Arrêt n° 1110 du 25 juin 2015 (14-21.972) - Cour de cassation - Deuxième chambre civile - ECLI:FR:CCASS:2015:C201110

Responsabilité délictuelle ou quasi-délictuelle

Rejet


Demandeur(s) : le Fonds de garantie des victimes des actes de terrorisme et d’autres infractions (FGTI)

Défendeur(s) : Mme Margaux X...


Sur le moyen unique : 

 

 Attendu, selon l’arrêt attaqué (Rennes, 2 juillet 2014), que Mme X… a été victime de violences volontaires commises par son concubin, M. Y…, les 5 février 2006, 1er janvier 2007, 29 avril 2007 et 13 mai 2007 ; que M. Y… ayant été définitivement condamné par la juridiction correctionnelle à payer à Mme X… la somme de 189 449 euros après déduction d’une provision de 3 000 euros déjà allouée, celle-ci a saisi une commission d’indemnisation des victimes d’infraction ;

 

 Attendu que le Fonds de garantie des victimes des actes de terrorisme et d’autres infractions (FGTI) fait grief à l’arrêt d’accueillir cette demande et dire que ces sommes seront versées directement par celui-ci conformément à l’article R. 50-24 du code de procédure pénale, alors, selon le moyen : 

 

 1°/ quil ne peut être fait droit à une demande d’indemnisation d’un événement futur favorable qu’à la condition que cet événement ne soit pas simplement virtuel et hypothétique ; qu’il s’évince des constatations de l’arrêt que M. Z… a conclu que Mme X… ne subissait pas un retentissement professionnel ou scolaire puisqu’elle n’exerçait à l’époque des faits aucune activité professionnelle ou estudiantine ; qu’en énonçant néanmoins qu’il convenait de prendre en compte pour l’avenir la privation de ressources professionnelles engendrées par le dommage en se référant à une indemnisation par estimation et qu’à ce titre, au vu des bulletins trimestriels et de l’attestation du directeur du lycée du … selon laquelle Mme X… avait très largement la possibilité de poursuivre ses études et d’envisager d’obtenir au moins un diplôme de type baccalauréat, Mme X… avait d’autres possibilités que de percevoir une allocation « adulte handicapé », qu’elle avait un potentiel et qu’elle pourrait prétendre à un emploi rémunéré lui procurant un gain mensuel égal au minimum au SMIC, la cour d’appel a indemnisé un préjudice simplement virtuel et hypothétique et a violé l’article 706-3 du code de procédure pénale, ensemble le principe de la réparation intégrale sans perte ni profit pour la victime ; 

 2°/ que dans ses conclusions d’appel signifiées le 1er octobre 2013, le FGTI faisait valoir que si l’attestation du directeur du lycée du 14 décembre 2009 précisait que la victime avait très largement la possibilité en fin d’année scolaire 2004/2005 d’obtenir un diplôme de baccalauréat, celle-ci admettait avoir cessé d’assister au cours et décidé au mois de février 2005 d’abandonner sa scolarité en quittant l’établissement ce qui procédait d’un choix délibéré de sa part ; qu’il s’en déduisait qu’aucun élément ne permettait d’objectiver l’existence d’un préjudice pour perte de gains professionnels futurs en relation causale avec les faits objets de la procédure ; qu’en indemnisant un préjudice pour perte de gains professionnels futurs en prenant en compte la possibilité pour Mme X… d’envisager d’obtenir le baccalauréat, sans nullement s’expliquer sur ce point sinon de nature à compromettre les chances d’obtenir ce diplôme, à tout le moins de rendre ambiguë la volonté de Mme X… de l’obtenir, la cour d’appel n’a pas légalement justifié sa décision au regard de l’article 706-3 du code de procédure pénale et du principe de la réparation intégrale sans perte ni profit pour la victime  ; 

 

 Mais attendu qu’ayant relevé, par motifs propres et adoptés, que s’agissant des pertes de gains futurs, si l’expert judiciaire a effectivement conclu que Mme X… ne subissait pas un retentissement professionnel ou scolaire puisqu’elle n’exerçait à l’époque des faits aucune activité professionnelle ou estudiantine, les jeunes victimes ne percevant pas à la date du dommage de gains professionnels, il est évident qu’à 18 ans, celle-ci n’était pas destinée à rester inactive toute sa vie et qu’elle pouvait au moins prétendre à un salaire équivalent au SMIC, qu’elle était une bonne élève, et que le directeur du lycée attestait qu’elle avait très largement la possibilité de poursuivre ses études et d’envisager d’obtenir au moins un diplôme de type baccalauréat, ce dont il résulte qu’elle avait un potentiel et qu’elle pouvait prétendre à un emploi rémunéré, la cour d’appel n’a pas réparé un préjudice virtuel et hypothétique en allouant à Mme X… une indemnité réparant l’incidence professionnelle du dommage subi ; 

 

 D’où il suit que le moyen, qui manque en fait en sa seconde branche, n’est pas fondé pour le surplus ;

 

 PAR CES MOTIFS :

 

 REJETTE le pourvoi ;

 


Président : Mme Aldigé, conseiller doyen faisant fonction de président

Rapporteur : M. Kriegk, conseiller

Avocat général : M. Lavigne

Avocat(s) : SCP Delaporte, Briard et Trichet ; SCP Rocheteau et Uzan-Sarano