Arrêt n°1388 du 08 novembre 2018 (17-24.850) - Cour de cassation - Deuxième chambre civile - ECLI:FR:CCASS:2018:C201388

Sécurité sociale, contentieux

Rejet

Sommaire :
L’article L. 142-1, alinéa 2, du code de la sécurité sociale ne donne compétence à la juridiction du contentieux général de la sécurité sociale que pour régler les différends auxquels donne lieu l’application des législations et réglementations de sécurité sociale et de mutualité sociale agricole. L’article L. 452-4 du même code ne donne compétence à cette juridiction, saisie par la victime ou ses ayants-droit ou par la caisse primaire d’assurance maladie, que pour connaître de l’existence de la faute inexcusable reprochée à l’employeur et du montant de la majoration des indemnités mentionnées à l’article L. 452-3. Un arrêt irrévocable ayant décidé que l’accident du travail était dû à la faute inexcusable d’un organisme de formation professionnelle, substitué à l’employeur dans la direction du salarié victime, c’est à bon droit qu’une cour d’appel, saisie d’une demande en garantie formulée par l’employeur à l’encontre de cet organisme et de son assureur, a jugé que la juridiction du contentieux général de la sécurité sociale n’était pas compétente pour connaître de cette demande.


Demandeur(s) : Les Amis du plein air ; et autre(s)
Défendeur : Commune du Mans


Sur le moyen unique :

Attendu, selon l’arrêt attaqué (Rennes, 5 juillet 2017), qu’employé par la commune du Mans (l’employeur) dans le cadre d’un contrat emploi-jeune, pour la période du 2 juillet 2002 au 1er juillet 2007, M. X...  a, par une convention signée, le 3 novembre 2003, avec son employeur, bénéficié d’une formation professionnelle dispensée par l’association Les amis du plein air (l’association) ; que M. X...  a été victime, le 7 septembre 2004, d’un accident pris en charge, au titre de la législation professionnelle, par la caisse primaire d’assurance maladie de la Sarthe (la caisse) ; qu’un arrêt irrévocable d’une cour d’appel a reconnu la faute inexcusable de l’association, substituée dans la direction du salarié à l’employeur ; que ce dernier a assigné, devant un tribunal de grande instance, l’association et son assureur, la Mutuelle assurance des instituteurs de France, en remboursement des sommes qui lui seront réclamées au titre des indemnités complémentaires et du surcoût des cotisations consécutif à l’accident du travail ;

Attendu qu’il est fait grief à l’arrêt de rejeter l’exception d’incompétence soulevée par l’association et son assureur, alors, selon le moyen, que dans le cas où un stagiaire de la formation continue victime d’un accident pendant son stage est, dans le même temps, lié par un contrat de travail à un employeur, le centre de formation assume toutefois, en matière d’accidents du travail, les obligations de l’employeur autres que celles relatives au paiement des cotisations, dès lors que les articles L. 6342-5, R. 6342-3 du code du travail, L. 412-8 et R. 412-5 du code de la sécurité sociale, ne distinguent pas selon que le stagiaire est ou non titulaire d’un contrat de travail ; qu’aussi, lorsque l’employeur, lié par contrat de travail avec le stagiaire, a été condamné au titre de la faute inexcusable à rembourser à la caisse les sommes versées au stagiaire victime de l’accident du travail en réparation de ses préjudices, le recours qu’il prétend exercer contre le centre de formation au sein duquel avait lieu le stage n’est pas un recours dirigé contre un tiers, au sens de l’article L. 454-1 du code de la sécurité sociale, mais un recours dirigé contre une personne que l’employeur s’était substituée pendant le stage et qui assume en ce cas, en vertu de la législation professionnelle, les obligations de l’employeur autres que celles relatives au paiement des cotisations ; qu’aussi, un tel recours est nécessairement fondé sur les règles du droit de la sécurité sociale et relève par conséquent de la compétence des juridictions de sécurité sociale ; qu’au cas d’espèce, en décidant au contraire que le recours formé contre l’association Les amis du plein air par la ville du Mans, liée par un contrat de travail (« emploi-jeune ») à M. X... , lequel avait subi un accident du travail alors qu’il effectuait un stage en formation continue organisé par l’association, relevait de la compétence des juridictions de droit commun, la cour d’appel a violé les articles L. 142-1, L. 142-2 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale, ensemble les articles L. 6342-5 et R. 6342-3 du code du travail, L. 412-8 et R. 412-5 du code de la sécurité sociale ;

Mais attendu, d’une part, que l’article L. 142-1, alinéa 2, du code de la sécurité sociale ne donne compétence à la juridiction du contentieux général de la sécurité sociale que pour régler les différends auxquels donne lieu l’application des législations et réglementations de sécurité sociale et de mutualité sociale agricole ; que l’article L. 452-4 du même code ne donne compétence à cette juridiction, saisie par la victime ou ses ayants droit ou par la caisse primaire d’assurance maladie, que pour connaître de l’existence de la faute inexcusable reprochée à l’employeur et du montant de la majoration et des indemnités mentionnées à l’article L. 452-3 ;

Et attendu qu’ayant relevé que la demande en garantie formulée par l’employeur était dirigée contre l’association et son assureur, la cour d’appel en a exactement déduit que la juridiction du contentieux général de la sécurité sociale n’était pas compétente pour statuer ;

D’où il suit que le moyen n’est pas fondé ;

PAR CES MOTIFS :


REJETTE le pourvoi ;


Président : Mme Flise
Rapporteur : Mme Le Fischer, conseiller référendaire
Avocat Général : M. de Monteynard

Avocat (s) : SCP Célice, Soltner, Texidor et Périer, SCP Rocheteau et Uzan-Sarano