Arrêt n° 1197 du 12 décembre 2018 (18-10.977) - Cour de cassation - Première chambre civile - ECLI:FR:CCASS:2018:C101197

Séparation des pouvoirs

Cassation sans renvoi


Sommaire :
Les litiges relatifs à l’application du régime de sécurité sociale aux fonctionnaires et agents de l’Etat et des collectivités publiques relèvent de la compétence des juridictions du contentieux général de la sécurité sociale, à moins qu’ils ne portent sur des prestations ou avantages inhérents à leur statut.
Dès lors, il appartient à la juridiction administrative de connaître du litige né du recouvrement de prestations indûment versées par la Caisse nationale de retraite des agents des collectivités locales au conjoint survivant divorcé d’un agent affilié, le droit à pension de réversion constituant un avantage inhérent au statut de cet agent.


Demandeur(s) : Caisse nationale de retraites des agents des collectivités locales
Défendeur(s) : Mme Liliane X...


Sur le moyen unique, pris en sa première branche :

Vu la loi des 16-24 août 1790 et le décret du 16 fructidor an III, ensemble l’article L. 142-1 du code de la sécurité sociale ;

Attendu que le critère de la compétence des juridictions du contentieux général de la sécurité sociale est, s’agissant des fonctionnaires et agents de l’Etat et des collectivités publiques, lié, non à la qualité des personnes en cause, mais à la nature même du différend ; que, dès lors, les litiges relatifs à l’application à ces agents du régime de sécurité sociale, qu’il s’agisse du régime général ou d’un régime spécial, échappent à la juridiction administrative ; que, cependant, il en va autrement lorsque le litige porte sur des prestations ou avantages inhérents à leur statut ;

Attendu, selon l’arrêt attaqué, qu’à la suite du décès de B... A... , employé en qualité d’agent de la ville de Bordeaux, la Caisse nationale de retraites des agents des collectivités locales (la CNRACL) a versé, à compter du 1er juin 1992, une pension de réversion à Mme X... , son ex-épouse ; que, celle-ci l’ayant informée, le 6 août 2013, de sa situation de concubinage depuis 1999, la CNRACL a, par décision notifiée le 31 juillet 2015, annulé la pension et sollicité le remboursement des sommes perçues du 1er octobre 1999 au 31 août 2013 ; que Mme X... a contesté cette décision devant un tribunal des affaires de sécurité sociale ; que la CNRACL a soulevé une exception d’incompétence au profit de la juridiction administrative ;

Attendu que, pour retenir la compétence de la juridiction judiciaire, l’arrêt énonce que le litige est relatif au droit personnel d’ayant droit de Mme X... , qui ne possède pas le statut d’agent public et ne discute pas les dispositions du code des pensions civiles et militaires des fonctionnaires, mais invoque la prescription et le manquement de la CNRACL à son obligation d’information ;

Qu’en statuant ainsi, alors que le droit à pension de réversion dont bénéficie le conjoint survivant divorcé d’un agent affilié à la CNRACL constitue un avantage inhérent au statut de cet agent, de sorte qu’il appartient à la juridiction administrative de connaître du litige né du recouvrement des prestations indûment versées, la cour d’appel a violé les textes susvisés ;

Et vu les articles L. 411-3 du code de l’organisation judiciaire et 1015 du code de procédure civile ;

PAR CES MOTIFS et sans qu’il y ait lieu de statuer sur la seconde branche du moyen :

CASSE ET ANNULE, en toutes ses dispositions, l’arrêt rendu le 23 novembre 2017, entre les parties, par la cour d’appel de Bordeaux ;

DIT n’y avoir lieu à renvoi ;

Déclare la juridiction judiciaire incompétente pour connaître du litige ;

Renvoie les parties à mieux se pourvoir ;


Président : Mme Batut
Rapporteur : Mme Canas, conseiller référendaire
Avocat général : M. Chaumont
Avocats : SCP L. Poulet-Odent - SCP Ricard, Bendel-Vasseur, Ghnassia