Arrêt n° 477 du 16 avril 2015 (14-13.694) - Cour de cassation - Première chambre civile - ECLI:FR:CCASS:2015:C100477

Porte-Fort

Cassation


Demandeur(s) : la société CJPG

Défendeur(s) : M. Frédéric X...


Attendu, selon l’arrêt attaqué, qu’Anne-Marie Y… a été admise au sein d’un établissement spécialisé, suivant contrat du 10 novembre 2008 conclu avec la société Solemnes et signé par son fils M. X…, sous la mention « dûment mandaté à cet effet et se portant en tout état de cause fort de l’exécution des engagements souscrits au titre du présent contrat » ; que la société Solemnes, devenue la société CJPG, a assigné M. X… en paiement des frais de séjour ;

 

 Sur le moyen unique, pris en sa première branche :

 

 Attendu que la société CJPG fait grief à l’arrêt de rejeter ses demandes, alors, selon le moyen, que le juge doit, en toutes circonstances, observer le principe de la contradiction et ne peut fonder sa décision sur un moyen relevé d’office, sans avoir préalablement invité les parties à présenter leurs observations ; qu’en l’espèce, en retenant d’office, pour écarter la qualification de promesse de porte-fort d’exécution et rejeter la demande de la société, le fait qu’aucun tiers ne se serait engagé à titre principal, sans inviter les parties à présenter leurs observations sur ce point, la cour d’appel a violé les articles 6 de la Convention européenne des droits de l’homme et 16 du code de procédure civile  ;

 

 Mais attendu que la société CJPG ayant invoqué l’existence d’une promesse de porte-fort, la cour d’appel n’a introduit aucun élément nouveau dans le débat en vérifiant si les conditions de celle-ci étaient réunies ; que le moyen n’est pas fondé ;

 

 Mais sur le moyen unique, pris en sa deuxième branche :

 

 Vu l’article 1120 du code civil ;

 

 Attendu que la promesse de porte-fort est un engagement personnel autonome d’une personne qui promet à son cocontractant d’obtenir l’engagement d’un tiers à son égard ;

 

 Attendu que, pour rejeter les demandes de la société CJPG, l’arrêt retient que si celui qui se porte fort de l’exécution de l’engagement d’un tiers, s’engage accessoirement à l’engagement principal souscrit par le tiers lorsque ce dernier ne l’exécute pas lui-même, à l’instar du cautionnement, encore faut-il qu’un tiers se soit engagé à titre principal, ce qui n’est pas le cas en l’espèce, Anne-Marie Y… n’étant plus capable de le faire et son fils n’ayant pas été désigné comme tuteur chargé de la représenter ;

 

 Qu’en statuant ainsi, la cour d’appel a violé le texte susvisé ;

 

 PAR CES MOTIFS et sans qu’il y ait lieu de statuer sur les autres branches du moyen :

 

 CASSE ET ANNULE, dans toutes ses dispositions, l’arrêt rendu le 19 novembre 2013, entre les parties, par la cour d’appel d’Amiens ; remet, en conséquence, la cause et les parties dans l’état où elles se trouvaient avant ledit arrêt et, pour être fait droit, les renvoie devant la cour d’appel de Douai ;

 


 Président : Mme Batut

Rapporteur : Mme Le Gall, conseiller référendaire

Avocat général : M. Drouet

Avocat(s) : SCP Boulloche ; SCP Waquet, Farge et Hazan