Arrêt n° 645 du 09 mai 2018 (16-22.368) - Cour de cassation - Deuxième chambre civile - ECLI:FR:CCASS:2018:C200645

Sécurité sociale

Rejet

Sommaire :

Si les dispositions du dernier alinéa de l’article L. 2333-64 du code général des collectivités territoriales qui excluaient le bénéfice de l’exonération temporaire du versement de transport celles des entreprises dont l’accroissement de l’effectif résultait de la reprise ou de l’absorption d’une entreprise ayant employé dix salariés et plus au cours de l’une des trois années précédentes, ont été abrogées par l’article 48, II, 1°, de la loi n° 2008-776 du 4 août 2008, cette abrogation n’a pas eu pour effet de remettre en cause l’obligation au paiement du versement de transport régulièrement née à une date antérieure. En effet, l’obligation au paiement d’une imposition doit être appréciée au regard des conditions en vigueur à la date de l’exigibilité de celle-ci.


Demandeur : société Perretti
Défendeur : URSSAF d’Auvergne


Attendu, selon l’arrêt attaqué (Riom, 14 juin 2016), qu’estimant s’être acquittée à tort du versement de transport depuis le 1er janvier 2007 au titre des salariés qu’elle emploie dans un établissement situé dans le ressort de l’agglomération clermontoise, la société Peretti (la société) a procédé, sur son bordereau mensuel de cotisations afférent au mois de mai 2012, à la compensation des sommes correspondant aux sommes réglées pour la période du 1er avril 2009 au 31 mars 2012 ; qu’à la suite d’un contrôle, l’URSSAF d’Auvergne a notifié à la société une lettre d’observations suivie, le 15 janvier 2013, d’une mise en demeure pour le paiement du montant du versement de transport impayé ; que la société a saisi d’un recours une juridiction de sécurité sociale ;

Attendu que la société fait grief à l’arrêt de rejeter son recours, alors, selon le moyen, que si la loi nouvelle ne s’applique pas, sauf rétroactivité expressément décidée par législateur, aux actes juridiques conclus antérieurement à son entrée en vigueur, elle s’applique à l’inverse immédiatement aux effets à venir des situations juridiques non contractuelles en cours au moment où elle entre en vigueur ; qu’en l’espèce, si la société Peretti ne pouvait se prévaloir de la dispense de versement de transport prévu par l’article L. 2333-64 du code général des collectivités territoriales, dans sa version en vigueur du 14 décembre 2000 au 6 août 2008, en raison d’un accroissement d’effectif par reprise d’entreprise à compter du 1er janvier 2007, elle pouvait en revanche appliquer cette dispense, conformément à la loi n° 2008-776 du 4 août 2008 ayant abrogé l’exclusion de l’accroissement de l’effectif par reprise d’entreprise de la dispense, du 1er janvier 2009 au 31 décembre 2009 et se prévaloir du paiement dégressif du 1er janvier 2010 au 31 décembre 2012, la loi nouvelle régissant cette situation née avant son entrée en vigueur et non encore définitivement réalisée ; qu’en jugeant l’inverse, aux motifs inopérants que les dispositions instituant des exonérations de cotisations de sécurité sociale sont d’interprétation stricte et que l’application de la loi nouvelle aurait conduit à sa mise en oeuvre rétroactive par l’anéantissement d’une obligation déjà née, la cour d’appel a violé par fausse application l’article 2 du code civil, ensemble l’article L. 2333-64 du code général des collectivités territoriales tel que modifié par la loi n° 2008-776 du 4 août 2008 ;

Mais attendu que l’obligation au paiement d’une imposition doit être appréciée au regard des conditions en vigueur à la date de l’exigibilité de celle-ci ; que si les dispositions du dernier alinéa de l’article L. 2333-64 du code général des collectivités territoriales qui excluaient du bénéfice de l’exonération temporaire du versement de transport celles des entreprises dont l’accroissement de l’effectif résultait de la reprise ou de l’absorption d’une entreprise ayant employé dix salariés et plus au cours de l’une des trois années précédentes, ont été abrogées par l’article 48, II, 1° de la loi n° 2008-776 du 4 août 2008, cette abrogation n’a pas eu pour effet de remettre en cause l’obligation au paiement du versement de transport régulièrement née à une date antérieure ;

Et attendu que l’arrêt constate que la société justifie avoir employé dès le 17 juillet 2006 au moins un salarié exerçant son activité à titre principal sur la zone de transport de l’agglomération clermontoise, qu’elle a créé le 1er janvier 2007 un établissement à Gerzat à la suite du rachat d’une société et a atteint à cette date l’effectif de dix-huit salariés sur le périmètre de transport de l’agglomération clermontoise ;

Que de ces constatations, la cour d’appel a exactement déduit que, l’accroissement du nombre de ses salariés au 1er janvier 2007 étant consécutif à une opération de reprise, la société avait été régulièrement assujettie à cette date au versement de transport et ne pouvait prétendre au bénéfice de l’exonération du versement de transport pour la période litigieuse ;

D’où il suit que le moyen n’est pas fondé ;

PAR CES MOTIFS :

REJETTE le pourvoi ;


Président : Mme Flise
Rapporteur : Mme Brinet

Avocat général : M. Monteynard
Avocat(s) :
SCP Gatineau et Fattaccini, SCP Lyon-Caen et Thiriez