Arrêt n° 498 du 26 mars 2015 513-17.257) - Cour de cassation - Deuxième chambre civile - ECLI:FR:CCASS:2015:C200498

Indemnisation des victimes d’infraction

Rejet


Demandeur(s) : Mme Micheline X...

Défendeur(s) : le Fonds de garantie des victimes des actes de terrorisme et d’ autres infractions


Sur le moyen unique :

 

 Attendu, selon l’arrêt attaqué (Aix-en-Provence, 3 octobre 2012), que, le 23 mai 2008, M. Y…, gendarme, a fait usage de son arme de service, blessant à mort Joseph X… qui tentait de s’évader des locaux dans lesquels il était gardé à vue dans le cadre d’une procédure criminelle ; que, par arrêt du 1er décembre 2009, la chambre de l’instruction de la cour d’appel d’Aix-en-Provence a mis en accusation M. Y… du chef de violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner, commises par une personne dépositaire de l’autorité publique dans l’exercice ou à l’occasion de l’exercice de ses fonctions, et l’a renvoyé devant la cour d’assises du Var ; que, par un arrêt du 17 septembre 2010, devenu définitif, la cour d’assises a acquitté M. Y… ; que, le 25 janvier 2010, Mme Micheline X…, mère de Joseph X…, a saisi une commission d’indemnisation des victimes d’infractions aux fins d’indemnisation de son préjudice moral ;

 

 Attendu que Mme Micheline X… fait grief à l’arrêt de dire que les faits à l’origine du décès de Joseph X… ne présentent pas le caractère matériel d’une infraction et, en conséquence, de rejeter ses demandes en indemnisation, alors, selon le moyen, que toute personne ayant subi un préjudice résultant de faits volontaires ou non qui présentent le caractère matériel d’une infraction peut obtenir la réparation intégrale des dommages qui résultent des atteintes à la personne ; que, pour l’application de cette règle, qui institue en faveur des victimes un mode de réparation autonome répondant à des règles qui lui sont propres, l’infraction n’est prise en considération qu’en tant qu’élément objectif indépendamment de la personne de son auteur ; que, partant, dès lors que les éléments matériels de l’infraction sont objectivement réunis, est indifférente la circonstance que l’auteur des faits ait pu être acquitté en application d’une cause de non-imputabilité, telle que le couvert de la loi ou le commandement de l’autorité légitime ; que, dès lors, en l’espèce, en ne se fondant que sur cette seule cause de non-imputabilité, qui avait été retenue au bénéfice de M. Y…, pour considérer que les faits de violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner, pour lesquels il avait été poursuivi, n’étaient pas susceptibles de constituer l’élément matériel d’une quelconque infraction pénale et qu’en conséquence, les ayants droit de sa victime, M. X…, ne pouvaient solliciter une indemnisation, la cour d’appel a violé, par refus d’application, l’article 706-3 du code de procédure pénale et, par fausse application, l’article 122-4 du code pénal ;

 

 Mais attendu que ne présentent pas le caractère matériel d’une infraction, au sens de l’article 706-3 du code de procédure pénale, les faits pour lesquels leur auteur bénéficie de la cause d’irresponsabilité pénale prévue par l’article 122-4, alinéa 1, du code pénal, selon lequel n’est pas pénalement responsable la personne qui accomplit un acte prescrit ou autorisé par des dispositions législatives ou réglementaires ;

 

 Et attendu qu’ayant constaté que bien que les parties ne produisent pas l’arrêt de la cour d’assises, elles s’accordent à reconnaître que le gendarme Y… a bénéficié de la cause d’irresponsabilité pénale prévue par l’article 122-4, alinéa 1, du code pénal, la cour d’appel a décidé à bon droit que Mme X… n’était pas fondée à demander réparation de son préjudice sur le fondement de l’article 706-3 du code de procédure pénale ;

 

 D’où il suit que le moyen n’est pas fondé ;

 

 PAR CES MOTIFS :

 

 REJETTE le pourvoi ;

 


Président : Mme Flise

Rapporteur : Mme Lazerges, conseiller référendaire

Avocat général : M. Lautru

Avocat(s) : SCP Spinosi et Sureau ; SCP Delaporte, Briard et Trichet