Arrêt n° 635 du 24 mai 2017 (16-16.890) - Cour de cassation - Première chambre civile - ECLI:FR:CCASS:2017:C100635

Santé publique

Cassation


Demandeur(s) : l’ Office national d’ indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales

Défendeur(s) : M. Jérémy X..., et autre


Sur le moyen unique, pris en sa première branche :

 

 Vu l’article L. 1142-1, II, du code de la santé publique, dans sa rédaction antérieure à celle issue de la loi n° 2009-526 du 12 mai 2009 ;

 

 Attendu qu’en vertu de ce texte, lorsque la responsabilité d’un professionnel de santé, d’un établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins n’est pas engagée, un accident médical, une affection iatrogène ou une infection nosocomiale ouvre droit à la réparation des préjudices du patient, et, en cas de décès, de ses ayants droit au titre de la solidarité nationale, lorsqu’ils sont directement imputables à des actes de prévention, de diagnostic ou de soins et qu’ils ont eu pour le patient des conséquences anormales au regard de son état de santé comme de l’évolution prévisible de celui-ci et présentent un caractère de gravité, fixé par décret, apprécié au regard de la perte de capacités fonctionnelles et des conséquences sur la vie privée et professionnelle mesurées en tenant notamment compte du taux d’incapacité permanente ou de la durée de l’incapacité temporaire de travail ; qu’il en résulte que, pour être réparé au titre de la solidarité nationale, un dommage doit avoir été provoqué par un acte de prévention, de diagnostic ou de soin, ce qui implique soit qu’il présente un caractère distinct de la l’atteinte initiale, soit qu’il résulte de son aggravation ; que le fait que l’évolution favorable de l’état de santé d’un patient se trouve retardée par un échec thérapeutique ne caractérise pas un tel dommage ;

 


 Attendu, selon l’arrêt attaqué, qu’à la suite d’une entorse consécutive à une chute, M. X… a présenté une instabilité chronique d’une cheville et subi, le 23 mars 2006, une ligamentoplastie pour y remédier ; qu’en raison de la persistance de douleurs, une reprise chirurgicale a été pratiquée, le 14 mai 2008, qui a permis de diminuer la tension du transplant et entraîné une réduction importante des douleurs ; qu’invoquant avoir subi un accident médical non fautif, M. X… a, après l’échec d’une procédure de règlement amiable, assigné l’Office national d’indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales aux fins d’obtenir une indemnisation au titre de la solidarité nationale ;

 

 Attendu que, pour retenir l’existence d’un dommage imputable à un acte de soins et accueillir la demande de M. X…, l’arrêt énonce, en se fondant sur le rapport d’expertise judiciaire, que la prise en charge de sa pathologie a été satisfaisante, mais que les douleurs ont persisté à l’issue de la première intervention en raison d’une tension trop importante du transplant, qu’une telle tension ne correspond pas à une faute technique puisque la tension appliquée ne répond à aucun test objectif mesurable et qu’en outre, si le transplant est un peu tendu, il y a souvent dans les suites une adaptation automatique à la tension de celui-ci ; qu’il en déduit que l’évolution favorable de l’état de santé du patient a été retardée par cette tension excessive, que cet événement médical est directement imputable à l’intervention et que le dommage, qui consiste dans ce retard d’évolution favorable, n’est pas en rapport avec l’évolution de la pathologie et ne constitue pas un résultat thérapeutique insuffisant ou un échec thérapeutique ;

 

 Qu’en statuant ainsi, alors que le retard dans l’évolution favorable de l’état de santé du patient, consécutif au fait que l’intervention chirurgicale, réalisée conformément aux règles de l’art, n’avait pas permis de remédier aux douleurs qu’il présentait et ne les avait pas non plus aggravées, ne caractérisait pas un dommage directement imputable à un acte de soins, la cour d’appel a violé le texte susvisé ;

 

 PAR CES MOTIFS et sans qu’il y ait lieu de statuer sur les autres branches du moyen :

 

 CASSE ET ANNULE, en toutes ses dispositions, l’arrêt rendu le 7 mars 2016, entre les parties, par la cour d’appel de Pau ; remet, en conséquence, la cause et les parties dans l’état où elles se trouvaient avant ledit arrêt et, pour être fait droit, les renvoie devant la cour d’appel de Bordeaux ;

 

 


Président : Mme batut

Rapporteur : Mme Duval-Arnould, conseiller

Avocat général : M. Ingall-Montagnier, premier avocat général

Avocat(s) : SCP Sevaux et Mathonnet ; Me Balat