Arrêt n° 619 du 27 juin 2018 (17-20.428)- Cour de cassation - Première chambre civile - ECLI:FR:CCASS:2018:C100619

Majeur protégé

Rejet

Sommaire :

 Il résulte de la combinaison des articles 414-2, 3°, et 466 du code civil qu’un héritier est recevable à agir en nullité, pour insanité d’esprit, d’un acte de vente passé par une personne placée sous le régime de la curatelle, sans qu’il soit nécessaire d’établir la preuve d’un trouble mental résultant de l’acte lui-même. 


Demandeur(s)  : Mme C... X... ; et autre
Défendeur(s) : M. Catherine Y... ; et autre


Sur le moyen unique :

Attendu, selon l’arrêt attaqué (Toulouse, 19 avril 2017), que, par acte sous seing privé du 20 février 2013, signé avec l’assistance de sa curatrice, Andrée Y... a vendu un local commercial à Mme X... ; qu’elle est décédée le [...] , en laissant pour lui succéder sa petite-fille, Mme Catherine Y..., qui a refusé de réitérer la vente par acte authentique ; qu’assignée en exécution forcée par Mme X... et la société civile immobilière 666 La Pigasse (la SCI), celle-ci a soulevé une exception de nullité pour insanité d’esprit ;

Attendu que Mme X... et la SCI font grief à l’arrêt de prononcer la nullité de l’acte de vente du 20 février 2013, alors, selon le moyen, qu’un acte autre qu’une donation ou un testament fait par un individu qui, de son vivant, n’était pas placé sous sauvegarde de justice ou ne faisait pas l’objet d’une procédure en ouverture de tutelle ou d’une curatelle ne peut être attaqué pour cause d’insanité d’esprit après sa mort que si cet acte porte en lui-même la preuve d’un trouble mental ; qu’en considérant que Mme Y..., en sa qualité d’héritière d’Andrée Y..., était recevable à agir en nullité de l’acte de vente conclu entre celle-ci et Mme X... le 20 février 2013 sans qu’il soit nécessaire d’établir la preuve d’un trouble mental résultant de l’acte lui-même, tout en constatant qu’Andrée Y... était d’ores et déjà placée sous curatelle lors de la conclusion de l’acte, la cour d’appel a violé l’article 412-2 du code civil ;

Mais attendu que l’arrêt énonce exactement qu’il se déduit de la combinaison des articles 414-2, 3°, et 466 du code civil que, dès lors qu’une action a été introduite aux fins d’ouverture d’une curatelle ou d’une tutelle au profit du contractant, les héritiers peuvent agir en nullité pour insanité d’esprit, que cette action ait ou non été menée à son terme, et, dans le premier cas, nonobstant le respect des règles régissant les actes passés sous un régime de tutelle ou de curatelle ;

Et attendu qu’ayant constaté qu’Andrée Y... était placée sous le régime de la curatelle renforcée au moment de l’acte de vente litigieux, la cour d’appel en a exactement déduit que Mme Y... était, en sa qualité d’héritière, recevable à agir en nullité de cet acte sans qu’il soit nécessaire d’établir la preuve d’un trouble mental résultant de l’acte lui-même ; que le moyen n’est pas fondé ;

PAR CES MOTIFS :

REJETTE le pourvoi ;


Président : Mme Batut
Rapporteur : Mme Auroy
Avocat général : Mme Caron-Déglise
Avocat(s) :
SCP Potier de La Varde, Buk-Lament et Robillot - SCP Boulloche