Arrêt n°113 du 06 février 2019 (18-50.003) - Cour de cassation - Première chambre civile - ECLI:FR:CCASS:2019:C100113

Cassation

Demandeur : Procureur général près la cour d’appel de Paris
Défendeur(s) : Conseil de l’Ordre des avocats de Paris et autre(s)


Sur le moyen unique :

Vu l’article 98, 7°, du décret n° 91-1197 du 27 novembre 1991 organisant la profession d’avocat, modifié ;

Attendu qu’aux termes de ce texte, qui est d’interprétation stricte en raison de son caractère dérogatoire, sont dispensés de la formation théorique et pratique et du certificat d’aptitude à la profession d’avocat les collaborateurs de député ou assistants de sénateur justifiant avoir exercé une activité juridique à titre principal avec le statut de cadre pendant au moins huit ans dans ces fonctions ;

Attendu, selon l’arrêt attaqué, que Mme X...  a sollicité son admission au barreau de Paris sous le bénéfice de la dispense de formation prévue à l’article 98, 4° et 7°, du décret du 27 novembre 1991 ;

Attendu que, pour accueillir la demande, sur le fondement de l’article 98, 7°, du décret de 1991, l’arrêt retient que Mme X...  a produit un contrat de travail à durée indéterminée conclu avec M. A... , sénateur, trésorier du groupe UMP, le 21 octobre 2009, en qualité de conseiller technique (cadre), qu’elle exerce son activité au profit du groupe parlementaire Les Républicains en qualité de conseiller législatif plus spécialement chargé de la commission des lois, qu’elle verse aux débats une attestation de MM. B... et C..., vice-présidents de cette commission, qui exposent que l’emploi de conseiller législatif consiste en une prestation d’assistance juridique auprès de l’association que constitue le groupe, que son rôle est d’analyser les projets de lois, de préparer la rédaction et la justification des amendements et de rédiger des propositions de loi avec l’exposé de leurs motifs ; qu’il ajoute que, selon ces attestations, le conseiller législatif a vocation à donner son avis et des consultations juridiques sur tout point soulevé par l’association et ses membres lors du processus législatif, mais également sur tout problème soulevé par l’activité de l’association ; que l’arrêt déduit de ces éléments que Mme X...  justifie exercer en qualité de cadre et, depuis 2009, soit depuis plus de huit ans, une activité juridique à titre principal, et que son rattachement administratif à un groupe parlementaire plutôt qu’à un sénateur déterminé n’a pas d’incidence sur les fonctions d’assistance juridique par elle exercées au profit du groupe et de chacun des sénateurs, membres de ce groupe, de sorte qu’elle peut se prévaloir de la qualité d’assistant de sénateur au sens des dispositions du 7° de l’article 98 ;

Qu’en statuant ainsi, alors que Mme X...  n’était pas employée, pendant la période considérée, pour seconder personnellement un sénateur dans l’exercice de ses fonctions, au sens du chapitre XXI de l’instruction générale du bureau du Sénat, de sorte qu’elle n’exerçait pas les fonctions d’assistant de sénateur, qualifiées, depuis l’entrée en vigueur de l’arrêté n° 2012-54 du même bureau du 22 février 2012, de fonctions de collaborateur de sénateur, la cour d’appel a violé le texte susvisé ;

PAR CES MOTIFS :


CASSE ET ANNULE, en toutes ses dispositions, l’arrêt rendu le 23 novembre 2017, entre les parties, par la cour d’appel de Paris ; remet, en conséquence, la cause et les parties dans l’état où elles se trouvaient avant ledit arrêt et, pour être fait droit, les renvoie devant la cour d’appel de Versailles ;


Président : Mme Batut
Rapporteur : M. Truchot
Avocat général : M. Chaumont

Avocats : SCP Waquet, Farge et Hazan