Arrêt n°5 du 9 janvier 2019 (17-20.565) - Cour de cassation - Première chambre civile - ECLI:FR:CCASS:2019:C100005

Rejet

Demandeur(s) : Mme Dorothée X..., épouse Y...
Défendeur(s) : société Landesbank Saar ; et autres


Sur le moyen unique :

Attendu, selon l’arrêt attaqué (Paris, 27 avril 2017), que, suivant acte notarié du 27 septembre 2013, la société Landesbank Saar (la banque) a consenti à Mme Y... (l’emprunteur) un prêt d’un montant de 2 200 000 euros destiné au refinancement de plusieurs crédits relatifs à l’acquisition et la rénovation d’un bien immobilier ; qu’après avoir prononcé la déchéance du terme, la banque a délivré à l’emprunteur un commandement de payer valant saisie immobilière, puis l’a assigné à l’audience d’orientation ;

Attendu que l’emprunteur fait grief à l’arrêt de rejeter sa demande de déchéance du droit aux intérêts conventionnels pour manquement de la banque à son obligation d’information en matière de regroupement de crédits, alors, selon le moyen :

1°/ qu’il appartient au prêteur de démontrer qu’il a satisfait à l’obligation de communiquer à l’emprunteur, au plus tard au moment de l’envoi de l’offre de prêt, le document d’information prévu par l’article R. 313-12 du code de la consommation ; qu’en retenant que l’affirmation de l’emprunteur selon laquelle il n’a, au moment de la transmission de l’offre de crédit, reçu qu’un tableau vierge à compléter lui-même ne ressortait d’aucun élément de la cause quand il appartenait au prêteur, la banque, de démontrer qu’il avait respecté ses obligations en transmettant à l’emprunteur le document d’information au plus tard au moment de l’envoi de l’offre de prêt, la cour d’appel, qui a inversé la charge de la preuve, a violé l’article 1315, devenu 1353, du code civil, ensemble les articles L. 313-15, dans sa rédaction antérieure à l’ordonnance n° 2016-301 du 14 mars 2016, et R. 313-12, dans sa rédaction antérieure au décret n° 2016-884 du 29 juin 2016, du code de la consommation ;

2°/ que, dans le cas d’une opération de regroupement de crédits, le prêteur est tenu d’établir et de remettre à l’emprunteur, au plus tard en même temps que l’offre de prêt, un document d’information répondant aux conditions prévues par l’article R. 313-13 du code de la consommation afin de garantir sa bonne information ; qu’en retenant, pour en déduire que le formalisme informatif avait été respecté, que le document prévu par les articles L. 313-15, R. 313-12 et R. 313-13 du code de la consommation était annexé à l’acte authentique de prêt, la cour d’appel a violé les articles L. 313-15, dans sa rédaction antérieure à l’ordonnance n° 2016-301 du 14 mars 2016, et R. 313-12, et R. 313-13, dans leur rédaction antérieure au décret n° 2016-884 du 29 juin 2016, du code de la consommation ;

3°/ que, dans le cas d’une opération de regroupement de crédits, le prêteur est tenu d’établir et de remettre à l’emprunteur, au plus tard en même temps que l’offre de prêt, un document d’information répondant aux conditions prévues par l’article R. 313-13 du code de la consommation afin de garantir sa bonne information ; qu’en retenant que l’emprunteur était averti des questions financières et ne prétendait pas avoir été induit en erreur par le document d’information établi de concert avec le prêteur et annexé à l’acte de prêt, motif impropre à écarter l’obligation pour la banque d’établir et de transmettre le document d’information en temps voulu à l’emprunteur, la cour d’appel a violé les articles L. 313-15, dans sa rédaction antérieure à l’ordonnance n° 2016-301 du 14 mars 2016, et R. 313-12, et R. 313-13, dans leur rédaction antérieure au décret n° 2016-884 du 29 juin 2016, du code de la consommation ;

4°/ que la méconnaissance du formalisme informatif prévu, lors d’une opération de regroupement de crédits par les articles L. 313-15, R. 313-12 et R. 313-13 du code de la consommation est sanctionnée par la déchéance du droit aux intérêts ; qu’en retenant, par motifs adoptés, que l’obligation pour le prêteur d’établir le document d’information lors d’une opération de regroupements de crédits n’était assortie d’aucune sanction spécifique, la cour d’appel a violé les articles L. 312-33 et L. 313-15, dans leur rédaction antérieure à l’ordonnance n° 2016-301 du 14 mars 2016, et l’article R. 313-12, dans sa rédaction antérieure au décret n° 2016-884 du 29 juin 2016, du code de la consommation ;

Mais attendu que, selon l’article L. 312-33 du code de la consommation, dans sa rédaction antérieure à celle issue de la loi n° 2014-344 du 17 mars 2014, le prêteur peut être déchu du droit aux intérêts, en totalité ou dans la proportion fixée par le juge, en cas de non-respect des différentes obligations visées par cet article, parmi lesquelles ne figurent pas les modalités d’information de l’emprunteur énumérées aux articles R. 313-12 à R. 313-14 du même code, relatifs au regroupement de crédits prévu à l’article L. 313-15, ces textes dans leur rédaction alors applicable ; que, dès lors, c’est à bon droit que la cour d’appel a retenu que la déchéance du droit aux intérêts n’était pas encourue ; que le moyen, inopérant en ses trois premières branches en ce qu’elles sont tirées de la méconnaissance du formalisme informatif, n’est pas fondé en sa quatrième ;

PAR CES MOTIFS :

REJETTE le pourvoi ;


Président : Mme Batut
Rapporteur : M. Vitse, conseiller référendaire
Avocat général : M. Ingall-Montagnier, premier a
vocat général - M. Chaumont
Avocat(s) :
SCP Rocheteau et Uzan-Sarano - SCP Meier-Bourdeau et Lécuyer