Arrêt n° 827 du 28 avril 2011 (10-16.403) - Cour de cassation - Deuxième chambre civile

Assurance (règles générales)

Cassation


Demandeur(s) : la société Sogea Caroni, société par actions simplifiée

Défendeur(s) : la société Axa Corporate solutions, société anonyme


Attendu, selon l’arrêt attaqué, qu’en août et octobre 2000 des incidents ont affecté une station de pompage construite par la société Sogea Nord, devenue Sogea Caroni (la société) ; que le maître de l’ouvrage lui ayant réclamé le paiement d’indemnités contractuelles, elle a déclaré le sinistre à son assureur responsabilité civile, la société Axa Corporate solutions (l’assureur) ; que le 3 avril 2001 la société a indemnisé le maître de l’ouvrage par déduction des pénalités de retard du montant des travaux ; que l’assureur ayant refusé de prendre en charge le sinistre, au motif notamment que la réclamation ne concernait pas un préjudice immatériel subi par le tiers lésé, la société l’a fait assigner par acte du 15 septembre 2003 ;

 

Attendu que la seconde branche du moyen unique n’est pas de nature à permettre l’admission du pourvoi ;

 

Mais, sur le moyen unique, pris en sa première branche, qui est recevable :

 

Vu l’article R. 112-1 du code des assurances ;

 

Attendu qu’aux termes de ce texte les polices d’assurance relevant des branches 11 à 17 de l’article R. 321-1 du code des assurances doivent rappeler les dispositions des titres Ier et II, du livre Ier de la partie législative du code des assurances concernant la prescription des actions dérivant du contrat d’assurance ; qu’il en résulte que l’assureur est tenu de rappeler dans le contrat d’assurance, sous peine d’inopposabilité à l’assuré du délai de prescription édicté par l’article L. 114-1 du même code, les différents points de départ du délai de la prescription biennale prévus à l’article L. 114-2 de ce code ;

 

Attendu que, pour déclarer irrecevable comme prescrite l’action engagée par la société contre l’assureur, l’arrêt retient que le titre VII des conditions générales de la police d’assurance souscrite, intitulé "prescription", stipule "toute action dérivant du présent contrat est prescrite par deux ans. Ce délai commence à courir du jour de l’événement qui donne naissance à cette action, dans des conditions déterminées par l’article L. 114-1 du code des assurances. La prescription est interrompue par une des causes ordinaires d’interruption de la prescription et par la désignation d’un expert à la suite d’un sinistre. L’interruption de l’action peut, en outre, résulter de l’envoi d’une lettre recommandée avec avis de réception adressée par la société apéritrice au souscripteur en ce qui concerne l’action en paiement de la prime et par le souscripteur à la société apéritrice en ce qui concerne le règlement de l’indemnité" ; que l’article 8.6 des conditions particulières de ce contrat informe, quant à lui, l’assuré de l’existence de cette prescription biennale propre au droit des assurances en renvoyant aux dispositions des articles L. 114-1 et L. 114-2 du code des assurances ; que par cette information sur la prescription encourue l’assureur a satisfait à la volonté du législateur ; que le délai de prescription a donc couru à compter de l’indemnisation du tiers lésé, le 3 avril 2001 ;

 

Qu’en statuant ainsi, alors que le contrat ne rappelait pas que, quand l’action de l’assuré contre l‘assureur a pour cause le recours d’un tiers, le délai de la prescription court du jour où ce tiers a exercé une action en justice contre l’assuré ou a été indemnisé par ce dernier, la cour d’appel a violé le texte susvisé ;

 

PAR CES MOTIFS :

 

CASSE ET ANNULE, dans toutes ses dispositions, l’arrêt rendu le 19 janvier 2010, entre les parties, par la cour d’appel de Paris ; remet, en conséquence, la cause et les parties dans l’état où elles se trouvaient avant ledit arrêt et, pour être fait droit, les renvoie devant la cour d’appel de Versailles ;

 


Président : M. Loriferne

Rapporteur : Mme Fontaine, conseiller référendaire

Avocat(s) : SCP Delaporte, Briard et Trichet ; SCP Boutet