Arrêt n° 492 du 23 septembre 2020 (19-12.751) - Cour de cassation - Première chambre civile - ECLI:FR:CCASS:2020:C100492

Rejet

Demandeur(s) : M. V...  D...

Défendeur(s) : Syndicat d’irrigation départemental drômois


Faits et procédure

1. Selon l’arrêt attaqué (Grenoble, 11 décembre 2018) et les productions, M. D...  (l’exploitant), exploitant agricole, est propriétaire de parcelles à Châteaudouble situées à proximité du canal de la Martinette alimenté notamment par la rivière Lierne. Il est membre d’une association syndicale autorisée (ASA) ayant pour objet la gestion de ces eaux. Au cours de l’année 2013, le Syndicat d’irrigation départemental drômois (le syndicat) a procédé à des sondages dans l’une de ces parcelles, sur laquelle se trouve une prise d’eau reliée au canal, destinée à l’irrigation pour les besoins de l’exploitation agricole.

2. Par arrêté du 25 mars 2014, le préfet de la Drôme a mis en demeure l’ASA de déposer une demande d’autorisation de prélèvement dans la rivière Lierne. Soutenant être titulaire de droits d’eau fondés en titre, l’ASA a saisi, aux fins d’annulation de l’arrêté, le tribunal administratif qui, par jugement du 21 juin 2016, a rejeté sa requête. L’exploitant a, alors, assigné le syndicat devant la juridiction judiciaire en vue de faire reconnaître l’existence de droits d’eau fondés en titre attachés aux parcelles dont il est propriétaire. Le syndicat a soulevé une exception d’incompétence au profit de la juridiction administrative.

Examen du moyen

Enoncé du moyen

3. L’exploitant fait grief à l’arrêt de déclarer la juridiction judiciaire incompétente pour connaître du litige, alors :

«  1°/ que le juge judiciaire est seul compétent pour connaître des questions de propriété immobilière privée, en particulier celles portant sur l’existence d’un droit réel immobilier ; que les droits d’usage d’eau sont des droits réels immobiliers ; qu’en se bornant à affirmer, pour déclarer le tribunal de grande instance de Valence incompétent pour connaître des demandes de l’exploitant tendant à la reconnaissance de droits d’usage d’eau fondés en titre attachés à sa propriété, qu’il s’agit de droits d’usage et non de droits propriété, la cour d’appel a violé le principe de séparation entre les autorités administratives et judiciaires, ensemble la loi des 16-24 août 1790 et le décret du 16 fructidor an III ;

2°/ que le juge judiciaire est seul compétent pour connaître des questions de propriété immobilière privée, en particulier celles portant sur l’existence d’un droit réel immobilier, lorsque l’immeuble en question n’appartient pas au domaine public ; qu’en déclarant le tribunal de grande instance de Valence incompétent pour connaître des demandes de l’exploitant tendant à la reconnaissance de droits d’usage d’eau fondés en titre attachés à sa propriété sans constater que lesdits droits portaient sur un cours d’eau domanial, la cour d’appel a privé sa décision de base légale au regard du principe de séparation entre les autorités administratives et judiciaires, ensemble la loi des 16-24 août 1790 et le décret du 16 fructidor an III. »

Réponse de la Cour

4. Saisi par la Cour de cassation (1re Civ., 5 février 2020, pourvoi n°  19-12.751, publié), en application de l’article 35 du décret n° 2015-233 du 27 février 2015, le Tribunal des conflits a, par arrêt du 8 juin 2020 (n° 4190), énoncé :

« Les droits fondés en titre constituent des droits d’usage de l’eau. Ils ont le caractère de droits réels immobiliers. Toutefois, tout en confirmant le régime des droits acquis, les dispositions législatives du code de l’environnement relatives à la police de l’eau les ont inclus dans leur champ d’application. En particulier, le II de l’article L. 214-6 du code de l’environnement dispose que les installations et ouvrages fondés en titre « sont réputés déclarés ou autorisés » pour l’application des articles L. 214-1 à L. 214-6 du code et les droits fondés en titre sont soumis aux conditions générales d’abrogation, de révocation et de modification des autorisations définies par les articles L. 214-4 et L. 215-10 du même code. En outre, l’autorité administrative exerçant ses pouvoirs de police de l’eau peut modifier la portée d’un droit fondé en titre en imposant le respect de prescriptions. Il appartient dès lors à la juridiction administrative de se prononcer sur l’existence ou la consistance d’un droit d’usage de l’eau fondé en titre et de statuer sur toute contestation sur l’un ou l’autre de ces points. Il appartient en revanche au juge judiciaire de connaître de toute contestation relative à la personne titulaire d’un tel droit. Lorsque, dans le cadre d’un litige porté devant lui, l’existence ou la consistance du droit est contestée, le juge judiciaire reste compétent pour connaître du litige, sauf si cette contestation soulève une difficulté sérieuse, notamment parce qu’elle porte sur une décision affectant l’existence ou la consistance du droit que l’administration a prise ou qu’il pourrait lui être demandé de prendre dans l’exercice de ses pouvoirs de police de l’eau. Dans un tel cas, il appartient au juge judiciaire de saisir de cette question, par voie préjudicielle, le juge administratif. Il résulte de ce qui précède que le présent litige ressortit à la compétence de la juridiction administrative. »

5. Conformément à l’article 11 de la loi du 24 mai 1872 relative au Tribunal des conflits, cette décision s’impose à toutes les juridictions de l’ordre judiciaire et de l’ordre administratif.

6. Le moyen ne peut donc être accueilli.

PAR CES MOTIFS, la Cour :

REJETTE le pourvoi ;

Condamne M. D...  aux dépens ;



Président : Mme Batut
Rapporteur : M. Serrier, conseiller référendaire
Avocat général : M. Lavigne
Avocat(s) : SCP Rocheteau et Uzan-Sarano - SCP Boré, Salve de Bruneton et Mégret