Arrêt n° 816 du 21 mai 2015 (14-18.339) - Cour de cassation - Deuxième chambre civile - ECLI:FR:CCASS:2015:C200816

Chose jugée

Cassation sans renvoi


Demandeur(s) : le Fonds de garantie des victimes des actes de terrorisme et d’autres infractions (FGTI)

Défendeur(s) : Mme Béatrice X...


Sur le moyen unique :

 

 Vu les articles 1351 du code civil et 4 du code de procédure pénale, ensemble l’article 706-3 de ce code ;

 

 Attendu que les décisions pénales ont, au civil, autorité absolue relativement à ce qui a été jugé quant à l’existence de l’infraction et à la culpabilité de la personne poursuivie ;

 

 Attendu, selon l’arrêt attaqué, qu’un accusé renvoyé devant une cour d’assises du chef de viol commis sur la personne de Mme X… a été acquitté ; qu’après cet acquittement, cette dernière a saisi une commission d’indemnisation des victimes d’infraction (CIVI) d’une demande en réparation du préjudice causé par cette infraction ;

 

 Attendu que pour accueillir cette demande, l’arrêt énonce que la cour d’assises n’a pas acquitté l’accusé au motif que les faits de viol n’étaient pas constitués mais seulement en raison de la réponse négative apportée à la question de savoir si ce dernier était coupable d’avoir à … dans la nuit du 20 au 21 novembre 2006 commis sur la personne de Mme X… par violence, contrainte, menace ou surprise un acte de pénétration sexuelle ; qu’aucune indication ne peut être tirée de cette décision quant à la matérialité de l’infraction elle-même ; qu’on ne peut considérer que l’arrêt de la cour d’assises impose à la CIVI de constater que les faits ne présentent pas le caractère d’une infraction ; que les constatations matérielles et objectives sur la personne de Mme X… démontrent que cette dernière a été victime en ce lieu et à cette date de faits présentant le caractère matériel d’un viol même si la cour d’assises a pu considérer que l’accusé n’aurait pas eu conscience du désaccord de celle-ci pour la relation sexuelle qu’il a reconnue avoir eu avec elle ; que l’hypothèse non vérifiée selon laquelle cette dernière aurait été victime, après cette relation sexuelle, de l’intervention d’un autre homme qui l’aurait agressée et violée est sans incidence sur la matérialité des faits ;

 

 Qu’en statuant ainsi, en estimant rapportée la preuve de faits présentant le caractère matériel d’un viol, alors qu’il résultait de ses propres constatations que la seule personne mise en cause par Mme X… pour l’avoir violée avait été acquittée par une décision définitive, la cour d’appel a violé les textes susvisés ;

 

 Et vu l’article 627 du code de procédure civile, après avis donné aux parties en application de l’article 1015 du même code ;

 

 PAR CES MOTIFS :

 

 CASSE ET ANNULE, dans toutes ses dispositions, l’arrêt rendu le 20 février 2014, entre les parties, par la cour d’appel de Bordeaux ;

 

 DIT n’y avoir lieu à renvoi ;

 

 Déclare irrecevable la demande en dommages-intérêts de Mme X… ;

 

 


Président : Mme Flise

Rapporteur : M. Becuwe, conseiller référendaire

Avocat général : M. Lautru

Avocat(s) : SCP Delaporte, Briard et Trichet ; SCP Garreau, Bauer-Violas et Feschotte-Desbois