Arrêt n°821 du 30 septembre 2020 (19-13.122) - Cour de cassation - Chambre sociale - ECLI:FR:CCASS:2020:SO00821

Contrat de travail, rupture

Rejet

Sommaire :
Ne méconnaît pas les règles de la charge de la preuve relatives au périmètre du groupe de reclassement, la cour d’appel qui, appréciant les éléments qui lui étaient soumis tant par l’employeur que par le salarié, a constaté qu’il n’était pas établi que l’organisation du réseau auquel appartenait l’entreprise permettait entre les sociétés adhérentes la permutation de tout ou partie de leur personnel.


Demandeur(s) : M. F... G...

Défendeur(s) : société Transports Moulinois, société par actions simplifiée


Faits et procédure

1. Selon l’arrêt attaqué (Riom, 22 janvier 2019), M. G... a été engagé en qualité de chauffeur poids-lourds le 2 décembre 1997 par la société Transports Moulinois et a été victime d’un accident du travail le 9 janvier 2015.

2. Déclaré inapte à son poste, apte à un autre avec réserves, à l’issue de deux examens médicaux le 29 août 2016, il a été licencié pour inaptitude et impossibilité de reclassement le 18 octobre 2016.

3. Contestant son licenciement, il a saisi la juridiction prud’homale.

Examen des moyens

Sur le second moyen, ci-après annexé

4. En application de l’article 1014, alinéa 2, du code de procédure civile, il n’y a pas lieu de statuer par une décision spécialement motivée sur ce moyen qui n’est manifestement pas de nature à entraîner la cassation.

Sur le premier moyen

Enoncé du moyen

5. Le salarié fait grief à l’arrêt de le débouter de ses demandes tendant à voir déclarer son licenciement sans cause réelle et sérieuse et tendant à la condamnation de l’employeur à lui payer une somme à titre de dommages-intérêts pour licenciement sans cause réelle et sérieuse, alors :

« 1°/ que lorsqu’à la suite d’un accident du travail ou d’une maladie professionnelle le salarié est déclaré inapte par le médecin du travail à reprendre l’emploi qu’il occupait précédemment, l’employeur, tenu d’une obligation de reclassement, doit nécessairement consulter les délégués du personnel sur les possibilités de reclassement et éventuelles propositions de reclassement, en leur fournissant au préalable toutes les informations nécessaires et utiles, ces derniers étant parties prenantes du processus de recherche de reclassement ; qu’en considérant en l’espèce que la consultation des délégués du personnel du 12 septembre 2016 avait été régulière, tout en constatant que le procès-verbal de séance faisait état d’un avis favorable aux postes de reclassement émis par Mme J... , qui n’était pourtant pas présente ce jour-là, et que l’intéressée n’avait finalement signé le procès-verbal que le lendemain, prétendant avoir été consultée dans le cadre d’une ’’conférence téléphonique’’, ce dont il résultait nécessairement que les délégués du personnel n’avaient pas été régulièrement consultés et que le procès-verbal de la séance du 12 septembre 2016 était entaché d’une irrégularité flagrante, la cour d’appel n’a pas tiré les conséquences légales de ses constatations et a violé l’article L. 1226-10 du code du travail ;

2°/ que la recherche des possibilités de reclassement du salarié victime d’un accident du travail et déclaré inapte à reprendre l’emploi qu’il occupait précédemment doit s’apprécier à l’intérieur du groupe auquel appartient l’employeur concerné, parmi les entreprises dont les activités, l’organisation ou le lieu d’exploitation lui permettent d’effectuer la permutation de tout ou partie du personnel ; qu’il appartient à l’employeur, qui prétend s’être trouvé dans l’impossibilité d’effectuer un tel reclassement, d’en apporter la preuve ; qu’en constatant que la société Transports Moulinois appartenait au réseau France Express, qui est un GIE, mais que le cadre de la recherche de reclassement ne pouvait s’étendre à ce groupement dès lors ’’qu’il n’est pas établi que l’organisation de ce réseau permet une permutation de personnel’’, cependant que c’était à l’employeur de démontrer l’impossibilité de reclassement dans le cadre du groupement, la cour d’appel qui a inversé la charge de la preuve a violé l’article 1353 du code civil. »

Réponse de la Cour

6. D’une part, l’article L. 1226-10 du code du travail, dans sa rédaction issue de la loi n° 2012-387 du 22 mars 2012, n’imposant aucune forme particulière pour recueillir l’avis des délégués du personnel quant au reclassement d’un salarié déclaré inapte, la cour d’appel, qui a constaté que la délégation unique du personnel, dans ses attributions de délégation du personnel, avait été consultée et que chaque élu avait émis un avis, a légalement justifié sa décision.

7. D’autre part, l’adhésion à un groupement d’intérêt économique n’entraînant pas en soi la constitution d’un groupe, la cour d’appel, qui a constaté, en l’état des éléments qui lui étaient soumis tant par l’employeur que par le salarié, qu’il n’était pas établi que l’organisation du réseau France Express permettait entre les sociétés adhérentes la permutation de tout ou partie de leur personnel, a retenu, sans méconnaître les règles relatives à la charge de la preuve, que ces sociétés ne faisaient pas partie d’un même groupe de reclassement.

8. Le moyen n’est donc pas fondé.

PAR CES MOTIFS, la Cour :

REJETTE le pourvoi ;


Président : M. Cathala
Rapporteur : Mme Capitaine
Avocat général : Mme Courcol-Bouchard, premier avocat général
Avocat(s) : Me Balat - SCP Célice, Texidor, Périer