Arrêt n° 1256 du 6 novembre 2013 (11-17.739) - Cour de cassation - Première chambre civile - ECLI:FR:CCASS:2013:C101256

Appel civil

Rejet


Demandeur(s) : la société Biolliance Pharma, société anonyme

Défendeur(s) : la société Spepham Holding BV, et autre 


Sur le moyen unique :

 

 Attendu, selon l’arrêt attaqué (Paris, 5 mai 2011), qu’après avoir formé, le 30 avril 2010, un recours en annulation contre une sentence arbitrale intermédiaire, rendue en France, le 8 avril précédent, en matière d’arbitrage international, la société Bioalliance Pharma (la société Bioalliance), reprochant au juge de l’exécution d’avoir commis un excès de pouvoir en ordonnant l’exequatur de cette sentence a, le 18 juin 2010, soit le lendemain du prononcé de l’ordonnance d’exequatur, formé un appel-nullité contre celle-ci, tout en concluant ultérieurement, au cours de la procédure en annulation de la sentence, à l’annulation de l’ordonnance d’exequatur sur le fondement du même reproche d’excès de pouvoir ;

 

 Attendu que la société Bioalliance fait grief à l’arrêt de refuser de joindre l’appel-nullité au recours en annulation, de déclarer irrecevable cet appel-nullité et d’allouer différentes sommes aux sociétés défenderesses au titre de l’article 700 du code de procédure civile, alors, selon le moyen, qu’une sentence arbitrale frappée de recours ne peut ensuite faire l’objet d’un exequatur, le juge de l’exécution étant alors dessaisi de plein droit par l’effet de l’article 1504 alinéa 2 du code de procédure civile ; que si ce texte prévoit encore que le recours principal en annulation emporte de plein droit, dans les limites de la saisine de la cour, recours contre l’ordonnance du juge de l’exécution, cette disposition réglementaire ne fait nullement obstacle à la formalisation d’un appel-nullité quand l’excès de pouvoir du juge de l’exequatur procède, comme en l’espèce, d’une décision postérieure à l’introduction du recours principal en annulation contre la sentence arbitrale ; qu’en déclarant dès lors irrecevable l’appel-nullité, la cour de Paris a violé le texte susvisé et a privé les parties de leur droit d’accès au juge au regard notamment des articles 6 et 13 de la Convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;

 

 Mais attendu qu’après avoir à juste titre rappelé que l’appel-nullité n’est ouvert, à titre exceptionnel, que contre une décision qui n’est susceptible d’aucun autre recours, puis relevé à bon droit que l’ordonnance d’exequatur d’une sentence internationale peut être attaquée par la voie du recours exercé contre cette sentence, ce dont il résulte que la partie qui reproche au juge de l’exécution d’avoir commis un excès de pouvoir, en ordonnant l’exequatur de la sentence malgré son dessaisissement du fait du recours en annulation préalablement formé contre celle-ci, est en mesure de s’en prévaloir et d’en tirer toutes les conséquences utiles au cours de la procédure en annulation de la sentence, la cour d’appel en a exactement déduit que la voie de l’appel-nullité n’était pas ouverte contre l’ordonnance d’exequatur d’une sentence internationale, partant que l’action de la société Bioalliance était irrecevable ; que le moyen n’est pas fondé ;

 

 PAR CES MOTIFS :

 

 REJETTE le pourvoi ;

 


Président : M. Charruault

Rapporteur : Mme Maitrepierre, conseiller référendaire

Avocat général : M. Bernard de La Gatinais, premier avocat général

Avocat(s) : Me Bouthors ; SCP Coutard et Munier-Apaire