la reconnaissance par le consommateur de la pleine et correcte exécution des obligations précontractuelles incombant au prêteur, elle entraînerait un renversement de la charge de la preuve de l’exécution desdites obligations de nature à compromettre l’effectivité des droits reconnus par la directive 2008/48 (point 31).

9. Il s’ensuit qu’il incombe au prêteur de rapporter la preuve de ce qu’il a satisfait à ses obligations précontractuelles et que la signature par l’emprunteur d’une fiche explicative et de l’offre préalable de crédit comportant chacune une clause selon laquelle il reconnaît que le prêteur lui a remis la fiche précontractuelle d’information normalisée européenne et la notice d’assurance constitue seulement un indice qu’il incombe à celui-ci de corroborer par un ou plusieurs éléments complémentaires.

10. Pour rejeter la demande de déchéance du droit aux intérêts de la banque et condamner l’emprunteur au paiement, l’arrêt énonce, par motifs adoptés, que celle-ci produit une fiche explicative et l’offre préalable de crédit, comportant chacune une mention pré-imprimée suivie de la signature de Mme C...  par laquelle elle reconnaît avoir reçu la fiche précontractuelle d’information normalisée européenne et la notice d’assurance et que ces mentions laissent présumer la remise de ces documents, en l’absence de tout autre élément produit par M. et Mme C...  permettant de douter de leur remise ou de leur régularité.

11. En statuant ainsi, la cour d’appel, qui a inversé la charge de la preuve, a violé les textes susvisés.

PAR CES MOTIFS, et sans qu’il y ait lieu de statuer sur les autres branches du second moyen, la Cour :

CASSE ET ANNULE, mais seulement en ce qu’il rejette la demande de déchéance du droit aux intérêts de la banque et condamne Mme C...  à lui payer la somme de 35 376,68 euros avec intérêts à compter du 27 décembre 2014, l’arrêt rendu le 12 juin 2018, entre les parties, par la cour d’appel de Versailles ;

Remet, sur ce point, l’affaire et les parties dans l’état où elles se trouvaient avant cet arrêt et les renvoie devant la cour d’appel de Paris ;


Président : Mme Batut
Rapporteur : Mme Champ, conseillère référendaire
Avocat(s) : SCP Meir-Bourdeau, Lécuyer et associés - SCP Célice, Texidor et Périer