Arrêt n° 936 du 22 septembre 2016 (15-20.565) - Cour de cassation - Première chambre civile - ECLI:FR:CCASS:2016:C100936

Avocat

Cassation


Demandeur(s) : la société Aviva assurances

Défendeur(s) : M. Jean-Jacques X...


Sur le moyen relevé d’office, après avis donné aux parties dans les conditions de l’article 1015 du code de procédure civile :

 

 Vu l’article 1147 du code civil ;

 

 Attendu qu’il résulte de ce texte que la responsabilité des professionnels du droit ne présente pas un caractère subsidiaire, de sorte que la mise en jeu de la responsabilité d’un avocat n’est pas subordonnée au succès de poursuites préalables contre un autre débiteur et qu’est certain le dommage subi par sa faute, quand bien même la victime disposerait, contre un tiers, d’une action consécutive à la situation dommageable née de cette faute et propre à assurer la réparation du préjudice ;

 

 Attendu, selon l’arrêt attaqué, que M. X… (l’avocat) a assuré la défense des intérêts de la société Abeille assurances, aux droits de laquelle se trouve la société Aviva assurances (la société Aviva), à l’occasion d’un litige relatif à l’indemnisation d’un sinistre par incendie impliquant, notamment, l’assuré de celle-ci, sous-traitant, et l’entrepreneur principal, assuré auprès de la société UAP, devenue Axa ; que, condamnée en première instance à payer une somme excédant le plafond de sa garantie, la société Aviva, après avoir interjeté appel, a spontanément exécuté, sous réserve de l’issue de son recours, les causes du jugement qui n’était pas assorti de l’exécution provisoire ; que, malgré l’exercice de diverses voies de recours et actions judiciaires, elle n’a pu obtenir du bénéficiaire du versement qu’elle estimait partiellement indu, le remboursement de la somme trop versée ; que, reprochant à l’avocat d’avoir omis d’invoquer le plafond de sa garantie, elle l’a assigné en responsabilité et en indemnisation ;

 

 Attendu que, pour limiter la condamnation de l’avocat à verser à l’assureur la somme de 12 000 euros à titre de dommages-intérêts et rejeter le surplus de sa demande formée à hauteur de 2 197 719,10 euros, après avoir énoncé que la faute de l’avocat était constituée par son abstention fautive de se faire communiquer les éléments contractuels élémentaires indispensables à la défense de l’intérêt de sa cliente, l’arrêt retient que le préjudice imputable à l’avocat ne peut être que celui constitué par l’évaluation de la garantie de la société Aviva à l’occasion d’un jugement du tribunal de grande instance de Privas du 8 janvier 1998, dès lors qu’il a été déchargé de son mandat pour l’appel et les procédures ultérieures, que la cour d’appel de Nîmes a réformé ce jugement par un arrêt du 17 octobre 2002 qui, retenant la limitation de garantie à hauteur de 357 326,44 euros, a condamné la société Axa à rembourser l’excédent des sommes précédemment perçues, que le préjudice de la société Aviva résulte de son initiative propre de règlement des causes du jugement du 8 janvier 1998, pourtant non assorti de l’exécution provisoire, ainsi que du retard de quatre ans et demi pour voir son plafond de garantie pris en compte, retard incombant à l’avocat, et que l’incertitude sur le sort de cette somme, qui était suspendu à l’arrêt de la cour d’appel de Nîmes, justifie l’octroi de la somme forfaitaire de 12 000 euros de dommages-intérêts ;

 

 Qu’en statuant ainsi, la cour d’appel a violé le texte susvisé ;

 

 PAR CES MOTIFS et sans qu’il y ait lieu de statuer sur le moyen unique :

 

 CASSE ET ANNULE, en toutes ses dispositions, l’arrêt rendu le 28 avril 2015, entre les parties, par la cour d’appel de Grenoble ; remet, en conséquence, la cause et les parties dans l’état où elles se trouvaient avant ledit arrêt et, pour être fait droit, les renvoie devant la cour d’appel de Lyon ;

 


 Président : Mme Batut

Rapporteur : Mme Teiller, conseiller

Avocat général : M. Ride

Avocat(s) : SCP Sevaux et Mathonnet ; SCP Baraduc, Duhamel et Rameix