Arrêt n° 166 février 2019 (17-27.099) - Cour de cassation – Deuxième chambre civile – ECLI:FR:CCASS:2019:C02166

Rejet

Demandeur(s) : Association hospitalière Nord Artois clinique (AHNAC)
Défendeur(s) :
Institution Humanis prévoyance


Sur le moyen unique, pris en ses première, deuxième, troisième et quatrième branches :

Attendu, selon l’arrêt attaqué (Douai, 14 septembre 2017), que l’Association hospitalière Nord Artois clinique (l’AHNAC), qui avait souscrit auprès de la Capaves prévoyance, aux droits de laquelle est venue Humanis prévoyance, un contrat de prévoyance complémentaire ayant pour objet de garantir collectivement les membres de son personnel contre les risques incapacité, invalidité et décès, ainsi que leurs conjoints et enfants à charge contre les risques décès, invalidité permanente et totale, a notifié le [...] à cette institution sa décision de résilier le contrat au 31 décembre 2010 ; que l’AHNAC n’ayant pas réglé l’indemnité de résiliation dont Humanis prévoyance lui avait demandé le versement sur le fondement des dispositions de l’article 31 de la loi n° 89-1009 du 31 décembre 1989, issu de l’article 26 de la loi n° 2010-1330 du 9 novembre 2010, cette dernière l’a assignée en paiement ;

Attendu que l’AHNAC fait grief à l’arrêt de la condamner à payer à Humanis prévoyance la somme de 435 253 euros, avec intérêts au taux légal à compter du 20 novembre 2012, alors, selon le moyen :

1°/ que les organismes assureurs peuvent répartir les effets de l’article 18 de la loi n° 2010-1330 du 9 novembre 2010 reportant l’âge légal de la retraite à 62 ans sur le niveau des provisions prévues en application des articles 7 et 7-1 de la loi n° 89-1009 du 31 décembre 1989, au titre des contrats, conventions ou bulletins d’adhésion conclus au plus tard à la date de promulgation de la loi n° 2010-1330 du 9 novembre 2010, sur une période de six ans au plus à compter des comptes établis au titre de l’exercice 2010 ; qu’en cas de résiliation au cours de cette période transitoire, une indemnité de résiliation est due par le souscripteur ; que pour condamner l’AHNAC à verser une indemnité de résiliation à Humanis prévoyance au titre de la résiliation du contrat de prévoyance notifiée le 22 septembre 2010 à l’organisme assureur, la cour d’appel a retenu que la résiliation était intervenue au cours de la période transitoire ; qu’en statuant ainsi, cependant que cette période débutait « à compter des comptes établis au titre de l’année 2010 » de sorte que l’année 2010 était nécessairement exclue de la période transitoire et qu’ainsi la résiliation notifiée le 22 septembre 2010 n’ouvrait pas droit à indemnité, la cour d’appel a violé l’article 31 de la loi du 31 décembre 1989, créé par l’article 26 de la loi du 9 novembre 2010 ;

2°/ que, subsidiairement, l’article 31 de la loi n° 89-1009 du 31 décembre 1989, créé par l’article 26 de la loi n° 2010-1330 du 9 novembre 2010, applicable à la cause, porte une atteinte injustifiée ou à tout le moins disproportionnée à la garantie des droits résultant de l’article 16 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen du 26 août 1789 en ce qu’il met à la charge du souscripteur d’un contrat de prévoyance qui a notifié à son assureur la résiliation du contrat à une date antérieure à l’adoption et à l’entrée en vigueur de la loi du 9 novembre 2010 une indemnité de résiliation, cette indemnité remettant en cause les effets que le souscripteur pouvait légitimement attendre d’une situation acquise ; que dès lors, il y a lieu de transmettre une question prioritaire de constitutionnalité au Conseil constitutionnel et à la suite de la déclaration d’inconstitutionnalité qui interviendra en application de l’article 62 de la Constitution, l’arrêt attaqué se trouvera censuré pour perte de fondement juridique ;

3°/ que, subsidiairement, l’article 31 de la loi n° 89-1009 du 31 décembre 1989, créé par l’article 26 de la loi n° 2010-1330 du 9 novembre 2010, porte une atteinte injustifiée ou à tout le moins disproportionnée au droit au maintien de l’économie des conventions légalement conclues découlant des articles 4 et 16 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen du 26 août 1789 en ce qu’il met à la charge du souscripteur d’un contrat de prévoyance qui a notifié à son assureur la résiliation du contrat à une date antérieure à l’adoption et à l’entrée en vigueur de la loi du 9 novembre 2010 une indemnité de résiliation d’un montant potentiellement très conséquent, remettant en cause l’économie de la convention et les effets de sa résiliation initialement prévus ; que dès lors, il y a lieu de transmettre une question prioritaire de constitutionnalité au Conseil constitutionnel et à la suite de la déclaration d’inconstitutionnalité qui interviendra en application de l’article 62 de la Constitution, l’arrêt attaqué se trouvera censuré pour perte de fondement juridique ;

4°/ qu’en toute hypothèse, aux termes de l’alinéa 1er de l’article 1er du protocole additionnel n° 1 à la Convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, toute personne physique ou morale a droit au respect de ses biens, nul ne pouvant être privé de sa propriété que pour une cause d’utilité publique et dans les conditions prévues par la loi et les principes généraux du droit international sous réserve des exceptions prévues à l’alinéa 2 du texte précité ; que la mise à la charge du souscripteur d’un contrat de prévoyance d’une indemnité de résiliation au profit de l’assureur par une loi postérieure à la notification de la résiliation porte une atteinte au droit au respect des biens du souscripteur et à l’exigence de sécurité juridique ; qu’en l’espèce, en mettant à la charge de l’AHNAC qui a notifié à son assureur la résiliation de son contrat à une date antérieure à l’adoption et à l’entrée en vigueur de la loi du 9 novembre 2010 une indemnité de résiliation d’un montant d’un montant de 435 253 euros, indemnité inexistante et non prévisible à la date de notification de la résiliation, la cour d’appel a porté une atteinte injustifiée ou à tout le moins disproportionnée au droit de l’AHNAC au respect de ses biens et partant, a violé l’article 1er, alinéa 1er du protocole additionnel n° 1 à la Convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, ensemble le principe de sécurité juridique  ;

Mais attendu, d’abord, que l’autorité absolue que l’article 62, alinéa 3, de la Constitution confère à une décision du Conseil constitutionnel s’attache non seulement à son dispositif mais aussi à ses motifs, dès lors que ceux-ci sont le support nécessaire de celui-là ; que le Conseil constitutionnel ayant énoncé, dans sa décision n° 2018-728 QPC du 13 juillet 2018, qu’il résulte des dispositions de l’article 31 de la loi n° 89-1009 du 31 décembre 1989, issu de l’article 26 de la loi n° 2010-1330 du 9 novembre 2010, éclairées par les travaux préparatoires, que le législateur a entendu fixer au 1er janvier 2010 le point de départ de la période transitoire de six ans pendant laquelle les organismes assureurs ont la possibilité d’étaler les provisionnements supplémentaires, et que l’indemnité due par le souscripteur en cas de résiliation, prévue par ces dispositions, s’applique aux contrats en cours d’exécution à la date de leur entrée en vigueur, la cour d’appel, qui a retenu que l’AHNAC avait résilié le contrat au 31 décembre 2010, après la promulgation de la loi n° 2010-1330 du 9 novembre 2010 et pendant la période transitoire de six ans, a exactement décidé que celle-ci devait cette indemnité ;

Attendu, ensuite, que le Conseil constitutionnel a, par sa décision n° 2018-728 QPC du 13 juillet 2018, déclaré conformes à la Constitution les dispositions de l’article 31 de la loi n° 89-1009 du 31 décembre 1989, issu de la loi n° 2010-1330 du 9 novembre 2010, contestées par les deuxième et troisième branches ;

Attendu, enfin, que l’AHNAC n’ayant pas invoqué devant la cour d’appel, même en substance, la violation de l’article 1er du premier protocole additionnel de la Convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, le moyen, mélangé de fait et de droit, est nouveau ;

D’où il suit que le moyen, qui est devenu inopérant en ses deuxième et troisième branches et est irrecevable en sa quatrième, n’est pas fondé pour le surplus ;

Et attendu qu’il n’y a pas lieu de statuer sur la dernière branche du moyen, annexé, qui n’est manifestement pas de nature à entraîner la cassation ;

PAR CES MOTIFS
 :

REJETTE le pourvoi ;


Président : Mme Flise
Rapporteur : M. Boiffin

Avocat général : M. Lavigne
Avocat(s) :
SCP Claire Leduc et Solange Vigand-SCP Célice, Soltner, Texidor et Périer