Arrêt n°556 du 13 juin 2019 (18-16.843) - Cour de cassation - Première chambre civile - ECLI:FR:CCASS:2019:C100556

Avocat

Rejet

Sommaire :
Il résulte de la combinaison des articles 53 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, 6 du décret n° 2005-790 du 12 juillet 2005, 3 bis et 56 de la loi n° 71-1130 du 31 décembre 1971 que tout avocat régulièrement inscrit à un barreau peut donner des consultations juridiques gratuites en mairie, sans que l’exercice de cette activité soit subordonné à l’autorisation préalable du conseil de l’ordre ni que cet avocat soit tenu de démontrer l’existence d’un besoin particulier ou d’un intérêt public local. Il a l’obligation, à l’occasion de ces consultations et sous le contrôle du conseil de l’ordre, de respecter les principes essentiels qui gouvernent sa profession.


Demandeur(s) : M. P...
Défendeur(s) : Procureur général près la cour d’appel de Paris


Sur le moyen unique :

Attendu, selon l’arrêt attaqué (Paris, 12 décembre 2017), que M. P... , né le [...] à Pondichéry (Inde) a, par acte d’huissier de justice du 10 octobre 2014, saisi le tribunal de grande instance de Paris aux fins de faire constater sa nationalité française, en application des dispositions de l’article 18 du code civil, au motif que son père, mineur le 16 août 1962 lors de l’entrée en vigueur du traité de cession des Etablissements français de l’Inde du 28 mai 1956, a suivi la condition de son propre père, originaire de ces Etablissements mais qui, étant né le [...] à Panruti en Inde anglaise, n’avait pas été saisi par le traité de cession du 28 mai 1956 ;

Attendu que M. P... fait grief à l’arrêt de rejeter sa demande, alors, selon le moyen, que pour opposer la fin de non-recevoir de l’article 30-3 du code civil au demandeur à la nationalité, en se fondant sur l’absence de possession d’état de français de lui-même et de son ascendant, le juge doit se placer à la date à laquelle il statue ; que la cour d’appel qui n’a nulle part examiné si le père de l’intéressé avait la possession d’état de français depuis le jugement du 6 septembre 2013 qui l’a reconnu français, a violé les articles 30-3 du code civil et 126 du code de procédure civile ;

Mais attendu que, selon l’article 30-3 du code civil, celui qui réside ou a résidé habituellement à l’étranger, où les ascendants dont il tient par filiation la nationalité sont demeurés fixés pendant plus d’un demi-siècle, n’est pas admis à faire la preuve qu’il a, par filiation, la nationalité française si lui-même et celui de ses père et mère qui a été susceptible de la lui transmettre n’ont pas eu la possession d’état de Français ; que le tribunal doit, dans ce cas, constater la perte de la nationalité française dans les termes de l’article 23-6 ;

Attendu que ce texte interdit, dès lors que les conditions qu’il pose sont réunies, de rapporter la preuve de la transmission de la nationalité française par filiation, en rendant irréfragable la présomption de perte de celle-ci par désuétude ; qu’édictant une règle de preuve, l’obstacle qu’il met à l’administration de celle-ci ne constitue pas une fin de non-recevoir au sens de l’article 122 du code de procédure civile, de sorte qu’aucune régularisation sur le fondement de l’article 126 du même code ne peut intervenir ; que la solution retenue par l’arrêt du 28 février 2018 (1re Civ., pourvoi n° 17-14.239, publié) doit, donc, être abandonnée ;

Attendu que l’arrêt relève que ni l’intéressé ni l’ascendant dont il dit tirer, par filiation, la nationalité, n’ont jamais résidé en France ; que M. P... ne justifie, ni pour lui-même ni pour son ascendant, d’aucun élément de possession d’état de Français, durant la période antérieure au 17 août 2012, lendemain de la date anniversaire des 50 ans de l’entrée en vigueur du Traité de cession par la France à l’Inde, des Etablissements français de Pondichéry, Karikal, Mahé et Yanaon, signé le 28 mai 1956, entre la République française et l’Union indienne ; qu’en l’état de ces énonciations et constatations, la cour d’appel a exactement retenu que M. P... était réputé avoir perdu à cette date la nationalité française, en sorte qu’il n’était plus admis à rapporter la preuve de sa nationalité française par filiation, peu important que son ascendant ait été déclaré français, par un jugement du 6 septembre 2013 ; que le moyen n’est pas fondé ;

PAR CES MOTIFS :

REJETTE le pourvoi ;


Président : Mme Batut
Rapporteur : M. Acquaviva
Avocat général : Mme Marilly
Avocat(s) : SCP Waquet, Farge et Hazan