Arrêt n°648 du 4 novembre 2020 (19-50.027) - Cour de cassation - Première chambre civile - ECLI:FR:CCASS:2020:C100648

Cassation sans renvoi

Demandeur(s) : Le procureur général près la cour d’appel de Douai

Défendeur(s) : Mme Y...  G... , épouse F...


Faits et procédure


1. Selon l’arrêt attaqué (Douai, 17 janvier 2019), Mme G... , originaire d’Algérie, a contracté mariage en 1998, dans ce pays, avec un Français. Cette union a été transcrite sur les registres de l’état civil français le 30 juillet 2007. Mme G...  a souscrit, le 6 mai 2014, une déclaration de nationalité française sur le fondement de l’article 21-2 du code civil, laquelle a été enregistrée le 9 février 2015.

2. Le 14 mars 2016, le ministère public l’a assignée en nullité de cet enregistrement, en soutenant que l’état de bigamie de son conjoint français excluait toute communauté de vie.



Examen du moyen


Sur le moyen, pris en sa troisième branche, ci-après annexé

3. En application de l’article 1014, alinéa 2, du code de procédure civile, il n’y a pas lieu de statuer par une décision spécialement motivée sur ce grief qui n’est manifestement pas de nature à entraîner la cassation.

Mais sur le moyen, pris en ses deux premières branches

Enoncé du moyen

4. Le ministère public fait grief à l’arrêt de rejeter sa demande d’annulation de la déclaration d’acquisition de la nationalité française par mariage souscrite par Mme G... , alors :



«  1°/ qu’en application l’article 26-4, alinéa 3, du code civil, l’enregistrement d’une déclaration acquisitive nationalité française peut, en cas de mensonge ou de fraude, être contesté par le ministère public dans le délai de deux ans à compter de leur découverte ; que ce texte ne distingue pas, en matière d’acquisition de la nationalité française par mariage, selon l’époux auteur du mensonge ou la fraude ; qu’en l’espèce, lors de la déclaration de nationalité française souscrite le 6 mai 2014 par Mme G... , le nouveau mariage de M. F...  avec Mme P... , célébré 10 novembre 2010, a été dissimulé ; que dès lors, en retenant l’existence d’une vie commune entre Mme G...  et M. F... , sans reconnaître la fraude commise lors de la souscription de la déclaration, peu important que cette fraude émane de M. F...  ou des deux époux, la cour d’appel a violé le texte susvisé ;

2°/ que la communauté de vie requise pour acquérir la nationalité française par mariage, et à laquelle s’obligent les époux en application de l’article 215 du code civil, est un élément de la conception monogamique française du mariage ; que la bigamie est incompatible avec l’existence d’une communauté de vie au sens de l’article 21-2 du code civil ; que la cour d’appel a constaté la bigamie de l’époux en relevant que M. F...  s’est marié en 1998 avec Mme G...  puis le 10 novembre 2010 avec Mme P...  ; que dès lors, en considérant qu’en dépit de la nouvelle union de M. F...  en 2010, la persistance de la vie commune avec Mme G...  au jour de la déclaration était caractérisée par le fait que les époux avaient fondé une famille nombreuse et avaient un domicile commun, la cour d’appel a violé l’article 21-2 du code civil. »


Réponse de la Cour

Vu l’article 21-2 du code civil, dans sa rédaction issue de la loi n° 2011-672 du 16 juin 2011 :

5. Selon ce texte, l’étranger ou l’apatride qui contracte mariage avec un conjoint de nationalité française peut, après un délai de quatre ans à compter du mariage, acquérir la nationalité française par déclaration à condition qu’à la date de cette déclaration, la communauté de vie tant affective que matérielle n’ait pas cessé entre les époux depuis le mariage.

6. La situation de bigamie d’un des époux à la date de souscription de la déclaration, qui est exclusive de toute communauté de vie affective, fait obstacle à l’acquisition de la nationalité française par le conjoint étranger.

7. Pour rejeter la demande, l’arrêt retient que les époux ont vécu ensemble pendant près de vingt ans et donné naissance à cinq enfants dont les deux derniers sont nés sur le territoire français en 2005 et 2013, ce qui caractérise l’existence d’une intention matrimoniale persistante ainsi qu’une communauté de vie réelle et constante au sens de l’article 215 du code civil.

8. En statuant ainsi, alors qu’il résultait de ses propres constatations que le conjoint français de Mme G...  avait contracté en 2010 une nouvelle union, la cour d’appel a violé le texte susvisé.

Portée et conséquences de la cassation

9. Après avis donné aux parties, conformément à l’article 1015 du code de procédure civile, il est fait application des articles L. 411-3, alinéa 2, du code de l’organisation judiciaire, et 627 du code de procédure civile.

10. L’intérêt d’une bonne administration de la justice justifie, en effet, que la Cour de cassation statue au fond.

PAR CES MOTIFS, la Cour :

CASSE ET ANNULE, en toutes ses dispositions, l’arrêt rendu le 17 janvier 2019, entre les parties, par la cour d’appel de Douai ;

DIT n’y avoir lieu à renvoi ;


Président : Mme Batut
Rapporteur : M Acquaviva, conseiller

Avocat général : M. Sassoust
Avocat(s) : Me Balat