Arrêt n° 477 du 28 mars 2013 (12-17.548) - Cour de cassation - Deuxième chambre civile - ECLI:FR:CCASS:2013:C200477

Accident de la circulation

Cassation


Demandeur(s) : Mme Jessica X...

Défendeur(s) : la société Pacifica, et autre


Attendu, selon l’arrêt attaqué, que le 10 juillet 2003, Mme X…, assise sur les marches du perron de son habitation, a été percutée et blessée par le véhicule automobile dont elle était propriétaire, mis en mouvement par son frère, Jonathan X…, âgé de treize ans, qui, assis dans ce véhicule, avait actionné la clef du démarreur alors qu’une vitesse était restée enclenchée ; qu’elle a assigné en indemnisation la société Pacifica, assureur du véhicule, en présence de la caisse primaire d’assurance maladie des Ardennes (la caisse) ;

 

 Sur le moyen unique, pris en sa première branche :

 

 Vu l’article 1er de la loi n° 85-677 du 5 juillet 1985 ;

 

 Attendu que, pour débouter Mme X… de ses demandes, l’arrêt énonce que Jonathan n’a à aucun moment eu l’intention de déplacer le véhicule, souhaitant seulement écouter la radio ; que le geste fortuit ayant déclenché par mégarde la mise en marche du moteur ne peut être assimilé à un fait de circulation, ce qui interdit l’application de cette loi ;

 

 Qu’en exigeant ainsi la preuve de l’intention de déplacer le véhicule, la cour d’appel, qui a ajouté à la loi une condition qu’elle ne comporte pas, a violé le texte susvisé ;

 

 Sur le moyen unique, pris en sa deuxième branche :

 

 Vu l’article 1er de la loi n° 85-677 du 5 juillet 1985 ;

 

 Attendu que, pour débouter Mme X… de ses demandes, l’arrêt énonce que n’acquiert pas la qualité de conducteur le passager d’une voiture à l’arrêt qui actionne la clé de contact pour mettre en marche l’auto-radio ; que c’est dans ces conditions que Jonathan X…, âgé de 13 ans au moment de l’accident, a fortuitement mis en marche la voiture de sa soeur ;

 

 Qu’en se déterminant ainsi, tout en constatant que Jonathan X… avait actionné le démarreur et que sa manoeuvre avait mis la voiture en mouvement, la cour d’appel, qui n’a pas tiré les conséquences légales de ses constatations, a violé le texte susvisé ;

 

 Et, sur le moyen unique, pris en sa sixième branche :

 

 Vu les articles L. 124-3 et L. 211-1 du code des assurances ;

 

 Attendu, selon le premier de ces textes, que le tiers lésé dispose d’un droit d’action directe à l’encontre de l’assureur garantissant la responsabilité civile de la personne responsable ; et qu’il résulte du second que toute personne physique dont la responsabilité peut être engagée en raison de dommages subis par des tiers résultant d’atteintes aux personnes ou aux biens dans la réalisation desquels un véhicule est impliqué, doit, pour faire circuler celui-ci, être couverte par une assurance garantissant cette responsabilité, que les contrats d’assurance couvrant cette responsabilité doivent également couvrir la responsabilité civile de toute personne ayant la garde ou la conduite, même non autorisée, du véhicule, ainsi que la responsabilité civile des passagers du véhicule objet de l’assurance ;

 

 Attendu que l’arrêt énonce que l’action engagée par Mme X… et, partant, la demande de remboursement de ses débours formée par la caisse, ne pourraient prospérer, faute de mise en cause du tiers débiteur de l’indemnisation ;

 

 Qu’en statuant ainsi, alors que l’assureur du véhicule était en la cause, la cour d’appel, qui n’a pas tiré les conséquences légales de ses propres constatations, a violé les textes susvisés ;

 

 PAR CES MOTIFS, et sans qu’il y ait lieu de statuer sur les autres branches du moyen :

 

 CASSE ET ANNULE, dans toutes ses dispositions, l’arrêt rendu le 14 février 2012, entre les parties, par la cour d’appel de Reims ; remet, en conséquence, la cause et les parties dans l’état où elles se trouvaient avant ledit arrêt et, pour être fait droit, les renvoie devant la cour d’appel de Nancy ;

 


Président : Mme Flise

Rapporteur : Mme Fontaine, conseiller référendaire

Avocat général : M. Girard

Avocat(s) : SCP Odent et Poulet ; Me Balat