Arrêt n°113 du 23 janvier 2020 (18-21.362) - Cour de cassation - Deuxième chambre civile - ECLI:FR:CCASS:2019:C200113

Sécurité sociale, assurances sociales

Cassation partielle

Sommaire :
Il résulte de l’article L. 321-1 du code de la sécurité sociale que le droit aux prestations en espèces de l’assurance maladie est ouvert aux assurés qui se trouvent dans l’incapacité physique médicalement constatée de continuer ou de reprendre le travail.

L’assuré qui, ayant obtenu la liquidation de ses droits à pension de retraite, conclut ensuite un contrat de travail au titre d’un dispositif dit de « cumul emploi-retraite » et bénéficie d’un arrêt de travail pour maladie à compter de la date d’effet de ce contrat, ne peut prétendre, à défaut d’exercer une activité professionnelle effective à cette date, au service des indemnités journalières.


Demandeur(s) : caisse primaire d’assurance maladie (CPAM) du Bas-Rhin

Défendeur(s) : société RB médical services, société à responsabilité limitée unipersonnelle ; et autres


Attendu, selon l’arrêt attaqué et les productions, que l’EURL RB Medical services (la société) a conclu le 30 octobre 2006 avec le [...] (l’établissement de santé) une convention de mise à disposition de matériel d’appareillage, par laquelle elle s’engageait à mettre gratuitement à la disposition permanente de l’établissement des matériels d’appareillage pour les patients ambulants et titulaires soit d’une carte Vitale, soit d’une attestation de sécurité sociale, qui désiraient être appareillés au sein du service d’urgence ; que la caisse primaire d’assurance maladie du Bas-Rhin (la caisse) a notifié à la société, le 9 mars 2009, un indu correspondant aux facturations établies en exécution de cette convention  ; que cette dernière a saisi d’un recours une juridiction de sécurité sociale ;

Sur le moyen relevé d’office, après avis donné aux parties en application de l’article 1015 du code de procédure civile :


Vu les articles L. 142-1 du code de la sécurité sociale, et 76, alinéa 2, du code de procédure civile, le premier dans sa rédaction antérieure à la loi n° 2016-1547 du 18 novembre 2016, applicable au litige ;

Attendu que les différents relatifs aux sanctions prononcées en application de la convention nationale du 7 août 2002 organisant les rapports entre les trois caisses nationales de l’assurance maladie obligatoire et les prestataires délivrant des dispositifs médicaux, produits et prestations associées inscrits aux titres I et IV de la liste prévue à l’article L. 165-1 du code de la sécurité sociale, qui se rattachent à l’exercice de prérogatives de puissance publique, et dont le contentieux échappe par nature au contentieux général de la sécurité sociale au sens du premier des textes susvisés, relèvent de la juridiction de l’ordre administratif  ;

D’où il suit qu’en annulant la sanction conventionnelle du 24 juin 2009 notifiée à la société, la cour d’appel a excédé sa compétence ;

Et sur le moyen unique, pris en ses quatre premières branches :

Vu les articles D. 5232-6 du code de la santé publique et 11 de la convention nationale du 7 août 2002 organisant les rapports entre les trois caisses nationales de l’assurance maladie obligatoire et les prestataires délivrant des dispositifs médicaux, produits et prestations associées inscrits aux titres I et IV de la liste prévue à l’article L. 165-1 du code de la sécurité sociale, ensemble l’article L. 133-4 du code de la sécurité sociale ;

Attendu, selon les deux premiers de ces textes, que l’activité du prestataire de service et du distributeur de matériel s’exerce dans le respect du libre choix du patient ;

Attendu que pour accueillir le recours, l’arrêt retient que le libre choix du prestataire est respecté par la convention liant l’EURL RB médical services au centre hospitalier de Selestat qui prévoit en son annexe 2 que le matériel mis à disposition est proposé au patient et non imposé, le patient pouvant choisir de ne pas être appareillé, le terme « proposé » étant ensuite repris à plusieurs reprises ; que le chef de service du [...] atteste du libre choix du patient ; que les bons de convenance signés par le patient rappellent que c’est le patient qui choisit ; qu’il n’existe aucune clause d’exclusivité dans la convention signée entre l’EURL RB médical services et le centre hospitalier ;

Qu’en se déterminant ainsi, sans constater que les patients décidant d’être appareillés sur place disposaient d’une liberté de choix de leur prestataire, la cour d’appel a privé sa décision de base légale ;

Et vu les articles L. 411-3 du code de l’organisation judiciaire et 627 du code de procédure civile, et après avis donné aux parties en application de l’article 1015 du code de procédure civile ;

PAR CES MOTIFS, et sans qu’il y ait lieu de statuer sur les autres branches du moyen unique, la Cour :

CASSE ET ANNULE, mais seulement en ce qu’il annule la notification du 8 juin 2009, la mise en demeure du 10 septembre 2009, la sanction conventionnelle du 24 juin 2009 et la décision de la commission de recours amiable du 29 juin 2010 et déboute la caisse de sa demande de répétition de l’indu, l’arrêt rendu le 14 juin 2018, entre les parties, par la cour d’appel de Colmar ;

Dit n’y avoir lieu à renvoi sur la demande d’annulation de la sanction conventionnelle du 24 juin 2009 ;

Dit que les juridictions judiciaires sont incompétentes pour connaître de cette demande ;

Remet, pour le surplus, et dans la limite de la cassation prononcée, la cause et les parties dans l’état où elles se trouvaient avant ledit arrêt et, pour être fait droit, les renvoie devant la cour d’appel de Nancy ;


Président : M. Pireyre
Rapporteur : Mme Vigneras, conseiller référendaire
Avocat général : Mme Ceccaldi
Avocat(s) : SCP Foussard et Froger - SCP Rocheteau et Uzan-Sarano