Arrêt n° 2 du 09 janvier 2019 (17-31.609 ; 17-31.610) - Cour de cassation - Première chambre civile - ECLI:FR:CCASS:2019:C100002

Officiers publics ou ministériels

Cassation partielle

Sommaire :
En l’absence d’effet translatif de propriété, un bail commercial d’un immeuble ne constitue pas l’acte qui constate le transfert de propriété de celui-ci, au sens de l’article 93 quater, IV, du code général des impôts.
En conséquence, viole ce texte, ainsi que l’article 1382, devenu 1240 du code civil, la cour d’appel qui, pour rejeter les demandes formées par les clients d’un notaire à l’encontre de ce dernier, retient que le lien de causalité entre la faute du notaire et les préjudices subis n’est pas établi, dès lors que rien ne démontre que l’administration fiscale, informée de l’existence d’un bail commercial ayant opéré le transfert de propriété préalablement à l’acte authentique qui avait constaté la levée de l’option d’un crédit-bail portant sur la parcelle du terrain sur laquelle avait été édifié le bâtiment à usage industriel donné à bail et avait modifié, dès sa conclusion, le régime fiscal des revenus produits par ce bail, aurait apporté une réponse favorable à une demande de report d’imposition formulée dans un acte que les parties auraient ultérieurement requis le notaire d’authentifier.


Demandeur(s) : M. Marcel X... ; et autres
Défendeur(s) : M. Pierre A... ; et autres


Vu leur connexité, joint les pourvois n° J 17-31.609 et K 17-31.610 ;

Donne acte à Mme Martine X... et à MM. Marcel, Mathieu et Z... X... (les consorts X... ) du désistement de leur pourvoi en ce qu’il est dirigé contre la société CNA Audit ;

Sur les moyens uniques des pourvois, pris en leurs premières branches, rédigés en termes identiques, réunis :

Vu l’article 93 quater, IV, du code général des impôts, ensemble l’article 1382, devenu 1240 du code civil ;

Attendu, selon l’arrêt attaqué, que, le 20 juillet 1991, la société Batimap-Sicomi a consenti à la société civile immobilière BMP (la SCI), constituée par les consorts X... , un crédit-bail immobilier portant sur une parcelle de terrain sur laquelle a été édifié un bâtiment à usage industriel ; que, par acte authentique du 4 septembre 2008, reçu par M. A... (le notaire), la SCI a levé l’option du crédit-bail ; qu’un bail commercial a été conclu entre la SCI et la société PTA, à effet du 1er août 2008, qui s’est substitué à une sous-location conclue entre les mêmes parties ; que, par acte du 27 juillet 2011, reçu par le notaire, les consorts X... ont demandé à bénéficier du report d’imposition de la plus-value constatée lors de la levée de l’option d’achat ; que l’administration fiscale a notifié aux consorts X... une proposition de rectification, précisant que la demande de report d’imposition aurait dû être formulée dans l’acte authentique du 4 septembre 2008 constatant le transfert de la propriété de l’immeuble ; qu’ils ont notamment assigné le notaire en responsabilité et indemnisation ;

Attendu que, pour rejeter les demandes des consorts X... , l’arrêt retient que la faute du notaire est caractérisée, dès lors qu’il s’est abstenu de rechercher le régime fiscal auquel était soumise la SCI et n’a pas mis ses associés en mesure de demander le report d’imposition de la plus-value conformément aux dispositions de l’article 93 quater IV, paragraphes 1 et 3, du code général des impôts ; qu’il ajoute que, cependant, le lien de causalité entre cette faute et les préjudices par eux subis n’est pas établi, dès lors que rien ne démontre que l’administration fiscale, informée de l’existence d’un bail commercial ayant opéré le transfert de propriété préalablement à l’acte authentique qui avait constaté la levée de l’option et modifié, dès sa conclusion, le régime fiscal des revenus produits par ce bail, aurait apporté une réponse favorable à une demande de report d’imposition formulée dans un acte que les parties auraient ultérieurement requis le notaire d’authentifier ;

Qu’en statuant ainsi, alors qu’en l’absence d’effet translatif de propriété, un bail commercial d’un immeuble ne constitue pas l’acte qui constate le transfert de propriété de celui-ci, au sens de l’article 93 quater, IV, du code général des impôts, la cour d’appel a violé les textes susvisés ;

PAR CES MOTIFS et sans qu’il y ait lieu de statuer sur les autres branches des moyens :

CASSE ET ANNULE, mais seulement en ce qu’il rejette les demandes de Mme Martine X... et de MM. Marcel, Mathieu et Z... X... dirigées contre M. A... et la SCP Xavier G... , Pierre B... , Pierre A... , Stéphanie C... , l’arrêt rendu le 23 octobre 2017, entre les parties, par la cour d’appel de Toulouse ; remet, en conséquence, sur ce point, la cause et les parties dans l’état où elles se trouvaient avant ledit arrêt et, pour être fait droit, les renvoie devant la cour d’appel de Bordeaux ;


Président : Mme Batut
Rapporteur : M. Truchot
Avocat général : M. Ingall-Montagnier, premier avocat général
Avocats : SCP Matuchansky, Poupot et Valdelièvre - SCP Boré, Salve de Bruneton et Mégret