Arrêt n° 794 du 05 septembre 2018 ( 17-22.507) - Cour de cassation - Première chambre civile - ECLI:FR:CCASS:2018:C100794

Etranger

Rejet

Sommaire 1 :
Des réquisitions de contrôles d’identité diligentées par le procureur de la République pour des périodes limitées, de huit à douze heures, et espacées entre elles de plus de vingt-quatre heures, ne constituent pas une succession ininterrompue de réquisitions de contrôle d’identité dans les mêmes lieux qui caractériserait un contrôle unique généralisé dans le temps et l’espace, contraire à la réserve d’interprétation émise par le Conseil constitutionnel dans sa décision n° 2016-606/607 du 24 janvier 2017.
Sommaire 2  :
L’information du procureur de la République vingt-sept minutes après la notification des droits en retenue est intervenue dès le début de la retenue au sens de l’article L. 611-1-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.


Demandeur : M. X...

Défendeur(s) : M. le Préfet de police et autres


Attendu, selon l’ordonnance attaquée, rendue par le premier président d’une cour d’appel (Paris, 13 février 2017), et les pièces de la procédure, que M. X... , de nationalité tunisienne, en situation irrégulière sur le territoire national, a été placé en retenue à la suite d’un contrôle d’identité effectué dans le 18e arrondissement de Paris, le 9 février 2017 à 14 heures 20, en exécution de réquisitions du procureur de la République, prises sur le fondement de l’article 78-2, alinéa 7, du code de procédure pénale ; qu’à 15 heures 16, il a été présenté à l’officier de police judiciaire, qui lui a notifié ses droits en retenue et a avisé le procureur de la République à 15 heures 43 ; que, le même jour, le préfet a pris à son encontre un arrêté portant obligation de quitter le territoire français et une décision de placement en rétention administrative ;

Sur le premier moyen, pris en sa première branche :

Attendu que M. X... fait grief à l’ordonnance de prolonger cette mesure, alors, selon le moyen, que, selon l’article 78-2, alinéa 6, (devenu alinéa 7) du code de procédure pénale, « sur réquisitions écrites du procureur de la République aux fins de recherche et de poursuite d’infractions qu’il précise, l’identité de toute personne peut être également contrôlée, selon les mêmes modalités, dans les lieux et pour une période de temps déterminés par ce magistrat. Le fait que le contrôle d’identité révèle des infractions autres que celles visées dans les réquisitions du procureur de la République ne constitue pas une cause de nullité des procédures incidentes » ; qu’il ressort de ces dispositions que les réquisitions du procureur de la République « ne peuvent viser que des lieux et des périodes de temps déterminé » et que ces dispositions ne sauraient, sans porter atteinte à la liberté d’aller et de venir, composante de la liberté personnelle protégée par les articles 2 et 4 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789, « autoriser, en particulier par un cumul de réquisitions portant sur des lieux ou des périodes différents, la pratique de contrôles d’identité généralisés dans le temps ou dans l’espace » (Conseil constitutionnel, décision 2016-606/607 QPC du 24 janvier 2017) ; qu’un cumul de réquisitions, portant sur des lieux et périodes de temps différents, incluant systématiquement un même secteur, caractérise une pratique de contrôle d’identité généralisée sur ledit secteur ; que le magistrat délégué, qui constate que des réquisitions ont autorisé, pour les 21, 26, 28, 30 et 31 janvier 2017 puis les 2, 6 et 9 février 2017, des contrôles d’identité dans un même secteur, n’a pas tiré les conséquences légales qui s’évinçaient de ces constatations, violant de la liberté d’aller et venir et les textes précités ;

Mais attendu que, si la succession ininterrompue de réquisitions de contrôles d’identité dans les mêmes lieux peut caractériser un contrôle unique généralisé dans le temps et dans l’espace, contraire à la réserve d’interprétation émise par le Conseil constitutionnel dans sa décision n° 2016-606/607 du 24 janvier 2017, selon laquelle les dispositions de ce texte ne sauraient, sans méconnaître la liberté d’aller et de venir, autoriser le procureur de la République à requérir de tels contrôles d’identité, tel n’est pas le cas d’autorisations données pour des périodes limitées de huit à douze heures, qui sont espacées entre elles de plus de vingt-quatre heures ; qu’ayant constaté que les réquisitions autorisaient un contrôle isolé, le 9 février 2017, de 12 heures à 20 heures et que la précédente réquisition prévoyait un contrôle le 6 février, le premier président en a exactement déduit que la réquisition litigieuse ne s’inscrivait pas dans un contrôle unique généralisé dans le temps et dans l’espace ; que le moyen n’est pas fondé ;

Sur les autres branches du même moyen, ci-après annexé  :

Attendu que ces griefs ne sont manifestement pas de nature à entraîner la cassation ;

Sur le second moyen, pris en ses deux branches réunies :

Attendu que M. X... fait le même grief à l’ordonnance, alors, selon le moyen :

1°/ que, selon l’article L. 611-1-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, le procureur de la République est informé dès le début de la retenue de l’étranger qui n’est pas en mesure de justifier de son droit de circuler ou de séjourner en France ; que tout retard dans l’information donnée à ce magistrat, non justifié par des circonstances insurmontables, est de nature à porter atteinte aux droits de la personne concernée ; qu’en ne considérant pas comme tardive l’information donnée au procureur de la République une heure et vingt-trois minutes après le début du contrôle, moment où l’officier de police judiciaire s’est assuré de la personne de l’intéressé et où celui-ci a été privé de liberté délai non justifié par des circonstances insurmontables auxquelles auraient été confrontés les fonctionnaires de police, le magistrat délégué a méconnu les articles 5 et 6 de la Convention européenne des droits de l’homme et L. 611-1-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;

2°/ que tout retard dans la mise en oeuvre de l’information du parquet prévue à l’article L. 611-1-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, non justifié par des circonstances insurmontables, fait nécessairement grief aux intérêts de la personne retenue ; que le magistrat délégué a méconnu le texte précité, ensemble l’article L. 552-13 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;

Mais attendu que le début de la retenue, au sens de l’article L. 611-1-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, en ses dispositions relatives à l’information du procureur de la République, s’entend de la présentation de l’intéressé à l’officier de police judiciaire ; qu’ayant relevé que M. X... avait été interpellé à 14 heures 20, le procès-verbal de notification des droits en retenue établi par l’officier de police judiciaire à 15 heures 16, et le procureur de la République informé à 15 heures 43, soit vingt-sept minutes plus tard, le premier président a pu en déduire que l’information de ce magistrat avait eu lieu dès le début de la retenue ; que le moyen ne peut être accueilli ;

PAR CES MOTIFS :

REJETTE le pourvoi ;


Président : Mme Batut
Rapporteur : Mme Gargoullaud
Avocat général : M. Sassoust
Avocat(s) : SCP Garreau, Bauer-Violas et Feschotte-Desbois, SCP Waquet, Farge et Hazan