Arrêt n° 925 du 13 juillet 2016 (15-22.854) - Cour de cassation - Première chambre civile - ECLI:FR:CCASS:2016:C100925

Etranger

Rejet


Demandeur(s) : M. Ali X...

Défendeur(s) : le Préfet de police, et autre


Attendu, selon l’ordonnance attaquée (Paris, 16 décembre 2014), rendue par un premier président, et les pièces de la procédure, que, le 9 décembre 2014, M. X…, de nationalité tunisienne, en situation irrégulière sur le territoire national, a été invité à suivre les policiers dans les locaux des services de police après un contrôle d’identité, réalisé à 14 heures 30, en exécution de réquisitions écrites du procureur de la République prises au visa de l’article 78-2 du code de procédure pénale, suivi d’un contrôle des titres de séjour effectué sur le fondement de l’article L. 611-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ; que le même jour, à 17 heures 30, l’intéressé a reçu notification de l’arrêté portant placement en rétention et des droits y afférents ;

 Sur le premier moyen :

 Attendu que M. X… fait grief à l’ordonnance de prolonger la mesure de rétention, alors, selon le moyen, qu’en application de l’article L. 611-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, à la suite d’un contrôle d’identité effectué en application des articles 78-1, 78-2, 78-2-1 et 78-2-2 du code de procédure pénale, les personnes de nationalité étrangère peuvent être tenues de présenter les pièces et documents ou documents sous le couvert desquels elles sont autorisées à circuler ou à séjourner en France si des éléments objectifs déduits de circonstances extérieures à la personne même de l’intéressé sont de nature à faire apparaître sa qualité d’étranger ; que la mise en oeuvre régulière de cette faculté suppose, en amont, que le contrôle d’identité opéré soit lui-même régulier ; que le contrôle d’identité a été effectué en l’espèce en exécution de réquisitions écrites du procureur de la République de Paris du 8 décembre 2014, prises au visa des articles 78-2 et 78-3 du code de procédure pénale, aux fins de rechercher les personnes susceptibles d’avoir commis une liste d’infractions précises dans laquelle étaient visées celles à la législation sur les étrangers ; que, dans le cadre ainsi défini aux réquisitions, était applicable le droit commun selon lequel le contrôle d’identité ne peut être effectué qu’en présence de présomptions d’infraction ou d’éléments d’extranéité ; qu’en se bornant à vérifier la régularité du contrôle de titre opéré sur le fondement de l’article L. 611-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile à partir des mentions du procès-verbal de contrôle d’identité relatives à l’identité et la nationalité, sans s’assurer de la régularité, en amont, du contrôle d’identité lui-même, le magistrat délégué a violé les articles 78-2 et 78-3 du code de procédure pénale, ensemble l’article L. 611-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile  ;

 Mais attendu que si le constat des éléments objectifs, déduits de circonstances extérieures à la personne, de nature à faire apparaître sa qualité d’étranger, doit précéder le contrôle des titres de séjour intervenu sur le fondement de l’article L. 611-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, un tel constat n’a pas à être préalable au contrôle d’identité effectué en application de l’article 78-2 du code de procédure pénale, mais peut résulter de celui-ci ; qu’en énonçant que le procès-verbal de contrôle d’identité détaillait les nom, prénom, date et lieu de naissance, adresse et nationalité, tous éléments régulièrement et logiquement déclinés lors du contrôle d’identité, le premier président s’est assuré de la régularité de ce contrôle d’identité, au regard des moyens présentés en appel ; que le moyen n’est pas fondé ;

 Sur le second moyen :

 Attendu que M. X… fait le même grief à l’ordonnance, alors, selon le moyen,

 1°/ qu’en affirmant que le document intitulé « audition de l’étranger interpellé » ne constitue qu’un « recueil de renseignements administratifs », le magistrat délégué a dénaturé cette pièce de la procédure et violé l’article 1134 du code civil ;

 2°/ que pour les nécessités d’une vérification du droit de circulation ou de séjour sur le territoire français, un officier de police judiciaire ne peut placer une personne en retenue dans les locaux de police ou de gendarmerie que dans le cadre et le respect des dispositions de l’article L. 611-1-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ; que ce n’est que dans la mesure où aucune vérification n’est nécessaire que les services de police ne sont pas tenus de la placer en retenue ; qu’il ne résulte pas des mentions du procès-verbal de police que M. X… aurait reconnu se trouver en situation irrégulière, qu’il a été conduit dans les locaux de police pour l’examen de sa situation administrative et qu’une mesure d’éloignement devait être instruite ; qu’il résulte des pièces de la procédure qu’un procès-verbal d’audition a été dressé ; que le magistrat délégué, qui admet que des vérifications administratives ont été réalisées, a violé l’article L. 611-1-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;

 3°/ que le maintien à disposition de l’étranger jusqu’à son placement en rétention dans le cadre du régime de l’audition libre de l’article 62 du code de procédure pénale n’est régulier qu’en l’absence de contrainte dûment établie ; qu’il appartient au juge de la prolongation de la rétention de le vérifier ; qu’en se bornant à constater que la preuve d’une contrainte n’était pas rapportée lorsqu’il devait vérifier si la preuve de l’absence de contrainte avait été rapportée, le magistrat délégué a violé l’article 62 du code de procédure pénale ;

 4°/ qu’il ne résulte d’aucune pièce de la procédure que M. X… ait reçu notification de son droit de quitter les locaux de police ou de gendarmerie, ait déclaré avoir suivi de son plein gré les policiers, n’avoir subi aucune contrainte de leur part ou avoir accepté de rester à leur disposition le temps de son audition ; que le magistrat délégué a violé l’article 62 du code de procédure pénale ;

 5°) qu’en toute hypothèse, la rétention sous contrainte de l’étranger en raison de sa situation irrégulière, dans le cadre des dispositions de l’article 62 du code de procédure pénale et dans l’attente de la notification des mesures annoncées d’éloignement et de rétention, suppose que l’intéressé ait immédiatement reçu notification de ses droits de personne retenue ; qu’il résulte des constatations de l’ordonnance attaquée que contrôlé le 9 décembre 2014 à 14 h 30, le placement en rétention administrative et les droits afférents n’ont été notifiés à M. X…, retenu dans les locaux de police, qu’à 17 h 39, de sorte que la procédure n’est pas régulière au regard des dispositions de l’article 62 précité qui a ainsi été violé ;

 6°/ que la rétention sous contrainte de l’étranger en raison de sa situation irrégulière, dans le cadre des dispositions de l’article 62 du code de procédure pénale et dans l’attente de la notification des mesures annoncées d’éloignement et de rétention, suppose que l’intéressé ait été mis en mesure d’exercer effectivement ses droits de personne retenue ; que le magistrat délégué, qui n’a pas exercé son contrôle sur ce point, a derechef violé l’article 62 précité ;

 Mais attendu que l’ordonnance énonce qu’aucune mesure d’enquête ou de vérification n’était nécessaire, puisque l’irrégularité de la situation de l’intéressé était apparue dès le contrôle des titres de séjour, et qu’aucune privation de liberté n’était intervenue avant le placement en rétention, dès lors que l’étranger avait été invité à suivre les policiers pour recevoir la notification de ses droits, intervenue trois heures après le contrôle initial ; que le premier président n’a pu qu’en déduire, sans dénaturer l’acte portant recueil d’informations sur la situation administrative de l’étranger, et abstraction faite du motif surabondant critiqué par la troisième branche du moyen, que la procédure, qui ne relevait ni des dispositions de l’article 62 du code de procédure pénale ni de celles de l’article L. 611-1-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, était régulière ; que le moyen ne peut être accueilli ;

 PAR CES MOTIFS :

 REJETTE le pourvoi ;


Président : Mme Batut
Rapporteur : Mme Gargoullaud
, conseiller référendaire
Avocat(s) : SCP Waquet, Farge et Hazan