Arrêt n°1109 du 21 novembre 2018 (17-21.095) - Cour de cassation - Première chambre civile - ECLI:FR:CCASS:2018:C101109

Filiation

Cassation

Sommaire :
Si l’impossibilité pour une personne de faire reconnaître son lien de filiation paternelle constitue une ingérence dans l’exercice du droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par l’article 8 de la Convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, la prescription des actions relatives à la filiation est prévue par la loi et poursuit un but légitime en ce qu’elle tend à protéger les droits des tiers et la sécurité juridique.
l appartient toutefois au juge d’apprécier si, concrètement, dans l’affaire qui lui est soumise, la mise en oeuvre des dispositions de droit interne relatives à la prescription de l’action ne porte pas, au droit au respect de la vie privée et familiale garanti par la Convention, une atteinte disproportionnée au regard du but légitime poursuivi.
En conséquence, prive sa décision de base légale au regard des articles 8 de la Convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et 321 du code civil, une cour d’appel qui retient qu’une action en recherche de paternité est prescrite, et que ce délai de prescription tend à protéger la sécurité juridique et les droits des tiers, de sorte qu’il n’est pas contraire à l’article 8 de la Convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, sans rechercher, comme elle y était invitée, si, concrètement, dans l’affaire qui lui était soumise, la mise en oeuvre des délais légaux de prescription n’était pas disproportionnée au regard du but légitime poursuivi et, en particulier, si un juste équilibre était ménagé entre les intérêts publics et privés concurrents en jeu.


Demandeur(s) : M. X... et autre(s)
Défendeur(s) : M. Z... et autre(s)


Sur le moyen unique :

Vu les articles 8 de la Convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et 321 du code civil ;

Attendu, selon l’arrêt attaqué, rendu sur renvoi après cassation (1re Civ., 13 mai 2015, pourvoi n° 14-13.133), que M. Bernard X... , né le [...]de Marie F... et reconnu par Camille X...en[...], a engagé, en[...] , une action en contestation de la paternité de ce dernier et en établissement judiciaire de la paternité d’Auguste Z... à son égard ;

Attendu que, pour déclarer cette demande irrecevable, l’arrêt retient que, M. Bernard X... étant devenu majeur le 25 août 1981, la prescription de l’action en recherche de paternité était acquise au 1er juillet 2006 et que ce délai de prescription tend à protéger la sécurité juridique et les droits des tiers, de sorte qu’il n’est pas contraire à l’article 8 de la Convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;

Qu’en se déterminant ainsi, sans rechercher, comme elle y était invitée, si, concrètement, dans l’affaire qui lui était soumise, la mise en oeuvre de ces délais légaux de prescription n’était pas disproportionnée au regard du but légitime poursuivi et, en particulier, si un juste équilibre était ménagé entre les intérêts publics et privés concurrents en jeu, la cour d’appel a privé sa décision de base légale au regard des textes susvisés ;

PAR CES MOTIFS :

CASSE ET ANNULE, en toutes ses dispositions, l’arrêt rendu le 3 mars 2017, entre les parties, par la cour d’appel de Saint-Denis de La Réunion ; remet, en conséquence, la cause et les parties dans l’état où elles se trouvaient avant ledit arrêt et, pour être fait droit, les renvoie devant la cour d’appel de Saint-Denis de La Réunion, autrement composée .


Président : Mme Batut
Rapporteur : Mme Azar, conseiller référendaire
Avocat Général : Mme Marilly, avocat général référendaire
Avocat(s) : Me Occhipinti, SCP Spinosi et Sureau