Arrêt n° 1143 du 21 octobre 2015 (14-24.926) - Cour de cassation - Première chambre civile - ECLI:FR:CCASS:2015:C101143

Succession

Rejet


Demandeur(s) : les consorts X...

Défendeur(s) : Mme Martine X..., épouse Z...


 Attendu, selon l’arrêt attaqué (Orléans, 23 juin 2014),que Jean X… est décédé en 2004, laissant pour lui succéder son épouse commune en bien, et ses deux filles, Mmes Z… et Y… ; qu’auparavant, Jean X… et son épouse avaient cédé à Mme Y… et à son mari leur exploitation agricole et des terres agricoles prises à bail par ces derniers ; que Mme Z… a assigné sa mère et sa soeur en ouverture des opérations de compte, liquidation et partage en demandant qu’il soit jugé que ces cessions constituaient des donations indirectes justifiant le rapport à la succession de la différence entre le prix de vente de ces biens et leur valeur réelle ; 

 

 Sur le moyen unique pris en sa première branche :

 

 Attendu que Mmes X… et Y… font grief à l’arrêt de dire que cette dernière devra rapporter à la succession de Jean X... une certaine somme correspondant aux avantages consentis par ses parents alors, selon le moyen, que tout héritier venant à une succession doit rapporter à ses cohéritiers tout ce qu’il a reçu du défunt, par donations entre vifs, directement ou indirectement ; que peut constituer une donation déguisée tout avantage indirect résultant de la modicité d’un prix de vente à condition que soit par ailleurs caractérisée l’intention libérale, qui peut se définir comme la conscience et la volonté de s’appauvrir au bénéfice d’autrui ; qu’en condamnant Mme Joëlle Y… à rapporter à la succession de Jean Maxime X… la somme de 108 872,55 euros au titre d’avantages qui lui ont été consentis au titre de la vente du cheptel mort et vif cédé en 1985 et au titre de la vente de deux parcelles intervenue le 6 avril 2000, après avoir relevé que la volonté des époux X…-Z… de gratifier leur fille Joëlle résultait de la sous-évaluation du montant des transactions intervenues entre les parties ainsi que du caractère occulte des avantages ainsi consentis, motifs pourtant impropres à caractériser l’intention libérale des époux X…Z…, la cour d’appel a violé l’article 843 du code civil ;

 

 Mais attendu que c’est dans l’exercice de son pouvoir souverain d’appréciation de la portée des éléments de preuve qui lui étaient soumis que la cour d’appel a estimé que la sous-évaluation systématique du montant des transactions intervenues entre les parties et le caractère occulte des avantages ainsi consentis démontraient la volonté manifeste des époux X… de gratifier leur fille ; que le moyen ne peut donc être accueilli ;

 

 Sur le moyen unique pris en sa deuxième branche :

 

 Attendu que Mmes X… et Y… font encore grief à l’arrêt de dire que cette dernière devra rapporter à la succession de Jean X… une certaine somme correspondant aux avantages consentis par ses parents alors, selon le moyen, que dans le cadre de la recherche d’un éventuel avantage indirect au sens de l’article 843 du code civil, la valeur vénale d’une parcelle agricole, vendue de son vivant par le de cujus à l’un de ses héritiers doit être fixée à la date de sa vente en prenant en considération la moins-value résultant de l’existence d’un bail rural grevant cette parcelle, quand bien même ce bail aurait-il été consenti à l’héritier acquéreur ; qu’en affirmant que par l’effet de la vente consentie le 6 avril 2000 par les époux Jean Maxime X… à leur fille Joëlle Y…, et à son époux, tous deux détenteurs d’un bail sur les deux parcelles vendues depuis le 24 décembre 1996, les qualités de propriétaires et de locataires se sont trouvées réunies sur la tête des deux acquéreurs, ce qui a entraîné ipso facto la disparition du bail, de sorte que lesdits biens devaient « être évalués comme étant libres de toute occupation », la cour d’appel, qui n’a pas pris en considération la moins-value résultant de l’existence de ce bail, a violé derechef l’article 843 du code civil ;

 

 Mais attendu que c’est à bon droit que la cour d’appel a décidé que les terrains agricoles litigieux devaient être estimés comme libres de bail dès lors que cette estimation, destinée à assurer l’égalité entre les copartageants, concernait un bien qui, par l’effet de son attribution à l’héritier qui en était preneur et de la réunion sur la tête de celui-ci des qualités incompatibles de propriétaire et de fermier, avait cessé d’être grevé du bail dont il était auparavant l’objet ; que le moyen n’est pas fondé ;

 

 Et attendu que les autres griefs du pourvoi ne sont manifestement pas de nature à entraîner la cassation ;

 

 PAR CES MOTIFS :

 

 REJETTE le pourvoi ;

 

 


Président : Mme Batut

Rapporteur : M. Vigneau, conseiller

Avocat(s) : SCP Garreau, Bauer-Violas et Feschotte-Desbois ; SCP Vincent et Ohl