Arrêt n°1053 du 14 novembre 2018 (17-23.135) - Cour de cassation - Première chambre civile - ECLI:FR:CCASS:2018:C101053

Professions médicales et paramédicales

Cassation partielle

Sommaire :
Une faute grave, par son importance, rend impossible le maintien d’un contrat d’exploitation ou d’exercice conclu entre un professionnel de santé ou une société professionnelle et un établissement de santé pendant la durée même limitée du préavis et ne peut, dès lors, être retenue que si la résiliation a été prononcée avec un effet immédiat.


Demandeur : Clinique de l’Alma
Défendeur : Société Alma-Scanner


Attendu, selon l’arrêt attaqué, que la société Clinique de l’Alma (la clinique) a été autorisée, par décision du ministère de la santé du 17 décembre 2009, à installer un scanographe à usage médical et a conclu, le 21 décembre 2010, avec M. X... , radiologue, une convention pour l’exploitation d’un appareil de ce type ; que cette convention prévoyait notamment que chacune des parties pourrait y mettre fin en respectant un préavis de six mois, que la résiliation du contrat par la clinique entraînerait au bénéfice du praticien le paiement d’une indemnité correspondant à une année de chiffre d’affaires et que la clinique pourrait résilier le contrat, sans indemnité ni préavis, dans le cas où le praticien commettrait une faute grave ; que, le 24 août 2011, la clinique a, d’une part, par avenant à cette convention, autorisé la transmission de la convention à la SELAS Alma scanner (la société), dont M. X... était l’unique associé, prévu la possibilité pour le praticien de faire intervenir d’autres praticiens préalablement agréés et précisé que MM. Y... et Z... étaient d’ores et déjà agréés, d’autre part, conclu des contrats d’exercice avec ces praticiens, dans lesquels elle reconnaissait être avisée du projet destiné à les transférer à la société et déclarait l’accepter ; qu’un contrat du 15 septembre 2011 a organisé le transfert de ces contrats d’exercice, à titre gracieux et à effet du 24 août 2011, à la société représentée par M. X... ; que, par lettre du 25 juillet 2014, la clinique a résilié la convention à effet du 31 janvier 2015, en énonçant un certain nombre de griefs à l’égard de M. X... et en s’opposant au versement d’une indemnité de résiliation à la société ; que cette dernière l’a assignée, notamment en paiement de cette indemnité ;

Sur le premier moyen du pourvoi principal, pris en ses deux premières branches, le second moyen du même pourvoi, pris en sa première branche, et le moyen unique du pourvoi incident, ci-après annexés :

Attendu que ces griefs ne sont manifestement pas de nature à entraîner la cassation ;

Sur la troisième branche du premier moyen du pourvoi principal :

Attendu que la clinique fait grief à l’arrêt d’écarter l’existence d’une faute grave et de la condamner à payer à la société l’indemnité de résiliation prévue par la convention alors, selon le moyen, que le comportement adopté par une partie à l’occasion de l’exécution d’un contrat peut caractériser une faute grave justifiant la résiliation unilatérale de ce contrat par l’autre partie ; que, pour retenir que la clinique ne rapportait pas la preuve d’une faute grave commise par la société et justifiant la résiliation unilatérale du contrat d’exploitation du scanner, la cour d’appel a retenu que le comportement personnel de M. X... , qui pourrait être constitutif de fautes professionnelles à l’égard de ses patients, ne pouvait entrer en compte dans l’appréciation de la légitimité de la rupture unilatérale du contrat d’exploitation du scanner faute de lien avec ce contrat ; qu’en statuant ainsi, la cour d’appel a violé l’article 1184 du code civil en sa rédaction antérieure à l’ordonnance du 10 février 2016, ensemble les principes applicables à la résiliation unilatérale des contrats pour faute grave ;

Mais attendu qu’une faute grave, par son importance, rend impossible le maintien d’un contrat d’exploitation ou d’exercice conclu entre un professionnel de santé ou une société professionnelle et un établissement de santé pendant la durée même limitée du préavis ; qu’elle ne peut, dès lors, être retenue que si la résiliation a été prononcée avec un effet immédiat ; que la cour d’appel a relevé que la clinique avait résilié le contrat en accordant à la société un préavis de six mois ; qu’il en résulte que la qualification de faute grave ne pouvait qu’être écartée ; que, par ce motif de pur droit substitué, dans les conditions de l’article 1015 du code de procédure civile, à ceux justement critiqués par le moyen, la décision déférée se trouve légalement justifiée de ce chef ;

Mais sur le second moyen du pourvoi principal, pris en sa seconde branche :

Vu l’article 455 du code de procédure civile ;

Attendu que, pour fixer le montant de l’indemnité de résiliation et condamner la clinique à la payer à la société, l’arrêt retient qu’il y a lieu de tenir compte tant de l’activité de M. X... que de celle de MM. Z... et Y... , associés de la société, devant être regardés comme « le praticien » au sens du contrat après l’entrée en vigueur de l’avenant du 24 août 2011 ;

Qu’en statuant ainsi, sans répondre aux conclusions de la clinique qui faisait valoir qu’après la résiliation de la convention d’exploitation du scanographe, MM. Z... et Y... avaient poursuivi leur activité au sein de la clinique, la cour d’appel a méconnu les exigences du texte susvisé ;

PAR CES MOTIFS :

CASSE ET ANNULE, mais seulement en ce qu’il fixe à la somme de 371 037 euros le montant de l’indemnité de résiliation, l’arrêt rendu le 15 juin 2017, entre les parties, par la cour d’appel de Paris ; remet, en conséquence, sur ce point, la cause et les parties dans l’état où elles se trouvaient avant ledit arrêt et, pour être fait droit, les renvoie devant la cour d’appel de Paris, autrement composée ;


Président : Mme Batut
Rapporteur : Mme Duval-Arnould
Avocat Général : M. Ingall-Montagnier, premier avocat général
Avocat(s) :SCP Célice, Soltner, Texidor et Périer - SCP Piwnica et Molinié