Arrêt n° 980 du 23 septembre 2015 (14-15.132) - Cour de cassation - Première chambre civile - ECLI:FR:CCASS:2015:C100980

Succession

Rejet


Demandeur(s) : Mme Corice X...veuve Y...

Défendeur(s) : l’ ordre des avocats de Paris, et autres


Sur le moyen unique :

 

 Attendu, selon l’arrêt attaqué (Paris, 5 mars 2014), que Mme X… a sollicité la mainlevée du séquestre judiciaire ordonné entre les mains du bâtonnier de Paris sur les fonds détenus par l’association des auteurs dans les arts graphiques et plastiques au titre de l’exploitation des droits de propriété intellectuelle de son époux, le sculpteur Armand Z… dit Y…, de la succession duquel elle est exécutrice testamentaire à titre préliminaire, selon une ordonnance du tribunal des successions et des tutelles de l’Etat de New York ; 

 

 Attendu que Mme X… fait grief à l’arrêt de rejeter l’ensemble de ses demandes et de la condamner à payer aux consorts A…-B…-Z…, ensemble, la somme totale de 13 000 euros pour la première instance et l’instance d’appel, en application de l’article 700 du code de procédure civile, alors, selon le moyen :

 

 1°/ qu’un jugement étranger produit en France des effets, en tant que fait juridique, indépendamment d’une vérification de sa régularité internationale par une procédure de reconnaissance ou d’exequatur, et, par conséquent, la décision étrangère qui confère à une partie des pouvoirs d’administration en matière successorale produit ses effets en France indépendamment de toute décision d’exequatur du moment qu’elle ne doit pas donner lieu à des actes d’exécution forcée dans ce pays ; qu’ayant constaté que la succession était régie par la loi américaine et que, par ordonnance du Tribunal des successions et des tutelles du comté de New York du 13 janvier 2006, Mme Corice Y… avait été désignée exécutrice testamentaire à titre préliminaire de la succession Y…, ce qui lui donnait tous pouvoirs pour administrer les biens de la succession de son mari, la cour d’appel, ne pouvait refuser la mainlevée du séquestre, ordonné en contradiction avec cette mesure, des sommes faisant partie de cette succession en France, sans violer l’article 509 du code de procédure civile, ensemble les principes généraux du droit international privé et la compétence de la loi américaine pour régler la succession ;

 

 2°/ que Mme Corice Y … soutenait que rien ne permettait aux juridictions françaises de suspendre ainsi de fait les effets de la décision judiciaire américaine qui lui avait conféré le pouvoir d’administrer les biens de la succession de son mari ; qu’en se bornant à affirmer que la mesure de séquestre ordonnée ne méconnaissait pas les pouvoirs qui lui avaient été conférés par cette décision judiciaire américaine, sans s’en expliquer davantage et sans préciser en quoi les pouvoirs ainsi reconnus à Mme Corice Y… ne seraient pas affectés par la mesure de séquestre, la cour d’appel a privé son arrêt de motifs et violé l’article 455 du code de procédure civile ;

 

 Mais attendu qu’en présence d’une succession litigieuse, la cour d’appel n’a fait qu’user de son pouvoir souverain d’appréciation pour refuser, par une décision motivée, la mainlevée du séquestre au motif que le litige opposant les parties devant les juridictions américaines sur la validité des actes testamentaires, et partant, sur la succession d’ Y…, présentait un caractère sérieux ; que le moyen ne peut être accueilli ;

 

 PAR CES MOTIFS :

 

 REJETTE le pourvoi ;

 


Président : Mme Batut

Rapporteur : M. Hascher, conseiller

Avocat général : M. Bernard de La Gatinais, premier avocat général

Avocat(s) : SCP Sevaux et Mathonnet ; SCP Baraduc, Duhamel et Rameix