Arrêt n° 573 du 30 septembre 2020 (19-17.796) - Cour de cassation - Première chambre civile - ECLI:FR:CCASS:2020:C100573

Rejet

Demandeur(s) : Mme E... K...

Défendeur(s) : procureur général près la cour d’appel de Rennes


Faits et procédure

1. Selon l’arrêt attaqué (Rennes, 2 juillet 2018), aux termes de son acte de naissance, Mme K...  est née le [...]   à Grand-Bassam (Côte d’Ivoire) de M. K...  et de Mme A... , cette dernière étant de nationalité française. Invoquant un jugement supplétif rendu le 25 juillet 2005 par le tribunal de première instance de Grand-Bassam, elle a, par acte du 17 juillet 2014, assigné le procureur de la République près le tribunal de grande instance de Nantes afin d’obtenir la transcription de son acte de naissance et de son acte de mariage sur les registres français de l’état civil.

Examen du moyen

Enoncé du moyen


2. Mme K...  fait grief à l’arrêt de rejeter sa demande de transcription, sur les registres de l’état civil français, de son acte supplétif de naissance, alors :

« 1°/ que l’acte d’état civil étranger, établi conformément à la loi de l’Etat où il a été dressé, fait foi sauf s’il est irrégulier, falsifié ou mensonger ; qu’en écartant l’acte supplétif sans constater préalablement qu’il était irrégulier, falsifié ou mensonger, les juges du fond, qui se sont affranchis des conditions du texte, ont violé l’article 47 du code civil  ;

2°/ que, selon les propres constatations de l’arrêt, l’exigence d’une reconnaissance n’est requise par la loi ivoirienne qu’en l’absence d’acte de naissance ; qu’en l’espèce, un acte de naissance a été produit ; qu’en exigeant une reconnaissance hors des cas où elle était imposée par la loi ivoirienne selon les constatations mêmes de l’arrêt attaqué, les juges du fond ont de nouveau violé l’article 47 du code civil ;

3°/ que la circonstance que la mère n’ait pas été appelée à la procédure gracieuse portée devant le tribunal de première instance de Grand-Bassam ne peut être révélatrice d’une atteinte à l’ordre public international, dès lors notamment qu’en matière gracieuse et dans l’ordre interne, la requête ayant été présentée, la loi laisse aux juges la faculté d’appeler ou d’entendre les personnes dont les intérêts sont susceptibles d’être affectés par cette décision ; qu’en décidant le contraire, les juges du fond ont violé l’article 3 du code civil et les principes du droit international privé en tant qu’ils concernent l’ordre public international ;

4°/ que, de la même manière l’absence de Mme K...  à la procédure gracieuse ne pouvait pas davantage être regardée comme contraire à l’ordre public international et ce, pour la même raison ; qu’à cet égard l’arrêt a été rendu en violation de 3 du code civil et les principes du droit international privé en tant qu’ils concernent l’ordre public international ;

5°/ qu’en toute hypothèse, seule Mme K...  avait de toute façon qualité et intérêt pour se prévaloir de ce que, devant le juge étranger et dans le cadre de la procédure gracieuse, elle n’a pas été appelée ou entendue ; qu’à cet égard, l’arrêt attaqué doit être censuré pour violation de l’article 3 du code civil et les principes du droit international privé en tant qu’ils concernent l’ordre public international. »

Réponse de la Cour

3. En application de l’article 311-14 du code civil, la filiation est régie par la loi personnelle de la mère au jour de la naissance de l’enfant.

4. Si un jugement supplétif régulier, quelle que soit la date à laquelle il est prononcé, est réputé, en raison de son caractère déclaratif, établir la filiation de l’enfant à la date de sa naissance (1re Civ., 17 décembre 2010, pourvoi n° 09-13.957, Bull. 2010, I, n° 272), cette filiation n’emporte des effets utiles en matière de nationalité, pour les enfants nés hors mariage, que dans les conditions prévues par les dispositions combinées de l’article 311-25 du code civil et du 6° du paragraphe II de l’article 20 de l’ordonnance n° 2005-759 du 4 juillet 2005 portant réforme de la filiation.

5. Il résulte de ces dispositions combinées que si l’indication de la mère dans l’acte de naissance d’un enfant né hors mariage avant l’entrée en vigueur de l’ordonnance du 4 juillet 2005, le 1er juillet 2006, établit la filiation à son égard, elle est sans effet sur la nationalité de l’enfant majeur à cette date.

6. La cour d’appel ayant relevé, par motifs propres et adoptés, que Mme A...  n’avait jamais reconnu Mme K... , née hors mariage, il en résulte que le jugement supplétif d’acte de l’état civil et l’acte de naissance la désignant comme mère étaient sans incidence sur la nationalité de Mme K... , majeure au 1er juillet 2006, de sorte que son acte de naissance ne pouvait être transcrit sur les registres français de l’état civil.

7. Par ce motif de pur droit, substitué à ceux critiqués, dans les conditions prévues par les articles 620, alinéa 1er, et 1015 du code de procédure civile, la décision déférée se trouve légalement justifiée.

PAR CES MOTIFS, la Cour :

REJETTE le pourvoi ;


Président : Mme Batut
Rapporteur : Mme Le Cotty
Avocat général : Mme Caron-Déglise