Arrêt n° 339 du 6 avril 2016 (15-12.881) - Cour de cassation - Première chambre civile - ECLI:FR:CCASS:2016:C100339

Chose jugée

Rejet


Demandeur(s) : la société Hitachi Medical Systems, société par actions simplifiée

Défendeur(s) : Mme Marie-France X..., épouse Y...


Attendu, selon l’arrêt attaqué (Angers, 9 décembre 2014), que le dirigeant de la société Aloka, poursuivi du chef de tromperie sur la nature et les qualités substantielles de marchandises, pour avoir vendu, le 12 janvier 2006, à Mme X…, médecin gynécologue (l’acquéreur), un échographe numérique importé par cette société en 1999, « sans indiquer de façon explicite qu’il s’agissait de matériel d’occasion, l’identification de ce matériel d’occasion résultant de la seule mention de la lettre ’R’ après la référence du matériel sur la facture », a été relaxé des fins de cette poursuite par un jugement correctionnel, devenu définitif, au motif que les faits n’étaient pas établis ; qu’assignée en réparation d’un défaut de conformité de l’appareil aux caractéristiques convenues, la société Hitachi Medical Systems (la société), venant aux droits de la société Aloka, a soulevé une fin de non-recevoir tirée de l’autorité de la chose jugée au pénal sur le civil ;

 

 Sur le premier moyen, pris en sa première branche :

 

 Attendu que la société fait grief à l’arrêt de déclarer l’acquéreur recevable en sa demande indemnitaire pour défaut de conformité, alors, selon le moyen, que l’autorité de la chose jugée au pénal sur le civil s’attache à ce qui a été définitivement, nécessairement et certainement décidé par le juge pénal sur l’existence du fait qui forme la base commune de l’action civile et de l’action pénale ; qu’en l’espèce, il résulte du jugement définitif du tribunal correctionnel de Lyon du 10 septembre 2009 qu’il n’est pas établi que la société Aloka, par l’intermédiaire de son président, avait vendu à l’acquéreur un échographe sans indiquer de façon explicite qu’il s’agissait de matériel d’occasion dès lors que l’identification de cette caractéristique résultait de la seule mention de la lettre "R" après la référence du matériel sur la facture ; qu’en affirmant que l’autorité de la chose jugée attachée à cette décision de relaxe faisait seulement obstacle à ce que l’appelante puisse invoquer un dol devant les juridictions civiles, cependant qu’elle invoquait désormais un défaut de conformité de l’appareil vendu à la commande, quand l’autorité de la chose jugée au pénal s’attache non seulement à la qualification des faits, mais encore à l’existence de ceux-ci, en sorte que l’appelante ne pouvait plus prétendre qu’il ne lui avait pas été indiqué, au moment de la vente, qu’elle acquérait un matériel d’occasion, la cour d’appel a violé le principe de l’autorité de la chose jugée au pénal sur le civil, ensemble l’article 1351 du code civil ;

 Mais attendu que l’autorité de la chose jugée attachée à une relaxe du chef de tromperie sur les qualités substantielles ne constitue pas un obstacle à l’exercice, devant le juge civil, d’une action indemnitaire fondée sur la non-conformité de la chose délivrée, faute contractuelle qui, procédant d’une obligation de résultat, diffère de la faute pénale en ce que, hors toute absence de dissimulation fautive du vendeur, elle est fondée sur la délivrance d’une chose qui n’est pas conforme à celle commandée, au sens de l’article 1604 du code civil ; qu’après avoir relevé que, si la relaxe du chef de tromperie faisait obstacle à ce que l’acquéreur puisse, devant les juridictions civiles, invoquer un dol ayant vicié son consentement, tel n’était pas le fondement de sa demande de réparation reposant sur un défaut de conformité à la commande du matériel livré, la cour d’appel en a exactement déduit que l’action indemnitaire dont elle était saisie était recevable ; que le moyen n’est pas fondé ;

 

 Sur le premier moyen, pris en sa seconde branche, et sur le second moyen, ci-après annexés :

 

 Attendu que ces griefs ne sont manifestement pas de nature à entraîner la cassation ;

 

 PAR CES MOTIFS :

 

 REJETTE le pourvoi ;

 

 


 Président : Mme Batut

Rapporteur : Mme Verdun conseiller

Avocat général : M. Drouet

Avocat(s) : SCP Gatineau et Fattaccini ; SCP Célice, Blancpain, Soltner et Texidor