Arrêt n°69 du 23 janvier 2020 (19-11.559) - Cour de cassation - Deuxième chambre civile - ECLI:FR:CCASS:2019:C200069

Rejet

Demandeur(s) : caisse d’assurance retraite et de la santé au travail Normandie

Défendeur(s) : Mme M. D...  P...


Attendu, selon l’arrêt attaqué (Rouen, 28 novembre 2019) que M. P..., salarié d’entreprises sous-traitantes, a demandé à la caisse d’assurance retraite et de la santé au travail de Normandie (la caisse) le bénéfice de l’allocation de cessation anticipée d’activité des travailleurs de l’amiante (ACAATA ), au titre de la période au cours de laquelle il a travaillé en qualité de manutentionnaire sur le port de Rouen ; que sa demande ayant été rejetée, il a saisi d’un recours une juridiction de sécurité sociale ;

Attendu que la caisse fait grief à l’arrêt d’accueillir ce recours, alors, selon le moyen :

1° / qu’il résulte de l’article 41 de la loi n° 98-1194 du 23 décembre 1998, dans sa rédaction applicable en l’espèce, que le bénéfice de l’allocation de cessation anticipée des travailleurs de l’amiante est subordonné à la condition expresse que l’activité invoquée ait été exercée en qualité de docker professionnel, ou de personnel portuaire de manutention, employé et rémunéré par un port figurant sur la liste fixée par arrêté interministériel ; qu’en l’espèce, l’arrêt a constaté que M. P... avait exercé une activité de manutentionnaire au sein du port de Rouen, figurant sur la liste fixée par arrêté du 7 juillet 2000, mais qu’il n’en était pas salarié ; qu’en jugeant qu’il remplissait néanmoins la condition prévue à l’article 41.1° de la loi susvisée pour bénéficier de l’allocation de cessation anticipée des travailleurs de l’amiante au prétexte que ce fait n’était plus contesté, la cour d’appel a méconnu son office et violé l’article 12 du code de procédure civile, ensemble l’article 41 de la loi du 23 décembre 1998 dans sa rédaction applicable en l’espèce ;

2°/ qu’il résulte de l’article 41 de la loi n° 98-1194 du 23 décembre 1998, dans sa rédaction applicable en l’espèce, que le bénéfice de l’allocation de cessation anticipée des travailleurs de l’amiante est subordonné à la condition expresse que l’activité invoquée ait été exercée en qualité de docker professionnel, ou de personnel portuaire de manutention, employé et rémunéré par un port figurant sur la liste fixée par arrêté interministériel ; qu’en l’espèce, l’arrêt a constaté que M. P... avait exercé une activité de manutentionnaire au sein du port de Rouen, figurant sur la liste fixée par arrêté du 7 juillet 2000, mais qu’il n’en était pas salarié ; qu’en jugeant qu’il remplissait néanmoins la condition prévue à l’article 41.1° de la loi susvisée pour bénéficier de l’allocation de cessation anticipée des travailleurs de l’amiante au prétexte erroné que ce serait ajouter à la loi et la modifier que de considérer que la notion de « personnels portuaires » serait en réalité celle de personnels des ports employés et rémunérés par un port, la cour d’appel a violé l’article 41 de la loi du 23 décembre 1998 dans sa rédaction applicable en l’espèce ;

3°/ que, subsidiairement, il résulte de l’article 41 de la loi n° 98-1194 du 23 décembre 1998, dans sa rédaction applicable en l’espèce, que le bénéfice de l’allocation de cessation anticipée des travailleurs de l’amiante est subordonné à la condition expresse que le salarié ait exercé son activité professionnelle au sein d’un établissement figurant sur la liste fixée par arrêté interministériel et qu’il y ait été exposé habituellement au contact de l’amiante ; qu’en l’espèce, l’arrêt a constaté que M. P... avait exercé une activité professionnelle au sein du port de Rouen, qui figurait sur la liste fixée par arrêté du 7 juillet 2000, en réparant et en assurant la manutention et le nettoyage des containers ; qu’en se bornant à relever, pour dire qu’il pouvait bénéficier de l’ACAATA , que des photographies et résultat d’analyse montraient que ces containers « pouvaient contenir de l’amiante ou des objet en contenant  », motifs insuffisants à caractériser son exposition habituelle au contact de l’amiante, la cour d’appel a privé sa décision de base légale au regard de l’article 41 de la loi du 23 décembre 1998 dans sa rédaction applicable en l’espèce ;

4°/ que, subsidiairement, il résulte de l’article 41 de la loi n° 98-1194 du 23 décembre 1998, dans sa rédaction applicable en l’espèce, que le bénéfice de l’allocation de cessation anticipée des travailleurs de l’amiante est subordonné à la condition expresse que le salarié ait exercé son activité professionnelle au sein d’un établissement figurant sur la liste fixée par arrêté interministériel et qu’il y ait été exposé habituellement au contact de l’amiante ; que le seul fait pour le salarié d’exercer une activité professionnelle au sein d’un établissement figurant sur la liste fixée par arrêté interministériel ne démontre pas de facto qu’il a été exposé habituellement au contact de l’amiante ; qu’en affirmant le contraire, par ses motifs adoptés, la cour d’appel a violé l’article 41 de la loi du 23 décembre 1998 dans sa rédaction applicable en l’espèce ;


Mais attendu que selon l’article 41 de la loi n° 98-1194 du 23 décembre 1998, dans sa rédaction applicable au litige, le bénéfice de l’ ACAATA  est ouvert aux ouvriers dockers professionnels et personnels portuaires assurant la manutention, sous réserve qu’ils cessent toute activité professionnelle et qu’ils aient travaillé au cours d’une période déterminée, dans un port au cours d’une période pendant laquelle était manipulé de l’amiante, la liste de ces ports et, pour chaque port, de la période considérée étant fixée par arrêté conjoint des ministres chargés du travail, de la sécurité sociale, des transports et du budget ;

Et attendu que l’arrêt retient que l’arrêté du 7 juillet 2000 a classé le port de Rouen, pour la période de 1960 à 1988, dans la liste des ports ouvrant droit à l’ACAATA , que M. P... a travaillé au cours de la période considérée au sein de ce port, même s’il n’en était pas salarié, qu’il exerçait le métier de chaudronnier et était affecté à la réparation de containers, qu’il résulte des deux attestations produites qu’en dehors de la réparation proprement dite des containers, M. P... devait assurer leur manutention ainsi que celle des déchets s’y trouvant et leur nettoyage et que des photographies et résultats d’analyse versés aux débats montrent que ces containers pouvaient contenir de l’amiante ou des objets en contenant ;

Que de ces constatations dont elle a fait ressortir que le salarié avait travaillé en qualité de manutentionnaire, au cours de la période considérée, dans un port figurant sur la liste fixée par arrêté et avait été exposé habituellement à l’amiante, la cour d’appel a exactement déduit que M. P... était fondé à bénéficier de l’ACAATA  au titre de la période litigieuse ;

D’où il suit que le moyen nouveau, mélangé de fait et de droit, et comme tel irrecevable en ses deux dernières branches, n’est pas fondé pour le surplus ;

PAR CES MOTIFS, la Cour :

REJETTE le pourvoi ;


Président : M. Pireyre
Rapporteur : Mme Taillandier-Thomas
Avocat général : Mme Ceccaldi
Avocat(s) : SCP Gatineau et Fattaccini - SCP lyon-Caen et Thiriez