Arrêt n°846 du 30 septembre 2020 (18-25.583) - Cour de cassation - Chambre sociale - ECLI:FR:CCASS:2020:SO00846

Statut collectif du travail

Cassation partielle

Sommaire :
L’article 2, 4, de l’accord du 5 mars 2013 relatif aux salaires minimaux garantis pour l’année 2013, l’article 2, IV, de l’accord du 22 janvier 2014 relatif aux salaires minimaux pour l’année 2014, l’article 2, IV, de l’accord du 27 janvier 2015 relatif aux salaires annuels minimaux pour l’année 2015, attachés à la convention collective nationale des ingénieurs et cadres de la métallurgie du 13 mars 1972 , intitulés barème pour un forfait en jours sur l’année, déterminent le barème des appointements minimaux annuels garantis pour l’année concernée, base 218 jours, pour les ingénieurs et cadres à temps complet quel que soit le nombre de jours sur l’année prévu par le contrat de travail. Le dernier alinéa de chacun de ces textes dispose qu’à moins que l’ingénieur ou cadre ne soit employé à temps complet quel que soit le nombre de jours stipulé au contrat de travail, le barème ci-dessus fixant des garanties annuelles d’appointements minimaux pour le nombre annuel de 218 jours de travail effectif, les valeurs dudit barème seront adaptées en fonction du nombre de jours ou de demi-jours de travail effectif, prévu par le contrat de travail de l’ingénieur ou cadre.

Il en résulte, nonobstant la référence faite improprement par ces dispositions conventionnelles à un engagement à temps complet, que, sauf dispositions contraires dans le contrat de travail, lorsque la convention annuelle de forfait en jours mentionne un nombre de jours travaillés inférieur à 218, le montant du minimum salarial conventionnellement garanti doit, pour chaque coefficient, être calculé en rapportant le montant du minimum conventionnel calculé sur une base de 218 jours, au nombre de jours de travail effectif stipulé dans le contrat de travail.

Doit être cassé, l’arrêt qui accorde un rappel de salaire en retenant qu’il n’était pas contesté que le salarié était engagé à temps complet alors qu’il ressortait de ses constatations que le salarié avait été soumis à un forfait annuel de 207 jours de travail, en sorte que la cour d’appel aurait dû, pour déterminer le montant du salaire minimum garanti, rapporter le minimum conventionnel prévu pour 218 jours de travail effectif au nombre de jours de travail effectif prévus par le contrat de travail. 


Demandeur(s) : société KME Rolled France, société par actions simplifiée

Défendeur(s) : M. R... L...


Faits et procédure

1. Selon l’arrêt attaqué (Besançon, 25 septembre 2018), M. L... , engagé le 9 septembre 1991 par la société Sapric, a été promu cadre le 6 novembre 2003. Le contrat de travail a ensuite été transféré à la société [...] dont l’activité a été reprise par la société KME France puis par la société KME Rolled France.

2. Le 23 février 2016, le salarié a saisi la juridiction prud’homale d’une demande de résiliation judiciaire du contrat de travail en invoquant notamment le non-respect des dispositions conventionnelles en matière de rémunération minimale. Il a été licencié le 15 septembre 2016.

Examen des moyens

Sur le premier moyen

Enoncé du moyen

3. L’employeur fait grief à l’arrêt de le condamner au paiement de sommes au titre d’un rappel de salaires outre congés payés afférents, alors :

« 1° / que selon l’accord du 5 mars 2013 relatif aux salaires minimaux garantis pour l’année 2013, conclu en application de l’article 23 de la convention collective nationale des ingénieurs et cadres de la métallurgie, à moins que l’ingénieur ou cadre ne soit employé à temps complet quel que soit le nombre de jours stipulé dans le contrat de travail, le barème fixant des garanties annuelles d’appointements minimaux pour le nombre annuel de 218 jours de travail effectif, les valeurs du dit barème seront adaptées en fonction du nombre de jours ou de demi-jours de travail effectif prévu par le contrat de travail de l’ingénieur ou cadre ; qu’il résulte des constatations de la cour d’appel que selon l’avenant du 27 janvier 2011 au contrat de travail, M. L... était soumis à un forfait de 207 jours de travail sur l’année ; qu’en appliquant le barème prévu pour un nombre annuel de 218 jours de travail effectif sans l’adapter en fonction du forfait prévu au contrat de travail correspondant au nombre de jours effectivement travaillés, la cour d’appel a violé l’article 2, § IV de l’accord du 5 mars 2013 relatif aux salaires minimaux des ingénieurs et cadres de la métallurgie garantis pour l’année 2013, et l’article L. 1221-1 du code du travail ;

2°/ que selon l’accord du 22 janvier 2014 relatif aux salaires minimaux garantis pour l’année 2014, à moins que l’ingénieur ou le cadre ne soit employé à temps complet quel que soit le nombre de jours stipulé au contrat de travail, le barème ci-dessus fixant des garanties annuelles d’appointements minimaux pour le nombre annuel de 218 jours de travail effectif, les valeurs du dit barème seront adaptées en fonction du nombre de jours ou de demi-jours de travail effectif prévu par le contrat de travail de l’ingénieur ou du cadre ; que selon l’avenant du 27 janvier 2011 au contrat de travail, M. L... était soumis à un forfait de 207 jours de travail sur l’année ; qu’en appliquant le barème prévu pour un nombre annuel de 218 jours de travail effectif sans l’adapter en fonction du forfait prévu au contrat de travail correspondant au nombre de jours effectivement travaillés, la cour d’appel a violé l’article 2, § IV de l’accord national du 22 janvier 2014 sur le barème des appointements minimaux garantis des ingénieurs et cadres de la métallurgie à partir de l’année 2014 et l’article L. 1221-1 du code du travail ;

3°/ que selon l’accord du 27 janvier 2015 relatif aux salaires minimaux garantis pour l’année 2014, à moins que l’ingénieur ou cadre ne soit employé à temps complet quel que soit le nombre de jours stipulé au contrat de travail, le barème fixant des garanties annuelles d’appointements minimaux pour le nombre annuel de 218 jours de travail effectif, les valeurs du dit barème seront adaptées en fonction du nombre de jours ou de demi-jours de travail effectif, prévu par le contrat de travail de l’ingénieur ou cadre ; que selon l’avenant du 27 janvier 2011 au contrat de travail, M. L... était soumis à un forfait de 207 jours de travail sur l’année ; qu’en appliquant le barème prévu pour un nombre annuel de 218 jours de travail effectif sans l’adapter en fonction du forfait prévu au contrat de travail correspondant au nombre de jours effectivement travaillés, la cour d’appel a violé l’article 2, § IV de l’accord national du 27 janvier 2015 sur le barème des appointements minimaux garantis des ingénieurs et cadres de la métallurgie à partir de l’année 2015 et l’article L. 1221-1 du code du travail. »

Réponse de la Cour

Vu l’article L. 1221-1 du code du travail, l’article 2 4. de l’accord du 5 mars 2013 relatif aux salaires minimaux garantis pour l’année 2013, l’article 2 IV de l’accord du 22 janvier 2014 relatif aux salaires minimaux pour l’année 2014, l’article 2 IV. de l’accord du 27 janvier 2015 relatif aux salaires annuels minimaux pour l’année 2015, attachés à la convention collective nationale des ingénieurs et cadres de la métallurgie du 13 mars 1972 :

4. Ces derniers textes, intitulés barème pour un forfait en jours sur l’année, déterminent le barème des appointements minimaux annuels garantis pour l’année concernée, base 218 jours, pour les ingénieurs et cadres à temps complet quel que soit le nombre de jours sur l’année prévu par le contrat de travail. Le dernier alinéa de chacun de ces textes dispose qu’à moins que l’ingénieur ou cadre ne soit employé à temps complet quel que soit le nombre de jours stipulé au contrat de travail, le barème ci-dessus fixant des garanties annuelles d’appointements minimaux pour le nombre annuel de 218 jours de travail effectif, les valeurs dudit barème seront adaptées en fonction du nombre de jours ou de demi-jours de travail effectif, prévu par le contrat de travail de l’ingénieur ou cadre.

5. Il en résulte, nonobstant la référence faite improprement par ces dispositions conventionnelles à un engagement à temps complet, que, sauf dispositions contraires dans le contrat de travail, lorsque la convention annuelle de forfait en jours mentionne un nombre de jours travaillés inférieur à 218, le montant du minimum salarial conventionnellement garanti doit, pour chaque coefficient, être calculé en rapportant le montant du minimum conventionnel calculé sur une base de 218 jours, au nombre de jours de travail effectif stipulé dans le contrat de travail.

6. Pour condamner l’employeur à verser des sommes au titre d’un rappel de salaires pour les années 2013 à 2015 outre congés payés afférents, l’arrêt, après avoir rappelé les dispositions conventionnelles applicables, retient qu’il n’est pas contesté que le salarié était employé à temps plein et que dès lors il est fondé à réclamer le salaire minimum garanti correspondant à son indice.

7. En statuant ainsi, alors qu’elle avait constaté que le salarié était soumis à un forfait annuel de 207 jours de travail, en sorte qu’elle aurait dû, pour déterminer le montant du salaire minimum garanti, rapporter le minimum conventionnel prévu pour 218 jours de travail effectif au nombre de jours de travail effectif prévus par le contrat de travail, la cour d’appel a violé les textes susvisés.

PAR CES MOTIFS, sans qu’il y ait lieu de statuer sur les autres griefs, la Cour :

CASSE ET ANNULE, mais seulement en ce qu’il condamne la société KME Rolled France à verser à M. L... des sommes à titre de rappels de salaire outre congés payés afférents pour les années 2013 à 2015, prononce la résiliation du contrat de travail à compter du 15 septembre 2016 et condamne l’employeur au paiement d’indemnités de rupture, de dommages-intérêts pour licenciement sans cause réelle et sérieuse ainsi qu’à rembourser, le cas échéant les indemnités chômage versées au salarié dans la limite de six mois, l’arrêt rendu le 25 septembre 2018 entre les parties, par la cour d’appel de Besançon ;

Remet, sur ces points, l’affaire et les parties dans l’état où elles se trouvaient avant cet arrêt et les renvoie devant la cour d’appel de Dijon ;


Président : M. Cathala
Rapporteur : Mme Ala, conseiller référendaire
Avocat général : M. Desplan
Avocat(s) : SCP Boulloche - SCP Thouvenin, Coudray et Grévy