Arrêt n° 723 du 7 mai 2015 (14-14.713) - Cour de cassation - Deuxième chambre civile - ECLI:FR:CCASS:2015:C200723

Sécurité sociale, assurances sociales

Cassation


Demandeur(s) : la caisse primaire d’ assurance maladie de l’ Essonne

Défendeur(s) : M. Philippe X..., et autre


Donne acte à la caisse primaire d’assurance maladie de l’Essonne du désistement de son pourvoi en ce qu’il est dirigé à l’encontre du ministre chargé de la sécurité sociale ;

 

 Sur le moyen unique, pris en sa deuxième branche :

 

 Vu les articles R. 315-2 et D. 315-3 du code de la sécurité sociale ;

 

 Attendu, selon le premier de ces textes, qu’à l’issue de l’analyse de l’activité d’un professionnel de santé à laquelle peut procéder le service du contrôle médical en application du IV de l’article L. 315-1, la caisse notifie au professionnel concerné les griefs retenus à son encontre par lettre recommandée avec demande d’avis de réception, l’intéressé pouvant demander à être entendu par le service de contrôle médical dans le délai d’un mois qui suit la notification des griefs ; qu’en application du second, la caisse est réputée avoir renoncé à poursuivre le professionnel de santé contrôlé si elle ne l’informe pas des suites qu’elle envisage de donner aux griefs initialement notifiés dans un délai de trois mois à compter de l’expiration des délais prévus au second alinéa de l’article D. 315-2 ou, à défaut, du délai d’un mois mentionné à l’article R. 315-1-2 ;

 

 Attendu, selon le jugement attaqué, rendu en dernier ressort, que M. X…, chirurgien-dentiste d’exercice libéral, a été l’objet, en 2011, d’un contrôle de son activité par le service du contrôle médical du régime général ; que ce contrôle ayant révélé des anomalies dans la tarification de certains des soins dispensés, la caisse primaire d’assurance maladie de l’Essonne (la caisse) lui a notifié un indu, le 29 février 2012 ; que l’intéressé a saisi d’un recours une juridiction de sécurité sociale ;

 

 Attendu que pour accueillir ce dernier et dire la caisse irrecevable à poursuivre le recouvrement de l’indu litigieux, le jugement retient, après avoir rappelé les dispositions de l’article D. 315-3 du code de la sécurité sociale, que celles-ci sont destinées à garantir le respect des droits de la défense et le principe de sécurité juridique dans le cadre de la procédure d’analyse de l’activité et qu’elles impliquent, pour être effectives, que la notification de suites contentieuses adressée au professionnel de santé lui permette, dans le délai de trois mois prévu par le règlement, d’être clairement informé de la nature et de la cause des griefs finalement retenus contre lui ; qu’il relève qu’un entretien a eu lieu le 25 juillet 2011 à propos de plus de sept cents anomalies constatées dans l’activité de M. X… ; que le compte-rendu de cet entretien a été adressé par la caisse le 1er août 2011 et retourné par M. X… le 12 août 2011, date à laquelle le délai de trois mois prévu par l’article D. 315- 3 a commencé à courir ; que par courrier du 30 août 2011, la caisse a informé M. X… qu’elle entendait donner des suites contentieuses aux anomalies retenues à l’issue de l’entretien, sans en préciser clairement la nature et la cause ; qu’un tel courrier, impropre à garantir les droits de la défense, ne saurait être considéré comme suffisant à satisfaire la règle prévue par l’article susvisé ; que ce n’est que par la notification du 29 février 2012 relative à un indu ne portant, en définitive, que sur soixante-cinq anomalies pour un montant total de 1 218,76 euros, que M. X… a été effectivement informé de la nature et de la cause des griefs retenus contre lui par la caisse et mis en mesure de préparer sa défense ; que cette notification étant intervenue plus de trois mois après l’expiration des délais prévus à l’article D. 315- 2, il s’ensuit que la caisse est réputée avoir renoncé à poursuivre le professionnel de santé contrôlé ;

 

 Qu’en statuant ainsi, alors que les griefs n’ont à être notifiés au professionnel de santé qu’à l’issue de l’analyse de son activité, le tribunal a violé les textes susvisés ;

 

 PAR CES MOTIFS, et sans qu’il y ait lieu de statuer sur les autres branches du moyen :

 

 CASSE ET ANNULE, en toutes ses dispositions, le jugement rendu entre les parties, par le tribunal des affaires de sécurité sociale d’Evry ; remet, en conséquence, la cause et les parties dans l’état où elles se trouvaient avant ledit jugement et, pour être fait droit, les renvoie devant le tribunal des affaires de sécurité sociale de Paris ;


 Président : Mme Flise

Rapporteur : Mme Le Fischer, conseiller référendaire

Avocat général : Mme Lapasset, avocat général référendaire

Avocat(s) : Me Foussard ; SCP Piwnica et Molinié