Arrêt n° 1372 du 24 septembre 2015 (14-20.132) - Cour de cassation - Deuxième chambre civile - ECLI:FR:CCASS:2015:C201372

Chose jugée

Rejet


Demandeur(s) : les époux X...

Défendeur(s) : le comptable public d’ Agde, et autres


Sur le moyen unique : 

 

 Attendu, selon l’arrêt attaqué (Montpellier, 19 juin 2014) et les productions, que le Trésor public représenté par le comptable public d’Agde (le Trésor public) ayant, suivant commandement aux fins de saisie immobilière publié le 15 septembre 2004 et dont les effets ont été prorogés par jugement du 29 juin 2007, fait pratiquer une saisie immobilière à l’encontre de M. et Mme X…, l’adjudication de l’immeuble saisi a été prononcée par jugement du 20 octobre 2009 ; qu’un jugement d’incident a donné lieu à un arrêt du 29 octobre 2010 ; que le jugement d’adjudication a été publié le 20 octobre 2011 ; que M. et Mme X…, soutenant que le commandement était périmé, ont assigné le 27 mai 2013 le Trésor public et les adjudicataires de l’immeuble afin d’annulation de la saisie immobilière ; 

 

 Attendu que M. et Mme X… font grief à l’arrêt de déclarer irrecevable leur demande en annulation de la saisie immobilière pratiquée par le Trésor public, alors, selon le moyen : 

 

 1°/ que le juge ne peut relever d’office le moyen tiré de l’autorité de chose jugée sans l’avoir préalablement soumis à la discussion contradictoire des parties ; qu’en ayant relevé, d’office, l’autorité de chose jugée par un jugement sur incident du 20 octobre 2009 et un arrêt du 29 avril 2010 dont les intimés ne s’étaient pas prévalus, sans soumettre au préalable ce moyen à la discussion contradictoire des parties, la cour d’appel a violé l’article 16 du code de procédure civile  ; 

 

 2°/ que l’autorité de la chose jugée n’a lieu que si la chose demandée est la même ; qu’en considérant qu’un arrêt rendu le 29 avril 2010 et un jugement rendu le 20 octobre 2009 avaient pu statuer sur une demande visant à faire reconnaître la péremption d’un commandement de saisie immobilière au 29 juin 2010, la cour d’appel a violé l’article 1351 du code civil ; 

 

 3°/ que l’autorité de chose jugée ne s’applique que si la demande est identique, fondée sur la même cause et formée entre les mêmes parties ; que le jugement du 20 octobre 2009 auquel la cour d’appel fait allusion, distinct du jugement d’adjudication, était un jugement sur incident rendu entre les époux X… et le trésorier principal d’Agde statuant sur la caducité du commandement à défaut pour le jugement de prorogation de comporter une date de prononcé ; qu’en considérant que l’autorité de chose jugée par ce jugement s’opposait à une demande tendant à voir reconnaître la péremption du commandement de saisie au 29 juin 2010 formée entre les époux X… et les adjudicataires de leur maison, la cour d’appel a de nouveau violé l’article 1351 du code civil ; 

 

 4°/ que lorsqu’un commandement de saisie est périmé antérieurement à la publication du jugement d’adjudication, cette publication ne peut faire revivre le commandement périmé et le juge ne peut pas relever les parties des déchéances encourues ; qu’en l’espèce, le commandement de saisie était périmé depuis le 29 juin 2010, le jugement d’adjudication n’ayant été publié que le 20 octobre 2011, soit plus de trois ans après la publication du commandement, comme l’a constaté le tribunal ; qu’en s’étant fondée sur la circonstance que le jugement d’adjudication emportait purge de tous les vices antérieurs, la cour d’appel a statué par un motif inopérant et privé sa décision de base légale au regard des articles 694 et 715 de l’ancien code de procédure civile ; 

 

5°/ que la purge des vices de la procédure antérieure ne peut être constatée en cas de fraude ; qu’à défaut d’avoir recherché, comme elle y était invitée, si une fraude n’était pas avérée, tenant à la consignation tardive du prix et à l’absence de versement de sommes au Trésor public en vue de l’apurement de la dette, dans le but de faire courir les intérêts de retard, la cour d’appel a privé sa décision de base légale au regard de la règle fraus omnia corrumpit  ; 

 

 Mais attendu que lorsque, dans la même instance, il est statué sur les suites d’une précédente décision passée en force de chose jugée, le juge qui retient cette chose jugée pour rejeter des moyens tendant à la remettre en cause n’a pas à provoquer les explications des parties ;

 

 Attendu qu’en relevant d’office la fin de non-recevoir, tirée de l’autorité de la chose précédemment jugée par le jugement du 20 octobre 2009 et l’arrêt du 29 avril 2010, rendus dans la même procédure de saisie immobilière, la cour d’appel n’avait pas à provoquer les explications des parties ; 

 

 Et attendu qu’ayant constaté que le jugement d’adjudication avait été publié le 20 octobre 2011, la cour d’appel a exactement décidé que sa publication emportait purge de tous les vices antérieurs et, procédant à la recherche prétendument omise, souverainement retenu qu’il n’était pas démontré de fraude de la part du saisissant ; que la cour d’appel a, par ces seuls motifs, abstraction faite des motifs surabondants critiqués par les deuxième et troisième branches du moyen unique, légalement justifié sa décision ; 

 

 PAR CES MOTIFS : 

 

 REJETTE le pourvoi ; 

 


Président : Mme Flise

Rapporteur : M. de Leiris, conseiller référendaire

Avocat général : M. Mucchielli

Avocat(s) : SCP Rousseau et Tapie ; SCP Foussard et Froger ; SCP Waquet, Farge et Hazan