Arrêt n°102 du 20 janvier 2021 (19-21.755) - Cour de cassation - Chambre sociale - ECLI:FR:CCASS:2021:SO00102

Statut collectif du travail

Cassation partielle

Sommaire :
Il résulte de l’article 5.2 de l’avenant n° 2 du 5 février 2007 « relatif à l’aménagement du temps de travail » à la convention collective nationale des hôtels, cafés restaurants (HCR) du 30 avril 1997 que le salarié, rémunéré par un pourcentage sur le service calculé sur le chiffre d’affaires, ne peut prétendre qu’à la majoration applicable aux heures supplémentaires effectuées et non au paiement de ces heures qui sont réputées être payées par les pourboires.


Demandeur(s) : société Café du Trocadéro, société en nom collectif

Défendeur(s) : M. J... I... ; et autre


Faits et procédure

1. Selon l’arrêt attaqué (Paris, 2 juillet 2019), M. I... a été engagé à compter du 6 novembre 2002, par la société Café du Trocadéro en qualité de chef de rang, échelon 1, niveau II, de la convention collective des hôtels, cafés, restaurants, moyennant une rémunération au pourcentage sur le service.

2. Il a été placé en arrêt maladie à compter du 29 septembre 2014, le caractère professionnel de la pathologie ayant été reconnu par la caisse primaire d’assurance maladie le 24 mars 2015.

3. Après avoir été licencié le 21 février 2015 pour inaptitude et impossibilité de reclassement, il a saisi la juridiction prud’homale pour contester cette rupture et obtenir la condamnation de son employeur à lui verser, outre un rappel de salaire au titre des heures supplémentaires effectuées, diverses sommes à titre d’indemnités de rupture et de dommages-intérêts.

Examen des moyens

[...]

Mais sur le premier moyen, pris en sa première branche

Enoncé du moyen

12. L’employeur fait le même grief à l’arrêt, alors « qu’il était constant aux débats que le salarié était rémunéré exclusivement au « pourcentage service » ; que ce mode de rémunération inclut par nature, ainsi que le rappelle l’article 5.2 de l’avenant n° 2 du 5 février 2007 « relatif à l’aménagement du temps de travail » à la convention collective nationale des hôtels, cafés restaurants (HCR) du 30 avril 1997, le paiement des heures supplémentaires effectuées sauf à y ajouter le paiement des seules majorations applicables auxdites heures, et sous réserve de l’application des minima conventionnels appliqués aux heures de travail effectuées ; qu’en jugeant que le salarié pouvait prétendre, en raison des heures supplémentaires effectuées, non pas seulement à la majoration du « pourcentage service » à due proportion mais au paiement intégral d’un rappel d’heures supplémentaires, la cour d’appel a méconnu les conséquences légales de ses propres constatations et a violé les articles L. 3121-10 et suivants du code du travail dans leur rédaction applicable à la cause, ensemble les articles L. 3244-1 et L. 3244-2 du même code et l’article 5.2 de l’avenant n° 2 du 5 février 2007 « relatif à l’aménagement du temps de travail » à la convention collective nationale des hôtels, cafés restaurants (HCR) du 30 avril 1997. »

Réponse de la Cour

Vu les articles L. 3244-1 et L. 3244-2 du code du travail et l’article 5.2 de l’avenant n° 2 du 5 février 2007 « relatif à l’aménagement du temps de travail » à la convention collective nationale des hôtels, cafés restaurants (HCR) du 30 avril 1997 :

13. Aux termes du premier de ces textes, dans tous les établissements commerciaux où existe la pratique du pourboire, toutes les perceptions faites pour le service par l’employeur sous forme de pourcentage obligatoirement ajouté aux notes des clients ou autrement, ainsi que toutes sommes remises volontairement par les clients pour le service entre les mains de l’employeur, ou centralisées par lui, sont intégralement versées au personnel en contact avec la clientèle.

14. Selon le deuxième, ces sommes ne doivent pas être confondues avec le salaire fixe, ni lui être substituées, sauf dans le cas où un salaire minimum a été garanti par l’employeur.

15. Il résulte enfin du troisième de ces textes que, pour les salariés rémunérés au service en application des articles L. 3244-1 et L. 3244-2 du code du travail, la rémunération tirée du pourcentage service calculé sur le chiffre d’affaires est réputée rémunérer l’intégralité des heures de travail et que l’entreprise doit, toutefois, ajouter au pourcentage service le paiement des majorations prévues à l’article 4 de l’avenant du 5 février 2007 au titre des heures supplémentaires exécutées, la rémunération du salarié payé au pourcentage service ainsi composée devant être au moins égale au salaire minimal de référence dû en application de la grille de salaire et en raison de la durée de travail effectuée, augmenté des majorations afférentes aux heures supplémentaires.

16. Pour condamner la société à payer une somme à titre de rappel d’heures supplémentaires incluant le paiement des heures de travail et des majorations applicables, l’arrêt retient qu’il ne se déduit pas des dispositions de l’article L. 3244-1 du code du travail invoquées par l’employeur que les pourboires versés au salarié se substituent aux heures supplémentaires effectuées par le salarié régies par l’avenant de la convention collective n° 2 du 5 février 2007 relatif à l’aménagement du temps de travail.

17. En statuant ainsi, alors que le salarié rémunéré par un pourcentage sur le service ne peut prétendre qu’à la majoration applicable aux heures supplémentaires effectuées, et non au paiement de ces heures qui sont réputées être payées par les pourboires, la cour d’appel a violé les textes susvisés.

[...]

PAR CES MOTIFS, et sans qu’il y ait lieu de statuer sur les autres griefs, la Cour :

CASSE ET ANNULE, mais seulement en ce qu’il fixe le salaire mensuel de M. I... à 7 649,50 euros et condamne la société Café du Trocadéro à lui payer les sommes de 77 452,64 euros à titre de rappel d’heures supplémentaires et 7 745,26 euros au titre des congés payés afférents, 43 134,68 euros au titre de la dissimulation d’emploi,15 299 euros en deniers ou quittance à titre d’indemnité de préavis, 1 529,90 euros en deniers ou quittance au titre des congés payés afférents et 43 131,68 euros en deniers ou quittance à titre d’indemnité de licenciement, l’arrêt rendu le 2 juillet 2019, entre les parties, par la cour d’appel de Paris ;

Remet, sur ces points, l’affaire et les parties dans l’état où elles se trouvaient avant cet arrêt et les renvoie devant la cour d’appel de Paris autrement composée ;


Président : M. Cathala
Ra
pporteur : Mme Mariette
Avocat général : M. Desplan
Avocat(s) : SCP Célice, Texidor, Périer - SCP Gatineau, Fattaccini et Rebeyrol