Arrêt n° 784 du 19 septembre 2019 (18-20.297) - Cour de cassation - Première chambre civile - ECLI:FR:CCASS:2019:C100734

Etranger

Cassation partielle sans renvoi

Sommaire :
L’administration étant tenue d’accomplir toutes diligences pour que la durée de la rétention d’un étranger demandeur d’asile n’excède pas le temps strictement nécessaire à la détermination de l’Etat responsable de l’examen de sa demande d’asile, et le cas échéant, à l’exécution d’une décision de transfert, une durée de treize jours pour prendre une telle décision, sans que l’administration ait caractérisé des circonstances de nature à justifier un tel délai, est excessive.


Demandeur(s) : M. K... J...
Défendeur(s) : préfet des Pyrénées-Atlantiques ; et autre


Sur le moyen unique :

Vu l’article L. 554-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, dans sa rédaction issue de la loi n° 2018-187 du 20 mars 2018 ;

Attendu qu’il résulte de ce texte que l’étranger ne peut être placé ou maintenu en rétention au titre du 1° bis du I de l’article L. 561-2 que pour le temps strictement nécessaire à la détermination de l’Etat responsable de l’examen de sa demande d’asile, et le cas échéant, à l’exécution d’une décision de transfert et qu’en cas d’accord d’un Etat requis, la décision de transfert est notifiée à l’étranger dans les plus brefs délais ;

Attendu, selon l’ordonnance attaquée, rendue par le premier président d’une cour d’appel, et les pièces de la procédure, que M. J..., de nationalité ivoirienne, en situation irrégulière sur le territoire national, a été placé en garde à vue le 26 avril 2018 pour des faits de détention de faux documents et d’escroquerie ; que la consultation du fichier Eurodac a mis en évidence qu’il avait précédemment introduit une demande de protection internationale en Italie ; que la mesure de rétention administrative, décidée par arrêté du préfet du 27 avril, a été prolongée le 28 par le juge des libertés et de la détention pour vingt-huit jours ; que M. J... a, le 23 mai 2018, demandé qu’il soit mis fin à sa rétention ;

Attendu que, pour rejeter la demande de mise en liberté de M. J..., l’ordonnance, par motifs propres et adoptés, relève que, le 26 avril 2018, une demande de prise en charge de M. J... a été communiquée aux autorités italiennes, que celles-ci ont accepté leur responsabilité par un accord implicite du 11 mai 2018, que le 14 mai, un laissez-passer européen a été établi et une demande d’acheminement adressée au pays requis, que le 24 mai, le préfet des Pyrénées-Atlantiques a pris et notifié à M. J... un arrêté de transfert vers l’Italie et qu’un départ a été programmé pour le 7 juin 2018 ; qu’elle en déduit que l’administration n’a pas agi de manière tardive ;

Qu’en statuant ainsi, alors qu’il résultait de ses propres constatations que la décision de transfert était intervenue treize jours après l’accord des autorités italiennes, sans que l’administration ait caractérisé des circonstances de nature à justifier un tel délai, le premier président a violé le texte susvisé ;

Et vu les articles L. 411-3 du code de l’organisation judiciaire et 1015 du code de procédure civile ;

PAR CES MOTIFS

CASSE ET ANNULE, sauf en ce qu’elle déclare la requête de M. J... recevable, l’ordonnance rendue le 29 mai 2018, entre les parties, par le premier président de la cour d’appel de Pau ;

DIT n’y avoir lieu à renvoi ;

Vu l’article 700 du code de procédure civile, rejette la demande ;

Dit que sur les diligences du procureur général près la Cour de cassation, le présent arrêt sera transmis pour être transcrit en marge ou à la suite de l’ordonnance partiellement cassée ;


Président : Mme Batut
Rapporteur : Mme Feydeau-Thieffry, conseiller référendaire

Avocat général : M. Sassoust
Avocat(s) :
SCP Spinosi et Sureau