Arrêt n° 555 du 30 septembre 2020 (19-12.296) - Cour de cassation - Première chambre civile - ECLI:FR:CCASS:2020:C100555

Rejet

Demandeur(s) : Mme EA... N..., épouse L... ; et autres
Défendeur(s) : M. I... X... ; et autres


Faits et procédure

1. Selon l’arrêt attaqué (Aix-en-Provence, 5 décembre 2018), rendu sur renvoi après cassation (1re Civ., 20 juin 2006, pourvoi n° 04-16.227), par acte du 27 octobre 1976, O... R... X... et son épouse, J... P... B..., ont consenti à deux de leurs enfants, O... et I..., une donation hors part successorale portant sur trois parcelles de terre. Ils sont respectivement décédés les 17 janvier et 4 décembre 1986, laissant pour leur succéder leurs sept enfants, LM..., O... A..., SE..., NC..., O... , D... XN... et I....

2. Les deux frères bénéficiaires de la donation ont été assignés par leurs cohéritiers en partage et en réduction de cette libéralité. Un arrêt du 24 octobre 1994 a dit qu’ils pouvaient conserver les biens reçus à concurrence de la quotité disponible.

Examen du moyen

Sur le moyen, pris en ses deuxième, troisième et quatrième branches, ci-après annexé

3. En application de l’article 1014, alinéa 2, du code de procédure civile, il n’y a pas lieu de statuer par une décision spécialement motivée sur ces griefs qui ne sont manifestement pas de nature à entraîner la cassation.

Sur le moyen, pris en sa première branche

Enoncé du moyen

4. Mme N..., Mmes D... XN..., XN... GR..., G..., J... I... et W... F... X..., MM. C... et O... X... font grief à l’arrêt de dire n’y avoir lieu à restitution par M. I... X... et les héritiers de O... X... des fruits des biens donnés, objet de l’action en réduction, alors « qu’en cas de réduction d’une libéralité, le donataire doit restituer, à compter du jour du décès du donateur, l’équivalent des fruits perçus de la portion des biens donnés sur laquelle porte la réduction ; qu’il ne saurait se prévaloir d’un droit à rémunération pour sa gestion du bien, lequel n’est pas indivis pour la part excédant la quotité disponible ; que, pour dire n’y avoir lieu à restitution, l’arrêt attaqué retient « que même si l’article 928, contrairement à l’article 815-12 du code civil, n’évoque pas la rémunération de la gestion de celui qui doit restitution des fruits de ce qui excède la portion disponible, la situation est radicalement différente et la comparaison entre les deux textes n’a pas lieu d’être » et « qu’il convient, dans la restitution des fruits, de prendre en compte le revenu de l’exploitant », ainsi que « les tâches de gestion administrative et financière qui, indépendamment des fruits tirés du travail de la terre doivent donner lieu à rémunération » ; qu’en statuant ainsi, quand il résultait de ses propres énonciations que les sommes litigieuses constituaient des fruits devant par principe être restitués dans les limites de l’article 928 du code civil et que les biens objet de la donation réductible n’étaient pas indivis, la cour d’appel a violé l’article 928 du code civil, dans sa rédaction applicable en la cause. »

Réponse de la Cour

5. L’obligation imposée au donataire par l’article 928 du code civil, dans sa rédaction antérieure à celle issue de la loi du 23 juin 2006, de restituer les fruits de ce qui excède la portion disponible, à compter du jour du décès du donateur, suppose que le bien donné soit, au jour de la donation, dans un état lui permettant de produire un revenu. Il en résulte que la valeur du travail effectué par celui-ci, qui a permis leur production, doit être déduit des fruits qu’il doit restituer sur le fondement de ce texte.

6. Après avoir relevé que le revenu net tiré de l’exploitation des biens faisant l’objet de l’action en réduction correspondait à l’équivalent du salaire minimum de croissance pour chacun des deux donataires exploitants, la cour d’appel en a déduit à bon droit qu’il n’y avait pas lieu à restitution des fruits.

7. Le moyen n’est donc pas fondé.

PAR CES MOTIFS, la Cour :

REJETTE le pourvoi ;


Président : Mme Batut
Rapporteur : M. Vigneau
Avocat général : Mme Marilly, avocat général reférendaire
Avocat(s) : SCP Fabiani, Luc-Thaler et Pinatel - SCP Bauer-Violas, Feschotte-Desbois et Sebagh - SCP Marlange et de La Burgade