Arrêt n°607 du 9 mai 2019 (18-17.847) - Cour de cassation - Deuxième chambre civile
- ECLI:FR:CCASS:2019:C200607

Sécurité sociale, accident du travail

Rejet

Sommaire :
Saisi d’une demande en reconnaissance de la faute inexcusable de l’employeur, le juge n’est pas tenu de recueillir l’avis d’un comité régional de reconnaissance des maladies professionnelles, dès lors qu’il constate que la maladie déclarée, prise en charge par la caisse sur le fondement d’un tableau de maladies professionnelles, ne remplit pas les conditions de ce dernier et que ne sont pas invoquées devant lui les dispositions des troisième ou quatrième alinéas de l’article L. 461-1 du code de la sécurité sociale.


Demandeur (s) : Mme Y...
Défendeur(s) : Caisse primaire d’assurance maladie (CPAM) de Paris ; et autre


Attendu, selon l’arrêt attaqué (Versailles, 5 avril 2018), que salarié de la société Renault (la société) de 1984 à 2010, X... Y... est décédé, le [...], d’un cancer des poumons ; que Mme Y..., sa veuve, a souscrit, le 12 octobre 2010, une déclaration de maladie professionnelle ; que la caisse primaire d’assurance maladie de Paris a, les 12 septembre et 12 octobre 2011, pris en charge l’affection ainsi que le décès au titre du tableau n° 30 bis des maladies professionnelles ; que Mme Y... a saisi une juridiction de sécurité sociale d’une demande en reconnaissance de la faute inexcusable de la société ;

Sur le moyen unique, pris en sa première branche :

Attendu que Mme Y... fait grief à l’arrêt de rejeter son recours, alors, selon le moyen, que saisi d’une contestation relative au caractère professionnel d’une affection désignée par un tableau, le juge qui constate qu’une ou plusieurs conditions relatives au délai de prise en charge, à la durée d’exposition ou à la liste limitative des travaux ne sont pas remplies, ne peut statuer sur l’existence d’un lien de causalité direct entre la maladie et le travail habituel de la victime sans avoir recueilli préalablement l’avis d’un comité régional de reconnaissance de maladies professionnelles qu’ayant constaté qu’il ne disposait pas d’éléments suffisants pour caractériser l’activité de la victime et sa participation à des travaux listés au tableau 30 bis et qu’il était laissé dans l’ignorance du métier qu’elle exerçait précisément, le juge ne pouvait trancher le différend relatif à une prise en charge prévue par l’article L. 461-1, alinéa 3, du code de la sécurité sociale sans recueillir préalablement l’avis d’un comité régional de reconnaissance des maladies professionnelles ; qu’en décidant néanmoins que le caractère professionnel de la maladie et, par voie de conséquence, du décès du salarié n’était pas établi sans provoquer au préalable l’avis d’un comité régional de reconnaissance des maladies professionnelles, la cour d’appel a violé les articles L. 452-1, L. 461-1 et R. 142-24-2 du code de la sécurité sociale ;

Mais attendu que saisi d’une demande en reconnaissance de la faute inexcusable de l’employeur, le juge n’est pas tenu de recueillir l’avis d’un comité régional de reconnaissance des maladies professionnelles, dès lors qu’il constate que la maladie déclarée, prise en charge par la caisse sur le fondement d’un tableau de maladies professionnelles, ne remplit pas les conditions de ce dernier et que ne sont pas invoquées devant lui les dispositions des troisième ou quatrième alinéas de l’article L. 461-1 du code de la sécurité sociale ;

Et attendu qu’ayant relevé que les conditions tenant à la liste des travaux énoncés au tableau n° 30 bis n’étaient pas réunies, la cour d’appel, devant laquelle n’était pas demandé le bénéfice de la reconnaissance individuelle du caractère professionnel de la maladie au sens du troisième alinéa de l’article L. 461-1 du code de la sécurité sociale, a exactement déduit, sans avoir à recueillir l’avis préalable d’un comité régional de reconnaissance des maladies professionnelles, que le caractère professionnel de l’affection de l’intéressé n’était pas établi, de sorte que la demande en reconnaissance de la faute inexcusable devait être rejetée ;

D’où il suit que le moyen n’est pas fondé ;
 
Et attendu qu’il n’y a pas lieu de statuer par une décision spécialement motivée sur le même moyen, pris en sa seconde branche, qui n’est manifestement pas de nature à entraîner la cassation ;

PAR CES MOTIFS :

REJETTE le pourvoi ;


Président : Mme Flise
Rapporteur : Mme Le Fischer, conseiller référendaire
Avocat général : M. de Monteynard
Avocat (s) : SCP Thouvenin, Coudray et Grévy - SCP Célice, Soltner, Texidor et Périer - SCP Gatineau et Fattaccini