Arrêt n° 198 du 15 février 2018 (17-12.567) - Cour de cassation - Deuxième chambre civile - ECLI:FR:CCASS:2018:C200198

Sécurité sociale, accident du travail

Rejet

Sommaire :

Si la caisse primaire d’assurance maladie est fondée, en application des articles L. 452-2 et L. 452-3 du code de la sécurité sociale, à récupérer auprès de l’employeur le montant des majorations de rente et indemnités allouées à la victime et à ses ayants droit en raison de la faute inexcusable de ce dernier, son action ne peut s’exercer dans le cas où une décision de justice passée en force de chose jugée a reconnu, dans les rapports entre la caisse et l’employeur, que l’accident ou la maladie n’avait pas de caractère professionnel.


Demandeur(s) : la caisse primaire d’ assurance maladie des Vosges

Défendeur(s) : les consorts Y..., et autres


Donne acte à la société Manufacture française des pneumatiques Michelin du désistement de son pourvoi incident éventuel ;

 Sur le moyen unique :

Attendu, selon l’arrêt attaqué (Metz, 8 décembre 2016), rendu sur renvoi après cassation (2e Civ., 7 mai 2015, pourvoi n° 14-14.842), que, salarié de la société Manufacture française des pneumatiques Michelin (l’employeur) depuis le 26 juillet 1971 en qualité de mécanicien-ajusteur, M. Y… est décédé en 2008 ; que le 31 octobre 2008, sa veuve a souscrit une déclaration de maladie professionnelle accompagnée d’un certificat médical initial faisant état d’une pancytopénie ; que cette affection ainsi que le décès ayant été pris en charge par la caisse primaire d’assurance maladie des Vosges (la caisse) au titre du tableau n° 4 des maladies professionnelles, les consorts Y… ont saisi une juridiction de sécurité sociale en reconnaissance de la faute inexcusable de l’employeur ; que, dans une instance distincte, la décision de la caisse a été déclarée inopposable à l’employeur ;

 Attendu que la caisse fait grief à l’arrêt de la débouter de son action récursoire à l’encontre de l’employeur, alors, selon le moyen, que la décision de prise en charge, par la caisse, au titre de la législation professionnelle, d’une maladie est sans incidence sur l’action en reconnaissance de la faute inexcusable ; que dès lors, son inopposabilité prononcée par une décision de justice antérieure ne prive pas la caisse du droit de récupérer sur l’employeur, après reconnaissance de cette faute, les compléments de rente et indemnités versés par elle ; qu’en décidant le contraire, pour débouter la caisse de son action récursoire à l’encontre de l’employeur, la cour d’appel a violé les articles L. 452-2 et L. 452-3 du code de la sécurité sociale ;

 Mais attendu que si la caisse primaire d’assurance maladie est fondée, en application des articles L. 452-2 et L. 452-3 du code de la sécurité sociale, à récupérer auprès de l’employeur le montant des majorations de rente et indemnités allouées à la victime et à ses ayants droit en raison de la faute inexcusable de ce dernier, son action ne peut s’exercer dans le cas où une décision de justice passée en force de chose jugée a reconnu, dans les rapports entre la caisse et l’employeur, que l’accident ou la maladie n’avait pas de caractère professionnel ;

 Et attendu que l’arrêt constate que par un arrêt de la cour d’appel de Nancy du 29 janvier 2014, passé en force de chose jugée, le caractère professionnel de la maladie de M. Y… n’a pas été reconnu dans les rapports entre la caisse et l’employeur ;

Que de ces constatations, la cour d’appel a exactement déduit que la caisse ne pouvait récupérer sur l’employeur, après reconnaissance de sa faute inexcusable, les majorations de rente et indemnités versées par elle ;

 D’où il suit que le moyen n’est pas fondé ;

PAR CES MOTIFS :

REJETTE le pourvoi ;


 Président : Mme Flise

Rapporteur : Mme Taillandier-Thomas, conseiller

Avocat général : Mme Nicolétis

Avocat(s) : SCP Foussard et Froger ; SCP Célice, Soltner, Texidor et Périer