Arrêt n°156 du 13 février 2019 (18-14.627) - Cour de cassation - Première chambre civile - ECLI:FR:CCASS:2019:C100156

Etranger

Rejet

Sommaire :
Le juge des libertés et de la détention apprécie souverainement l’absence de grief, au sens de l’article L. 552-13 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, résultant, pour l’étranger placé en retenue, du retard de la notification de ses droits. Ainsi, le juge ayant constaté que la notification était intervenue à 10 heures 30, par un interprète immédiatement requis, alors que l’étranger avait été contrôlé à 7 heures 50 et présenté à l’officier de police judiciaire à 8 heures 39, il a pu en déduire que les conditions de cet article n’étaient pas réunies.


Demandeur : M. B...O...
Défendeur :Préfet de Police de Paris


Sur le moyen unique :

Attendu, selon l’ordonnance attaquée, rendue par le premier président d’une cour d’appel (Paris, 22 novembre 2017), et les pièces de la procédure, que M. B... O..., de nationalité colombienne, en situation irrégulière sur le territoire national, a été interpellé à l’issue d’un contrôle d’identité réalisé le 17 novembre 2017, présenté à l’officier de police judiciaire et a reçu notification de ses droits afférents à la retenue pour vérification de son droit au séjour, par le truchement d’un interprète en langue espagnole ; qu’à l’issue de cette retenue, le préfet a pris une décision de placement en rétention administrative de l’intéressé ; que, le lendemain, le juge des libertés et de la détention a été saisi par celui-ci d’une contestation de cette décision et, le 19 novembre, par le préfet, d’une demande de prolongation de la mesure ;

Attendu que M. B... O... fait grief à l’ordonnance d’accueillir cette demande, alors, selon le moyen :

1°/ qu’en cas de retenue pour vérification du droit au séjour, la notification différée de ses droits à la personne retenue ne peut être admise qu’en présence de circonstances insurmontables qu’il appartient au juge de caractériser ; que le seul recours à un interprète est à cet égard insuffisant ; qu’en l’espèce, il résulte des propres constatations du délégué du premier président qu’entre l’interpellation et la notification des droits de l’intéressé il s’était écoulé un délai de deux heures quarante ; qu’en se fondant uniquement, par des motifs impropres à caractériser les circonstances insurmontables auxquelles auraient été confrontés les fonctionnaires de police pour différer la notification de ses droits à la personne retenue, sur la nécessité d’un recours à un interprète après avoir expressément constaté l’absence d’explication autre que le recours audit interprète, le premier président de la cour d’appel a violé les articles L. 522-13 et L. 611-1-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;

2°/ que tout retard dans la mise en oeuvre de la notification des droits et de l’information du parquet prévues à l’article L. 611-1-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, non justifié par des circonstances insurmontables, fait nécessairement grief aux intérêts de la personne retenue ; qu’en l’espèce, il résulte des propres constatations du délégué du premier président qu’entre l’interpellation et la notification des droits de l’intéressé en présence d’un interprète il s’était écoulé un délai de deux heures quarante ; qu’en décidant cependant que l’intéressé n’alléguait ni ne justifiait d’aucune atteinte à ses droits au visa de l’article L. 552-13 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, le délégué du premier président de la cour d’appel, qui n’a pas caractérisé de circonstances insurmontables, a violé les textes susvisés ;

Mais attendu que l’ordonnance retient, d’une part, qu’à l’issue du contrôle effectué à 7 heures 50, M. B... O... a été présenté, à 8 heures 39, à l’officier de police judiciaire qui a décidé de son placement en retenue, et qu’un interprète en langue espagnole a été immédiatement requis, en présence duquel ses droits lui ont été notifiés à 10 heures 30, d’autre part, que l’intéressé n’allègue ni ne justifie d’aucune atteinte à ses droits résultant de cette notification dans le délai de deux heures quarante après son interpellation ; qu’ayant ainsi souverainement apprécié l’absence de grief résultant de ce retard, le premier président, qui n’avait pas à s’expliquer sur d’éventuelles circonstances insurmontables, a pu en déduire que les conditions de l’article L. 552-13 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile n’étaient pas réunies ; que le moyen n’est pas fondé ;

PAR CES MOTIFS :

REJETTE le pourvoi ;


Président : Mme Batut
Rapporteur : M. Gargoullaud, conseiller référendaire
Avocat général : Mme Caron-Deglise

Avocats :SCP Garreau, Bauer-Violas et Feschotte-Desbois, SCP Le Bret-Desaché