Arrêt n° 402 du 21 mars 2019 (18-10.019) - Cour de cassation – Deuxième chambre civile – ECLI:FR:CCASS:2019:C200402

Référé

Rejet

Sommaire :
Le jugement d’un juge du tribunal d’instance qui déclare irrecevable la demande de vérification de créances dont il est saisi en application de l’article L. 723-3 du code de la consommation, n’est pas susceptible de faire l’objet d’un pourvoi en cassation, à défaut d’avoir mis fin à l’instance.


Demandeur : M. L... M...
Défendeur(s) : les consorts G...


Sur le moyen unique :

Attendu, selon l’arrêt attaqué (Aix-en-Provence, 5 octobre 2017), qu’à la suite d’inondations subies par M. et Mme G...  sur leur propriété, M. M...  a été condamné, par un jugement du 30 juillet 2013 confirmé par un arrêt du 11 septembre 2014, à supprimer, sous astreinte, un mur de clôture et un remblai édifiés en limite du fonds de M. et Mme G...   ; que par un jugement d’un juge de l’exécution du 23 mai 2017, il a été fait droit à la demande de liquidation de l’astreinte qu’ils avaient présentée ; que M. M...  en a interjeté appel ; que le 5 décembre 2016, il a assigné M. et Mme G...  en référé à fin de voir ordonner une expertise pour faire constater que des travaux réalisés notamment par la commune avaient fait cesser les désordres ;

Attendu que M. M...  fait grief à l’arrêt de dire n’y avoir lieu à référé sur la demande d’expertise et de le condamner à payer à M. et Mme G...  les sommes de 800 euros à titre de dommages-intérêts et 2 500 euros en application de l’article 700 du code de procédure civile ainsi qu’aux dépens alors, selon le moyen :

1°/ que la saisine du juge de l’exécution ne constitue pas un obstacle à la mise en oeuvre d’une mesure d’instruction in futurum ; que sur le fondement de l’article 145 du code de procédure civile, M. M...  a sollicité une expertise en invoquant des faits nouveaux sérieux et étayés, constituant un motif légitime qui justifiait la demande d’expertise comme étant susceptibles de modifier l’appréhension des causes et des possibilités d’inondation sur la propriété de ses voisins tels qu’ils avaient été présentés au tribunal d’instance et à la cour d’appel, qui l’ont condamné à détruire son mur ; qu’en écartant la demande d’expertise au motif qu’une procédure au fond était en cours, alors qu’au jour où elle a statué, seule une procédure d’appel interjeté à l’encontre d’une ordonnance du juge de l’exécution était en cours, qui ne constitue pas une procédure au fond et portait uniquement sur liquidation de l’astreinte, la cour d’appel a violé l’article 145 du code de procédure civile ;

2°/ que s’il existe un motif légitime de conserver ou d’établir avant tout procès la preuve de faits dont pourrait dépendre la solution d’un litige, les mesures d’instruction légalement admissibles peuvent être ordonnées à la demande de tout intéressé, sur requête ou en référé ; que pour justifier sa demande d’expertise, M. M...  a invoqué des faits postérieurs à l’arrêt l’ayant condamné à détruire son mur et son remblai, à savoir des travaux de voirie de grande ampleur réalisés par le département du Var et par la commune de La Garde, préconisés par le bureau d’études hydraulique qu’il avait consulté et qui critiquait les conclusions de l’expert judiciaire ; qu’en rejetant la demande d’expertise sans préciser en quoi ces éléments ne constituaient pas un motif légitime d’établir la preuve de faits pouvant démontrer que les aménagements de la voirie suffisaient à éviter l’inondation de la propriété de M. et Mme G... , la cour d’appel a privé sa décision de base légale au regard de l’article 145 du code de procédure civile ;

3°/ que l’autorité de la chose jugée ne peut être opposée lorsque des événements postérieurs ont modifié la situation antérieurement reconnue en justice ; que M. M...  a invoqué des circonstances nouvelles susceptibles de modifier l’appréciation des causes de l’inondation de la propriété de M. et Mme G... , et donc des travaux propres à y remédier ; qu’en refusant de prendre en compte ces circonstances nouvelles comme pouvant fonder une nouvelle procédure dont l’objet serait de déterminer si les travaux de voirie réalisés par la ville de département permettaient d’écarter la possibilité d’inondation de la propriété de M. et Mme G... , la cour d’appel a violé les articles 1355 du code civil et 480 du code de procédure civile ;

Mais attendu, d’abord, qu’une instance en liquidation d’une astreinte pendante devant un juge de l’exécution fait obstacle à ce qu’une partie saisisse un juge des référés, sur le fondement de l’article 145 du code de procédure civile, pour solliciter une mesure d’instruction destinée à établir la preuve de faits dont pourrait dépendre l’issue du litige pendant devant le juge de l’exécution ;

Et attendu, ensuite, qu’ayant retenu que l’instance en liquidation de l’astreinte faisait obstacle à ce que l’expertise sollicitée soit ordonnée en référé, c’est sans priver sa décision de base légale ni violer les articles 1355 du code civil et 480 du code de procédure civile que la cour d’appel a statué comme elle l’a fait ;

D’où il suit que le moyen, qui manque en droit en sa première branche, n’est pas fondé pour le surplus ;

PAR CES MOTIFS :


REJETTE le pourvoi ;


Président : Mme Flise
Rapporteur : Mme Jollec, conseiller référendaire rapporteur
Avocat général : M. Aparisi, avocat général référendaire
Avocat(s) :
SCP Boulloche, SCP Rousseau et Tapie